Ce que je crois

 

 

I. - Que se passe-t-il donc au lendemain de la résurrection de Jésus?

 

Une nouvelle qui bouleverse les êtres humains depuis plus de 2000 ans! Une nouvelle qui rassemble et qui divise! Une nouvelle qui convoque et qui provo­que! Jésus de Nazareth est ressuscité! Pour les uns cet événement est historique, pour les autres cet événement n’est pas vérifiable, il est du domaine de la foi. Il y a quelque chose qui change, quelque chose de nouveau qui se passe depuis cet événement, les questions naissent et renaissent de mille et une fa­çons. Plus tard, les évangélistes font apparaître Jésus au lendemain de la résurrection et ils racontent ce qu’ils ont vécu et ce qu’on en dit. Paul va jusqu’à affirmer que si Jésus n’est pas ressuscité notre foi est vaine, elle n’est qu’un conte de fée.

 

Il y a évidemment l’étrange nouvelle du tombeau vide, les apparitions du Seigneur qui se multiplient tant à Jérusalem qu’en Galilée. On se raconte de l’un à l’autre les apparitions pour solidifier la foi de ceux qui croient que Jésus est ressuscité, mais qui s’interrogent et contestent encore et pour convaincre aussi ceux qui croient que la résurrection de Jésus est un rêve, une illusion, le fruit tout simplement de l’imagination que l’on voudrait inscrire dans la réalité. En vaut-il la peine, oui ou non, de retenir cet événement? Déjà à cette époque certains disaient oui, d’autres disaient non.

 

Mais après l’étonnante découverte du tombeau vide, et le message de l’ange de la résurrection: « Ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant » (Lc 24, 4-5), « Il vous précède en Galilée » (Mt 28, 7), il y eut l’apparition à Madeleine au matin de Pâques, la bouleversante apparition aux apôtres dans le cénacle et celle des disciples d’Emmaüs. Puis toutes les apparitions qui, pendant quarante jours, ne cessent d’étonner, de surprendre même si elle n’ont pas été retenues par les évangélistes. On le prend pour un fantôme, on pense voir un esprit...Jésus leur dit: « Voyez mes mains et mes pieds; c’est bien moi! Touchez-moi; et rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os » (Lc 24, 37-39). Thomas hésite encore: « Viens Thomas, met tes doigts dans mes plaies... » « Mon Seigneur et mon Dieu! » (Jn 20, 27-28). Il partage le repas avec eux (Jn 21, 10).

 

« Il est vivant », se répète-t-on! « C’est lui! Nous avons vu le Seigneur! »

 

Tant et tant de preuves! En sont-elles vraiment? Des preuves catéchétiques, apologétiques? Les apôtres lui ont-il vraiment touché? Ont-ils mangé vraiment avec lui? Les apôtres y croyaient-ils à la résurrection? Quelle est le poids de vérité de toutes les anecdotes parfois contradictoires des apparitions? Pensons cependant que les apôtres portaient dans leur mémoire les miracles de Jésus. Le merveilleux éloigne parfois de la vérité! Pourtant j’y crois en la résurrec­tion, mais je n’y crois pas comme ma vieille mère y croyait. J’y crois, et dans la vie de ma mère, je découvre quand même certains éléments de naïveté de ma foi.

 

 

II. - Quelles sont donc pour moi les preuves de la résurrection?

 

Les apparitions seraient-elles des pistes qui me feraient pressentir la présence réelle de Jésus au milieu du peuple de Dieu ? Ce Jésus ressuscité, je le reçois de ceux et celles qui vivent de sa parole, même s’il est invisible aux yeux de ceux et celles qui croient en lui; sa présence est au milieu d’une Église qui se prolonge, qui le rend visible à mon coeur! Jésus m’impose dans la foi, l’évidence de sa résurrection. J’ai fait l’expérience du chemin de Damas comme Paul. J’ai aussi fait l’expérience des disciples d’Emmaüs. J’ai vu, j’ai senti comme eux. Mais ma foi sera toujours une foi questionneuse, inquiète par moment, hé­sitante souvent.

 

La plus grande preuve de la résurrection pour moi est le changement radical des apôtres alors qu’ils étaient si timides et si peureux. Que s’est-il donc passé? Qu’ont-ils vécu pour être transformés à ce point?

 

Il est tout de même étonnant de constater que ceux qui ont fait l’expérience pascal, sont les mêmes qui avaient abandonné Jésus au soir de l’agonie! C’est Pierre qui l’avait renié. Plus tard, c’est Thomas qui voulait des preuves. N’oublions pas non plus que toute la réalité du Messie que l’on attendait est contesté par la venue de Jésus. On attendait un Roi puissant, il naît d’une vierge, pauvre, dans la nudité d’une crèche.

 

De plus, il conteste le pouvoir, se tient avec les exclus, les marginaux, donne tout de même, et ce n’était pas la coutume, une bonne place aux femmes. N’a-t-on pas raison de douter? Le grand rêve de ceux qui attendaient un messie préfabriqué, un messie à leurs mesures ont été déçus. Il arrive souvent dans la vie qu’il nous faut abandonner nos rêves pour faire face à la réalité. On se pose aujourd’hui encore la question de Jean-Baptiste: « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous attendre un autre? » Comme les disciples d’Emmaüs, nombreux sont les croyants et les croyantes déçus. Ils se fabriquent un autre messie... Tristes, ils s’en vont sur d’autres chemins, chercher le salut... Il leur faudra vivre l’expérience des disciples d’Emmaüs jusqu’au bout: « Notre coeur n’était-il pas brûlant en chemin quand il nous parlait des Écritures et lorsqu’il a rompu le pain? » Il leur fallait vivre l’événement pascal..., faire l’expérience du pas­sage des ténèbres à la lumière..., de l’aveugle-né, voir avec ses yeux, puis voir avec son coeur parce que le corps du ressuscité est un corps spirituel. Il n’est plus soumis aux lois de la nature. Pas surprenant qu’on ne le reconnaisse pas lorsqu’il apparaît. Il faut voir maintenant avec son coeur. Que celui qui sait comprendre comprenne! Voir plus loin, plus profondément, plus intérieurement, pénétrer le mystère non avec les yeux, mais avec le coeur. Certains avouent avec la simplicité d’un enfant, comme Jean Guitton qui affirme d’une part qu’il ne peut pas ne pas croire en la résurrection, tandis que Jean Rostand d’autre part dit qu’ils sont bien chanceux ceux qui ont reçu le don de la foi, il avoue même qu’il les envie, mais lui affirme avec émotion qu’il ne croit pas en Jésus mort et ressuscité.

 

 

III. - Que cherchons-nous dans les Écritures si les apparitions de Jésus ne sont pas des preuves de sa résurrection?

 

 

Quand on lit les passages de la Parole de Dieu qui nous racontent les apparitions, il ne faut pas croire qu’on fait la lecture d’un procès verbal où l’on recon­naît tous les éléments historiques qui ont amené un conseil à prendre telle ou telle décision. Ces textes des apparitions de Jésus font partie d’une prédication beaucoup plus tardive où l’on tente de rendre compte de ce qu’on disait, de ce qu’on racontait à propos de la résurrection de Jésus. Il est évident que l’on ne peut historiquement démontrer la résurrection de Jésus. Les fondamentalistes tentent de le faire à partir des apparitions. La résurrection ne peut être sai­sie que dans la foi! On n’a pas de preuves objectives, scientifiques de la résurrection de Jésus. Même si le mot à mot des apparitions ne milite pas en faveur de la foi en la résurrection, ils peuvent cependant déclencher la foi populaire en la résurrection, la foi d’une communauté.

 

Ce qui est étonnant pour nous encore aujourd’hui c’est le comportement des apôtres après la résurrection. Ils sont méconnaissables. Avant Pâques, ils ont suivi Jésus de Nazareth qui les a appelés; après son arrestation et sa crucifixion, ils ont fui et sont retournés en Galilée. Après Pâques, ils reviennent à Jéru­salem et affirment la résurrection. Le changement rapide des disciples nous émerveille. La communauté s’édifie. On se rassemble autour de cet événement, autour de la personne de Jésus, du Christ de Pâques. La christologie se développe. La transformation des apôtres ne vient donc pas uniquement de leur ré­flexion mais surtout de la rencontre du ressuscité, de l’expérience saisissante qui les bouleverse et les transforme. Il s’est donc passé quelque chose. La rencontre du ressuscité n’est pas le fruit de l’imagination des apôtres. Ce n’est pas la foi des apôtres qui imagine la résurrection de Jésus, mais c’est le res­suscité que les disciples rencontrent qui crée la foi des apôtres; c’est l’expérience du ressuscité qui rassemble, qui les tient ensemble, qui fait la commu­nauté, qui garantit la communion.

 

À la Pentecôte, le souffle de l’Esprit se répand dans les coeurs et les transforme. Ce même Esprit est toujours présent à la vie de l’Église et c’est lui qui nous fait connaître ce que nous ont enseigné les prophètes et les évangélistes. C’est toujours lui qui inspire ce qu’il faut dire et retenir. C’est l’Esprit qui nous fait comprendre le langage du Dieu de l’Alliance. C’était l’opinion des premiers chrétiens: « Après avoir parlé jadis par les Pères et les prophètes, en ces jours qui sont les derniers, il nous a parlé par le fils ». Les livres saints sont inspirés par l’Esprit dans la mesure où ils nous révèlent dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau que Dieu veut faire alliance avec les hommes. À travers des mots humains, le souffle de l’Esprit nous révèle le grand rêve du Père qui nous permet de faire l’expérience de la naissance, de la mort et de la résurrection de Jésus. Le mot-à-mot des Actes des Apôtres qui racontent les dé­buts de l’Église sont pour moi un autre preuve de la résurrection de Jésus.

 

Il y a un long chemin intérieur à parcourir avant de saisir cette vérité. Ce chemin est jalonné d’opinions théologiques les plus diverses, mais disons-le, il me faut passer de la raison à la foi; la raison peut certes m’aider à comprendre ce que je crois comme la foi peut m’aider à approfondir ce que je comprends. Mais le joint de rencontre, c’est l’Esprit qui supplée à ma faiblesse. C’est en « veillant dans la foi » que je fais l’expérience du ressuscité! Il y a de l’irrationnel dans mon cheminement. C’est l’Esprit qui me fait, jusqu’à l’évidence de la foi, faire l’expérience du ressuscité de façon à susciter mon adhésion à la foi chrétienne: un jour je verrai Dieu parce que la résurrection de Jésus est garante de ma propre résurrection. Je le sais parce que je le sens! Mon vécu, mon « déjà » me fait pressentir le « pas encore ». Je possède ce que j’espère dira Paul. Ce que je vis dans la foi aujourd’hui est assez fort pour me convaincre que le meilleur est à venir. Il est déjà là dans le présent! C’est le lent chemin des disciples d’Emmaüs: « Notre coeur n’était-il pas brûlant lorsqu’il nous parlait des Écritures et lorsqu’il a rompu le pain? » Leur expérience les a fait passer de la mort physique de Jésus à la résurrection. Tout a changé pour eux. La foi m’oblige à reprendre l’incontournable chemin d’Emmaüs.

 

Les preuves qui me font affirmer que Jésus est ressuscité n’ont rien de rationnelles, mais elles portent en elles, sous l’influence de l’Esprit la certitude de la foi. Je suis donc appelé à faire ce cheminement. Nombreux sont ceux qui ont perdu la foi après avoir enseigné la théologie. Ils articulaient bien les raisons de la résurrection de Jésus. Mais il n’ont pas fait le passage de la raison à la foi. Ils n’ont pas fait de place à l’Esprit dans leur apprentissage du donné ré­vélé. L’Esprit donne des raisons de croire; la prière et la contemplation permettent l’approfondissement de ces raisons; le service des gens pauvres, des plus petits, des exclus donnent de voir ce que l’oeil n’a point vu, ce que les oreilles n’ont point entendu...

 

IV. - Aujourd’hui, la résurrection?

 

Les dites preuves de la résurrection, si faibles soient-elles, ont été interrogées, discutées depuis plusieurs générations parce que la résurrection est au coeur de notre credo. Ce que veulent nous dire les évangélistes c’est uniquement la rencontre progressive du Seigneur avec les apôtres. C’est l’expérience pas­cale des apôtres. Ils doutent d’abord, puis ils la reconnaissent cette expérience, ils renaissent avec elle, ils prennent vie et ils la proclament aux quatre coins du monde. Cette expérience pascale avec l’Esprit du Christ ressuscité les amène jusqu’au bout du monde; ils comprennent que c’est cette mission que leur confie le Christ à l’Ascension et à la Pentecôte. « Je ne vous laisserai pas seuls, orphelins, je vous enverrai mon Esprit qui vous enseignera tout ce que je vous ai dit, tout ce que je suis venu faire au milieu de vous. »

 

Cette vérité est répétée, priée, contemplée depuis plus de deux mille ans. Voilà ce qu’est devenue et ce que devient tous les jours la trace historique de Jé­sus de Nazareth ressuscité. La résurrection dépasse l’évènement historique. C’est plus qu’un événement historique. Les apparitions seraient-elles des ex­périences d’Église? Ne nous révèlent-elles pas comment l’Église naît de l’Esprit? Ils partirent tous pour faire de toutes les nations des disciples (Jn 20, 21).

 

Si Jésus n’est pas ressuscité, s’il n’est pas passé de la mort à la vie, que viennent donc faire l’Église, l’Eucharistie, la Vie éternelle, le retour du Seigneur? Illusions? Mensonges? Il n’y a rien qui tienne! Tout s’écroule! Est-il le Fils de Dieu, quelle est donc sa mission?

 

Aujourd’hui, quand je vois des témoins reconnus universellement par les croyants et les incroyants comme mère Theresa, Jean Vanier, Jean-Paul II, je prends conscience que dans le « déjà de ma vie », je peux pressentir dans ma foi et mon espérance le « pas encore » qui porte la promesse de ma résur­rection. Que de saints et de saintes de tous les jours ne nous est-il pas donné de rencontrer?

 

Quand je suis témoin de tous les efforts qui se font pour servir les petits, les exclus, les marginalisés parce qu’ils sont dans le Fils mes frères et mes soeurs, quand je suis témoin, à travers tant d’injustices, que l’amour, la paix, la justice sont encore possibles, quand je suis témoin de tant et tant de personnes qui s’engagent résolument sur le chemin des béatitudes, l’Esprit fait naître et progresser en moi la certitude de Pâques. Quand je sens dans l’Église le souffle d’une nouvelle Pentecôte qui fait naître des apôtres, des saints, des témoins qui ont fait et font le passage des ténèbres à la lumière, je crois en la résurrec­tion. La plus grande preuve que Jésus est ressuscité est dans mon coeur que l’Esprit ne cesse d’éclairer pour donner à la Parole de Dieu, à travers les ap­paritions, une force inébranlable de persuasion, malgré mes doutes, mes hésitations et mes zones d’incroyance qui demeurent toujours interrogatives et qui font de moi un chercheur de Dieu. En bref, mes raisons de croire me viennent de Dieu lui-même!

 

Quel est donc le sens de la consécration des personnes qui s’engagent à vivre les conseils évangéliques en communauté si Jésus n’est pas ressuscité? Que signifie la crèche, la croix et l’autel si Jésus n’est pas ressuscité? Je crois que Jésus est ressuscité chaque fois que je suis témoin que des membres d’une communauté naissent dans la communion à la vie fraternelle et que leur milieu de vie devient une école de communion. C’est dans la prière, dans la contem­plation, dans la vie fraternelle que l’on finit par saisir du plus profond de son coeur qu’à la suite du Christ, nous sommes appelés à la résurrection. Est-ce un rêve qui peut devenir réalité? Des témoins me confirment aujourd’hui que Jésus est ressuscité. Ils en ont fait l’expérience pascale dans la prière et la contemplation. Ils ont rencontré le Christ ressuscité dans le don généreux de leur vie comme Paul sur le chemin de Damas, ils ont vu le Seigneur! Les té­moins sont plus fascinants que les maîtres, à moins que les maîtres soient des témoins, disait à peu près Paul VI.

 

Il y a deux genres de recherches affirme Jean Guitton. « La première est une recherche incertaine, faite dans la nuit, analogue à la recherche du savant qui n’a pas trouvé et qui propose des hypothèses. L’autre recherche est analogue à la recherche de celui qui a trouvé; qui est sûr de son amour, progresse à l’intérieur de cet amour, pour aimer davantage. »  Et d’autre part, Pascal affirmait que « c’est le coeur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au coeur, non à la raison. »

 

Je ne peux pas ne pas croire en la résurrection du Christ quand je suis témoin d’une foule de personnes qui travaillent à la croissance de la communion qui consiste à « être attentif, dans l’unité profonde du corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant donc comme l’un des nôtres pour savoir partager ses joies et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde...qui consiste aussi à voir ce qu’il y a de positif dans l’autre, pour l’accueillir et le valoriser comme un don de Dieu...qui consiste encore à repousser les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges qui provoquent compétition, carriérisme, défiances, jalousies... » (Lettre apostolique Novo Millennio Ineunte, no 43). Jean-Paul II nous invite à vivre une spiritualité de la communion qui consiste avant tout en un  regard du coeur porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur la vie de nos frères qui sont à nos côtés.

 

Ce sont ces expériences de fraternité, de solidarité et de communion qui me confirment que Jésus ressuscité est au milieu de nous. L’Église animée par l’Esprit du Christ ressuscité ne cesse de nous proposer des passages de conversion, des passages de l’extérieur à l’intérieur, du vieux monde au monde nouveau qui est en Christ ma destinée.

 

À travers des morts et des résurrections quotidiennes nous demeurons sur les chemins de Pâques. La sainteté de l’Église ne vient pas de la sainteté de ses membres, mais du Christ ressuscité: « Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps, »  telle est l’ultime promesse de Jésus Christ au milieu de nous. « Oui, Seigneur, ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Église! »

 

Le monde nouveau de la résurrection est arrivé, ce que vous cherchez dans l’avenir est là, mais vous ne le voyez pas. L’arrivée du royaume de Dieu n’est pas observable au dehors, le royaume de Dieu est à l’intérieur de vous (Lc 17, 20). Nous sommes déjà à cause de la résurrection de Jésus, des fils et des filles du royaume.

 

Il s’agit pour nous, pèlerins de l’absolu, chercheurs de Dieu, d’aimer ce que l’on comprend et de comprendre ce que l’on aime. Alors, nous croyons pour comprendre et nous cherchons pour croire. La prière et la contemplation, comme l’étude et la réflexion, nous situent sur le chemin de l’approfondissement et de la compréhension.

 

« Je ne tente pas, Seigneur, de pénétrer ta hauteur, car je ne lui compare nullement mon intelligence; mais je désire reconnaître quelque peu ta vérité, que croit et aime mon coeur. Et je ne cherche pas non plus à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre » (Saint Anselme de Canterbury, XIe siè­cle).

 

Lorsqu’on parle de résurrection, connaître ne veut plus dire savoir quelque chose, connaître veut dire naître à quelqu’un, devenir Fils dans le Fils ressuscité, naître à l’Autre en soi, passer du dehors au dedans de soi pour entendre la musique silencieuse de Dieu. Concluons avec Jean qui affirme: « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons: lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur » (I Jn 3, 2-3).

 

René Pageau, C.S.V.

Haïti