L’Ensevelissement de Jésus

(Jn 19, 38-42)

 

par André Charbonneau s.j.

 

            38 Après ces événements, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit.  Il vint donc et enleva son corps.  39   Nicodème - celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus - vint aussi apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. 40 Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. 41 Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis. 42 A cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. (Jn 19,38-42)

 

            C’est le dernier récit des événements qui se sont déroulés au Calvaire. Le texte est plutôt succinct. Jean s’en tient à l’essentiel. C’est comme si Jean ne s’intéressait qu’à l’événement: le sens théologique n’apparaît pas à la surface du texte. Le récit est simple, il ne demande pas d’explications. Mais on doit supposer que, dans sa grande réserve, le récit cache, comme tous les textes de Jean, une richesse à laquelle on n’a pas accès au premier abord. On doit toujours se rappeler que Jean n’est intéressé à un événement que dans la mesure où il est porteur d’un sens spirituel.

 

            Dans notre travail d’interprétation, nous devrons nous laisser guider par les relations de notre texte avec le contexte immédiat et le contexte éloigné de l’évangile de Jean afin de découvrir ce qui intéresse Jean: la densité spirituelle d’un événement, sa puissance de révélation. L’Évangile de Jean n’a qu’une respiration et tout le texte est rempli d’harmoniques: ce qui a été dit tout au long de l’Évangile résonne jusqu’à la fin du récit.

 

            Ce qui frappe dans cette narration, c’est le climat: tout se déroule dans un profond silence. Jean concentre son attention sur les mouvements et l’agir de Joseph d’Arimathie et de Nicodème, avec beaucoup de sobriété, mais aussi de densité.  Jean semble aussi donner une grande importance au tombeau: la seconde partie du récit lui est consacrée, avec toutes sortes de détails qui n’apparaissent pas, à première vue, avoir tellement d’importance. Si, contrairement au récit du Côté Transpercé, Jean ne fait pas référence à l’accomplissement de l’Écriture, il insiste à deux reprises pour dire que tout, dans l’ensevelissement, s’est fait selon la coutume et les exigences de la tradition juive.

 

 

Interprétation du texte de Jean 19, 38-42

 

v. 38

Après ces événements, ...

            C’est la conclusion de toutes les scènes qui se sont déroulées au Calvaire. C’est le dernier mot. Sans doute, un moment très solennel. Comment se terminera ce drame qui, au point de vue humain, a été un si grand échec? Nous verrons que tel n’est pas le point de vue de Jean.

 

...Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, ...

            Etre disciple, c’est avoir un lien très étroit avec Jésus, mais c’est aussi témoigner en faveur de Jésus. Les deux dimensions vont ensemble. Mais Joseph est lié intérieurement, sa peur des Juifs l’empêche de rendre témoignage. Il n’a pas la force de dire qu’il est disciple de Jésus. Personne ne connaît son secret: il est disciple en secret.

 

... demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. ...

            On comprend difficilement que Joseph, au plus fort du danger, fasse une telle démarche auprès de Pilate. La peur de Joseph devrait être à son sommet: on vient de mettre à mort le Maître, comment le disciple peut-il avoir surmonté sa crainte?

 

            À peine mort, la parole de Jésus commence à se réaliser: « ...et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (12,32). Joseph a été libéré de sa peur par Jésus crucifié. La mort de Jésus a réussi à vaincre la peur de Joseph d’Arimathie et a fait de lui un disciple capable de témoigner. La peur que les autres disciples ne dépasseront que le jour de Pâque, Joseph l’a vaincue au moment de la mort du Seigneur.

 

            Pilate est le représentant de l’autorité romaine. Il a joué un rôle important dans le procès et la condamnation de Jésus. À cela, on doit ajouter que Jean lui attribue un autre rôle, mais qu’il ignore. Dans le procès de Jésus, sans le savoir, Pilate participe, tout au long du procès, à l’intronisation royale de Jésus. C’est lui qui déclare solennellement que Jésus est roi: « Voici votre roi » (19,14); et c’est lui aussi qui rédige l’écriteau de la croix: « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs » (19,19). On sait que, cet écriteau, Pilate ne veut pas qu’on le corrige: « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit  » (19,22). Pilate va  continuer de jouer un rôle mystérieux jusqu’à la fin.

 

... Pilate le permit. ...

            C’est à Pilate seul que revient une telle permission. À cause de la permission octroyée, il sera possible de donner à Jésus un ensevelissement qui convient à un roi.  Sans le savoir, Pilate rend possible l’ensevelissement royal de Jésus. C’est ici que s’achève son rôle.

 

... Il vint donc et enleva son corps.

            Dans la scène précédente, Jean nous dit que  les Juifs...demandèrent à Pilate qu’on leur brisât les jambes et qu’on les enlevât  (19,31). Il s’agit d’une démarche menée pour un motif religieux, on ne veut pas que  les corps restent sur la croix durant le sabbat . L’expression qu’on les enlevât dit hautement le désir des Juifs qu’on fasse disparaître les condamnés. Le verbe ne renferme aucun sentiment amical pour la personne de Jésus. On retrouve le même verbe enlever pour exprimer l’action de Joseph. Le verbe n’a plus le même sens: c’est le disciple qui, dans un premier geste posé ouvertement, manifeste sa relation intime avec Jésus: il enleva le corps de Jésus. 

 

v. 39 --

Nicodème - celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus - vint aussi ...

            Rien n’indique dans le texte que les deux disciples ont planifié cette rencontre. Ils viennent plutôt indépendamment l’un de l’autre. C’est le même crucifié qui les a attirés à lui.

 

            Ici, Jean guide notre interprétation en nous renvoyant à la première rencontre de Nicodème avec Jésus. On serait plus près de l’original grec si l’on traduisait de cette manière le texte: « celui qui était venu vers lui, de nuit, précédemment ». L’expression venir vers Jésus signifie, chez Jean, croire en Jésus, venir à lui dans la foi. Comme pour Joseph d’Arimathie, la foi de Nicodème n’a pas atteint sa maturité au moment de cette première rencontre: il vient de nuit, il n’est pas encore disposé intérieurement à s’exposer publiquement, en pleine lumière. Pour cela, le temps n’est pas encore arrivé. Mais, en cette première rencontre, Jésus a annoncé à Nicodème une autre naissance: « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu » (3, 3). Avec la mort de Jésus, le temps de cette naissance est arrivé: « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle » (3, 14). Nicodème, en venant vers Jésus, vient vers la lumière dans la foi. En ce jour de la mort de Jésus, Nicodème confesse maintenant ouvertement sa foi et il entre dans la vie éternelle.

 

... apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres.

            Au cours de sa vie publique, Jésus n’a jamais utilisé pour parler de sa mort le mot « croix », il a toujours exprimé cette mort en terme « d’élévation » (Jn 3,14; 8,28; 12,32.34). Tout le procès, selon Jean, doit être compris comme une élévation ou comme une intronisation royale. Les paroles de Pilate nous orientent dans ce sens: « Voici votre roi » (19,14) ainsi que le libellé de la croix, « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs » (19,19), sans parler des vêtements royaux que Jésus porte pendant le procès (19,5). On comprend, dans un tel contexte, que l’ensevelissement de Jésus où Nicodème apporte une telle quantité d’aromates (32 kg 700), fasse penser à un ensevelissement royal. « Une telle magnificence et une telle profusion de parfums précieux ne sont attestées chez les Juifs que pour les funérailles de souverains (voir 2 Ch 16,14) ». (Rochais) Tout le contexte du procès ainsi que les scènes de la croix ont baigné dans une atmosphère royale, il en est ainsi pour cette dernière scène.

 

v. 40 --

Ils prirent donc le corps de Jésus ...

            Dans les récits qui se déroulent au Calvaire, on sait l’importance de la présence du verbe grec « lambanô »: ce verbe a deux sens, il signifie d’abord « prendre », mais il signifie aussi « recevoir ». Jean joue sur ce double sens.

 

            Dans la scène du partage des vêtements, au niveau anecdotique, les soldats, après avoir crucifié Jésus,  prirent (elabon) ses vêtements et la tunique. Mais, à un niveau plus profond, les soldats  reçurent (elabon) de Dieu les vêtements royaux de Jésus, car Jésus en croix est roi, il est élevé, c’est là qu’il commence à régner. Les soldats représentent, pour Jean, les païens qui entreront dans l’Église et qui accueilleront le Royaume avec grand respect, comme les soldats, sans rien déchirer. En effet, nous dit le texte de Jean, ils partagent entre eux les vêtements, ils en font « quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique » (19,23). Quand ils arrivent à la tunique, en choeur les soldats se disent  entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons au sort qui l’aura » (19,24). Dans l’Écriture, « tirer au sort », c’est laisser à Dieu le soin de décider: c’est Dieu qui décide quel soldat aura la tunique. On doit aussi se rappeler que le mot « part» chez Jean n’a été employé qu’une autre fois, dans le contexte du lavement des pieds, quand Jésus dit à Pierre: « Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi » (13,8). Avoir part, c’est partager le Royaume de Jésus. À travers le geste plein de respect des soldats, Jean perçoit déjà que les païens  recevront  de Dieu le Royaume, symbolisé par les vêtements.  Compris en ce sens, on ne s’étonne pas que, pour Jean, l’agir des soldats soit perçu comme un accomplissement de l’Écriture (Ps 22.19).

 

            On retrouve, dans la scène de Jésus et sa mère, le même verbe « lambanô », avec le même double sens. Au niveau anecdotique, le disciple, après la mort de Jésus, prend chez lui Marie. Il obéit à Jésus qui lui a donné sa mère afin de prendre soin d’elle: il la  prit (elaben) chez lui. La scène révèle une grande tendresse.  Mais à un niveau plus profond, c’est Marie qui reçoit un rôle de Jésus: il l’appelle « femme », c’est un rôle de fécondité spirituelle. Quand Jean fait entrer Marie dans sa maison, il la  reçoit  comme un don de Jésus et c’est Marie qui s’occupera du disciple. Voilà l’héritage que Jésus lui a laissé. Les soldats ont reçu (elabon) les vêtements royaux et le disciple a reçu (elaben) la Mère du Roi.

            C’est dans ce contexte que l’agir de Joseph d’Arimathie et de Nicodème est chargé de sens: « ils prirent (elabon) donc le corps de Jésus » (19,40). Ils ont ensemble accompli un geste affectueux envers Jésus, ils lui ont manifesté beaucoup d’amour en le prenant dans leurs bras. Mais, à un autre niveau, c’est dans la foi qu’ils reçoivent le corps de Jésus comme un don. Le texte du Prologue peut nous révéler la grandeur de l’événement qui se passe: « Mais à tous ceux qui l’ont accueilli (elabon), il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu » (1,12). Dans la foi, Joseph d’Arimathie et Nicodème entrent en communion avec Jésus et deviennent, en accueillant le corps de Jésus, enfants de Dieu. Déjà, au moment de la sépulture de Jésus, le salut est donné, l’efficacité de la mort de Jésus s’exerce. Le corps de Jésus est déjà porteur de vie.

 

... et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs.

            Joseph d’Arimathie et Nicodème sont des Juifs et Jean tient à signaler que tout s’est passé en respectant les coutumes juives, car Jésus aussi est juif et, dans sa mort, on se doit de rappeler que toutes ces coutumes sont porteuses d’une espérance et tendent vers un accomplissement: « le salut vient des Juifs » (4,22).

 

            Nicodème et Joseph d’Arimathie achèvent par ce geste ce que Marie avait déjà commencé lors du repas donné en l’honneur de Jésus: « Marie, prenant une livre d’un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus...et la maison s’emplit de la senteur du parfum » (12,3). Devant la critique de Judas, on se souvient de la réaction de Jésus: « Laisse-la: c’est pour le jour de ma sépulture qu’elle devait garder ce parfum » (12,7). Le geste d’attachement profond de Marie envers Jésus, exprimé à travers le parfum de grand prix répandu sur les pieds de Jésus, est prolongé par le geste de Nicodème et de Joseph d’Arimathie au moment de l’embaumement du corps de Jésus. Rien ne doit être épargné pour exprimer extérieurement la grandeur de l’attachement à la personne de Jésus.

 

v. 41 --

Or il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, ...

            Jean tient à signaler l’unité de lieu entre le Calvaire, le jardin et le tombeau: là où Jésus a été crucifié, il y avait un jardin dans lequel il y avait un tombeau. Pour Jean, c’est un même lieu: on ne doit pas séparer le Calvaire, le jardin, le tombeau.

 

            Jean emploie quatre fois le mot « jardin » dans le récit de la Passion: deux fois, en parlant du jardin des Oliviers (18, 1. 26) et deux fois dans la scène de l’ensevelissement (19,41). Le jardin est un lieu d’où la vie et la fécondité jaillissent. C’est dans ce jardin que les deux disciples vont déposer Jésus. Ici encore la parole de Jésus résonne: « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (12,24). Pour Jean, on ne doit pas séparer du jardin les lieux du crucifiement et du tombeau: ce sont des lieux pleins de vie. Jésus repose dans le jardin à la manière d’un grain de blé: c’est une mort chargée de fécondité.

... un tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis.

            Un tombeau neuf, c’est un tombeau où il n’y a qu’une banquette pour déposer un corps. Jean tient aussi à préciser que personne n’a jamais été mis dans ce tombeau. De ce point de vue aussi, on peut dire que le tombeau est neuf: ce tombeau n’a jamais retenu un corps en sa possession.

 

 

v. 42 --

À cause de la Préparation des Juifs, comme le tombeau était proche, ...

            Les deux disciples sont attachés au calendrier des fêtes juives. Comme Jésus, ils sont juifs. De même que Jean a aimé citer l’Écriture, tout au long des récits se déroulant au Calvaire (19,24.28.36.37) pour montrer que la Parole de Dieu s’accomplissait en Jésus, ainsi, Jean parle du jour de « Préparation » pour en suggérer l’accomplissement. Ce jour de « Préparation » précède, en effet, « un grand jour », le sabbat qui coïncide cette année-là avec la Pâque. Cette Pâque juive trouve en Jésus son accomplissement: elle débouche sur la Pâque du Seigneur. Pour respecter la Pâque juive qui vient, on choisit donc un tombeau qui est tout proche du Calvaire. 

 

... c’est là qu’ils déposèrent Jésus.

            Cette dernière parole de Jean est chargée de sens. Il faut s’y arrêter, c’est un sommet.

 

            Quand Jean  parle d’un  tombeau neuf, dans lequel personne n’avait encore été mis, il emploie le verbe « mettre » au plus-que-parfait: cela exprime une durée dont on n’envisage pas la fin parce que, quand on met le corps de quelqu’un au tombeau, c’est sa dernière demeure, il est là pour y rester. Mais Jean s’exprime bien différemment, quand il s’agit de la mise au tombeau de Jésus: « c’est là qu’ils déposèrent Jésus ». Jean emploie le verbe « déposer » à l’aoriste. Ce temps du verbe ne comporte aucune idée de durée, c’est une action-point. Et, il y a plus. Alors que Jean tout au long du récit de l’ensevelissement a parlé quatre fois du « corps de Jésus » (19, 38. 40 ), ce qui est normal puisque Jésus est mort, pourquoi Jean dit-il, pour terminer son récit: « c’est là qu’ils déposèrent Jésus », et non « qu’ils déposèrent le corps de Jésus»? Nous croyons que Jean a en tête la résurrection de Jésus: celui qui est mis au tombeau  n’est pas simplement un cadavre, mais c’est Jésus en instance de Résurrection et on ne le dépose pas là pour qu’il y reste, mais pour un temps bref. Pour Jean, non seulement le tombeau est neuf, mais c’est un tombeau d’un genre totalement nouveau: il ne retient pas dans la mort celui qu’on y dépose. Non seulement personne n’a jamais été déposé dans ce tombeau, mais Celui qu’on y a déposé, n’y est pas resté. C’est là la grande nouveauté, un fait qui change tout.

 

 

Conclusion

 

            Dans ce dernier épisode du Calvaire, Jésus est déposé au tombeau et, lors de son embaumement, on a respecté ce qu’il est devenu par sa Passion: au roi, on donne un ensevelissement royal. Dans sa mort, chose étonnante, Jésus demeure toujours actif: il attire à Lui Joseph d’Arimathie et de Nicodème en les transformant profondément: alors qu’ils reçoivent le corps de Jésus, il leur est donné par la foi « de devenir enfants de Dieu » (1,12).

 

            Dans son récit, Jean attache une grande importance au tombeau neuf. Il s’agit d’un tombeau radicalement nouveau: alors que les évangiles de Matthieu, Marc et Luc s’entendent pour dire exactement la même chose au sujet de l’absence de Jésus au tombeau: « Il n’est pas ici » (Mt 28,6; Mc 16,6; Lc 24,6), Jean se plaît à dire que le tombeau est neuf. L’adjectif « nouveau » (kairos), dans la Bible, est appliqué « aux réalités du salut », et il « les décrit comme des réalités tout autres, merveilleuses, divines » (VTB). Pour Jean, c’est un tombeau « merveilleux », c’est un lieu de salut: ce tombeau du jardin, contre toute attente, a produit la vie, il n’a pas retenu le corps de Jésus.

 

            Paul, dans un tout autre contexte, va plus loin dans sa vision du tombeau. Selon lui, nous les baptisés, nous y avons tous été ensevelis: « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle (en kainotèti dzôès) » (Rom 6,4).

            Si, dans le récit, tout ne semblait parler que de mort, à un niveau plus profond, on saisit que tout ne parle que de naissance ou de vie nouvelle.

 

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André Charbonneau s.j.

Centre Pedro-Arrupe, Port-au-Prince, Haïti