Le récit du côté transpercé de Jésus

(Jn 19, 31-37)

 

par André Charbonneau s.j.

Port-au-Prince, Haïti

 

 

            Les récits de Jean sont à la fois d’une extrême simplicité et, en même temps, cachent, pour ceux et celles qui ne se contentent pas d’une lecture rapide, une richesse insoupçonnée. Il en va spécialement ainsi pour les événements qui se sont déroulés au Calvaire après la mort de Jésus.

 


            À un premier niveau, le récit du côté transpercé de Jésus se comprend facilement. Comme le grand sabbat approche, le sabbat de la grande fête de Pâque, les Juifs ne veulent pas que les cadavres des trois condamnés restent en croix afin de ne pas souiller la terre d’Israël, conformément à la parole de l’Écriture qui dit: « Si un homme, coupable d’un crime capital, a été mis à mort et que tu l’aies pendu à un arbre, son cadavre ne pourra être laissé la nuit sur l’arbre; tu l’enterreras le jour même, car un pendu est une malédiction de Dieu, et tu ne rendras pas impur le sol que Yahvé ton Dieu te donne en héritage » (Dt 21, 22-23). Les soldats, donc, conformément à la demande des Juifs et à l’ordre donné par Pilate, brisent les jambes des deux condamnés qui sont suspendus à la gauche et à la droite de Jésus afin d’accélérer leur mort. Mais, fait étonnant, quand les soldats arrivent près de Jésus, le voyant déjà mort, ils prennent l’initiative de ne pas lui briser les jambes. C’est alors qu’un soldat de sa lance lui transperce le côté d’où jaillissent « du sang et de l’eau. » Voilà ce que Jean a vu.

 

            Le récit est clair et on n’a qu’à l’accueillir. Mais on ne pourrait le considérer comme de peu d’importance: en effet, à un second niveau, cet événement revêt pour Jean un sens caché d’une grande profondeur de révélation: il y a là un mystère à contempler et à approfondir avec les yeux de la foi. On ne pourrait en  rester à l’extériorité de l’événement.

 

I - Un événement de grande importance

 

            Au v. 35, la voix de Jean, le témoin, se fait entendre dans la jeune Église baignée dans la lumière du Ressuscité: « Celui qui a vu rend témoignage - son témoignage est véritable et celui-là sait qu’il dit vrai - pour que vous aussi, vous croyiez. » L’évangéliste veut que l’auditeur qui contemple fixe son regard avec lui sur cette scène. Le témoignage de Jean est insistant: « celui qui a vu », « rend témoignage », « véritable, vrai », « pour que vous aussi, vous croyiez ». Jean veut que le disciple qui écoute communie à son expérience.

 

Un témoin qui a vu

 


            « Celui qui a vu » (ho heôrakôs), c’est le témoin qui parle: il a vu que les jambes de Jésus n’avaient pas été brisées et il a vu couler le sang et l’eau de son côté. Cette vision l’a saisi au point que lorsqu’il nous la raconte, plusieurs années après, elle est encore vivante en lui, elle s’est imprimée en lui, il l’a intériorisée. Ici, en effet, le « voir » de Jean est exprimé à l’aide d’un temps qu’on appelle, en grec, le parfait: il s’agit d’une action qui s’est passée autrefois, mais dont l’effet se fait encore sentir chez le disciple témoin. Le regard de Jean est encore illuminé par le souvenir de ce qu’il a vu.

 

Le témoin rend témoignage

            Jean, le disciple, rend témoignage au sujet d’un fait passé, mais qui devra toujours être raconté et retransmis. Jean utilise, encore ici, le temps parfait (memartyrèken): la voix de Jean résonne encore dans l’Église d’aujourd’hui. Jean atteste d’abord un fait: les jambes de Jésus n’ont pas été brisées et le sang et l’eau ont jailli de son côté. Mais le témoignage porte surtout sur le sens caché que cet événement prend pour lui et pour les chrétiens de tous les temps. Tous doivent être informés de cet événement et surtout en saisir le sens.

 

Le témoin dit vrai

 

            Le témoignage de Jean est « véritable », il est « vrai ». Il correspond réellement à ce qu’il a vu et cet événement a une si grande importance que l’évangéliste en appelle vraisemblablement au témoignage du Seigneur lui-même afin que nous adhérions à ce qu’il a vu et à ce qu’il nous en dit: « Celui-là sait qu’il dit vrai » Le Ressuscité « sait » que le témoignage de Jean est vrai. Les adjectifs « véritable », « vrai » sont de la même famille que le mot « vérité » (alètheia). Chez Jean « la vérité » renvoie toujours à la révélation du Père que Jésus apporte par ses paroles et son agir. Le disciple qui regarde dans la foi la scène de la croix découvre l’ultime révélation de l’amour du Père communiqué par Jésus au moment de sa mort. C’est à cette révélation ultime que l’auditeur doit s’ouvrir.

 

Le témoin veut susciter la foi

 

Tout disciple qui écoute le récit de la mort de Jésus fait par Jean, est appelé à donner une réponse de foi. Le fait que le témoin a contemplé à la croix doit devenir une expérience de foi pour celui qui écoute le récit. L’auditeur doit non seulement accueillir un fait passé, mais il doit entrer en communion avec Jean en accueillant la révélation de l’amour de Jésus dont l’événement est porteur.

 

II - Le récit du témoin réalise les Écritures

 

            Pour Jean, le fait que les jambes de Jésus n’ont pas été brisées et que le sang et l’eau ont coulé de son côté a tellement d’importance que, dans sa pensée, il est relié à la longue histoire du salut et en constitue l’accomplissement: « Pas un os ne lui sera brisé (Ex 12, 46; Nb 9, 12; Ps 34, 20) et « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé » (Zach 12, 10). Négliger un tel événement, c’est refuser d’entrer dans la révélation du dernier signe donné par le Jésus terrestre.

 

 « Pas un os ne lui sera brisé »

 

            Jean, présent à la croix, suit avec attention tout ce qui s’y déroule. Intrigué par le fait que les soldats ne brisent pas les jambes de Jésus, Jean y perçoit une réalisation de l’Écriture qui dit: « Pas un os ne lui sera brisé. » L’intuition de Jean pourrait renvoyer au Ps 34, 21, où il est question du juste que Dieu protège et sauve: « Malheur sur malheur pour le juste, mais de tous Yahvé le délivre; Yahvé garde tous ses os, pas un ne sera brisé. » Le lien avec ce Ps convient bien au contexte: dans sa Passion, Jésus est le Juste par excellence qui entre victorieux dans la Gloire de son Père. Toutefois, il semble que Jean, dans son récit de la Passion, a plutôt en tête le grand événement de la Pâque juive et que sa citation fait référence au symbolisme de l’Agneau pascal dont les os ne devaient pas être brisés (Ex 12, 46; Nb 9, 12). À plusieurs reprises, en effet, Jean nous oriente dans cette ligne d’interprétation. Dans la dernière scène du procès, celle où Jésus est proclamé Roi et où il est livré au supplice de la croix (19, 14.16), Jean indique le moment précis de ce grand événement: « C’était vers la sixième heure » (19, 14). Ce détail n’est pas sans importance puisque c’était, semble-t-il, à cette heure qu’on commençait  à immoler dans le Temple les agneaux pour la fête de la Pâque. De plus, Jean revient à plusieurs reprises, dans son récit de la Passion, sur le thème de la « Pâque » (18, 28. 39) et de la « Préparation de la Pâque » (19, 14. 31. 42). Dans notre scène, Jean parle de cette « Préparation  », comme la veille d’un grand jour: « Ce sabbat était un grand jour » (19, 31). Le climat du récit de la Passion selon Jean est vraiment pascal et, dans ce contexte, Jésus apparaît comme celui qui vient réaliser une figure centrale de l’histoire du salut: il est l’Agneau qui par son sang apporte la vie. Tout homme qui contemple dans la foi cet Agneau dont les os n’ont pas été brisés, saisit qu’il n’y a pas d’autres chemins pour entrer dans la vie. Ce n’est plus le sang de l’agneau de la Pâque juive qui rend libre, mais c’est le sang du Christ. C’est à cette grande révélation que la suite du récit, où il sera question du sang de Jésus, veut nous conduire.

 

« Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé » (Zach 12, 10)

 

            La parole de Dieu, prononcée par Zacharie, est maintenant réalisée. Pour Jean, le prophète invite tout disciple à regarder attentivement le côté transpercé de Jésus. Il s’agit de la contemplation amoureuse d’un événement porteur de salut pour l’humanité. Tous sont invités à poser un regard de foi sur le crucifié transpercé afin d’y trouver la vie.

 

v. 34    « mais l’un des soldats,

            de sa lance, lui perça le côté

et il sortit aussitôt du sang et de l’eau».

 

            Ici, c’est Jésus lui-même qui nous guidera. Le contenu du v. 34, en effet, n’est pas sans rapports avec une parole prononcée par Jésus pendant son ministère:

 

            «Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria:

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi,

et qu’il boive, celui qui croit en moi! »

selon le mot de l’Écriture: De son sein couleront des fleuves d’eau vive».


 

Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir

ceux qui avaient cru en lui; car il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié»  (Jn 7, 37-39).

Pour Jean, c’est à la croix que cette parole de Jésus se réalise. C’est à la croix que Jésus est glorifié, c’est là qu’Il commence à régner. Entre le texte de Jean 7, 37-39 et le récit du côté transpercé, les rapprochements sont nombreux: Le « sein » dont parle l’Écriture, c’est « le côté » transpercé de Jésus; « l’eau vive », c’est cette « eau » qui sort du côté de Jésus, symbole de l’Esprit; enfin, dans l’un et l’autre texte, on retrouve le motif de la foi: « ceux qui avaient cru en lui » (Jn 7, 38) et « pour que vous aussi, vous croyiez » (Jn 19, 35).

 

            Le texte de Jean 7, 37-39 nous éclaire sur un point important de la foi: avec la mort de Jésus commence le temps de l’Esprit, comme Jésus l’avait promis. Mais ce que Jean a vu à la croix pousse plus loin la révélation apportée par Jésus. En effet, Jean, dans son témoignage, ne dit pas seulement: « il sortit de l’eau », mais il apporte une précision: « il sortit aussitôt du sang et de l’eau. » Pourquoi parler du « sang » alors que la parole prononcée par Jésus n’annonçait que le don de « l’eau vive »? Si Jean parle du sang, c’est que cela correspond à ce qu’il a vu. De plus, si Jean mentionne en premier lieu « le sang », c’est qu’il veut mettre ici l’accent d’abord sur « le sang ». Pour Jean, la vision du Christ en croix prolonge la parole de Jésus prononcée lors de la fête des Tentes: non seulement Jean dit que l’Esprit est donné à la croix, mais il nous dit aussi comment l’Esprit est donné, par le sang. 


 

            Pour le sémite, « le sang », c’est la vie: quand le sang coule, la vie s’en va. Mais, quand le sang coule, il y a toujours un motif. Ici, c’est la violence exercée par un soldat sur le corps de Jésus. Mais Jean y voit surtout la réalisation d’une parole de Jésus: « Nul n’a de plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses amis » (15, 13). Pour Jean, le sang (ou la vie) qui coule à l’extérieur du corps de Jésus, c’est l’extériorisation de l’amour caché à l’intérieur du « côté » de Jésus, dans l’intimité de Jésus.

 

            Quel est le sens du rapprochement étroit entre « le sang et l’eau »? Pour Jean, il n’y a pas d’eau sans le sang. C’est la vie donnée de Jésus (le sang) qui donne la vie, c’est-à-dire l’Esprit, symbolisé par l’eau. Jésus mourant par amour ouvre l’époque de la vie selon l’Esprit. La vie selon l’Esprit tire son origine de l’amour ou de la mort de Jésus. Mort de Jésus et vie selon l’Esprit sont intimement reliées. La vie selon l’Esprit, dans les derniers temps, dans le temps de l’Église, c’est l’héritage laissé par Jésus au moment de sa mort. De même que « le sang et l’eau » que le disciple a vu couler du côté de Jésus sont inséparables, ainsi l’Esprit et Jésus sont inséparables dans la vie de l’Église. L’enseignement donné par l’Esprit est totalement tourné vers le Christ: « Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (14, 26). L’Esprit n’a qu’une parole à nous rappeler, celle prononcée par Jésus.

 

            Essayons de faire encore un autre pas dans la compréhension de la révélation. Comment comprendre la relation entre le côté de Jésus d’où sort « l’eau », symbole de l’Esprit, et la bouche de Jésus d’où sort l’Esprit au moment de sa mort: « et, inclinant la tête, il  remit l’Esprit » (19, 30). C’est comme s’il y avait deux sources de l’Esprit: le côté et la bouche de Jésus. Il importe de comprendre le lien étroit qui existe entre le côté et la bouche de Jésus en tant que source de l’Esprit.

 

            La soif de Jésus peut nous aider à comprendre cette relation. Au moment de sa mort, Jésus est tourmenté par une grande soif et il l’exprime ouvertement: « J’ai soif » (19, 28). Que dire de cette « soif » de Jésus? Jean aime utiliser dans ses récits la technique du double sens: quand Jésus dit « J’ai soif » (19, 28), il parle de sa soif physique qu’il étanche en buvant du vinaigre et, à un autre niveau, il parle de sa soif profonde qui est pleinement étanchée quand Jésus « remet l’Esprit » (19, 30). La double soif de Jésus est reliée à sa bouche: pour étancher sa soif physique, Jésus boit le vinaigre, pour étancher sa soif profonde, Jésus « remet l’Esprit ». On retrouve dans la conversation avec la Samaritaine ce double niveau de la soif. Quand Jésus dit à la Samaritaine « donne-moi à boire », il lui révèle en même temps  qu’il y a en Lui une autre soif, celle de lui donner l’eau vive: « il t’aurait donné de l’eau vive » ( Jn 4, 10). Chez Jésus, la soif physique est étanchée quand Jésus reçoit de l’eau, mais sa soif profonde est étanchée quand Il donne de « l’eau vive ». La soif de Jésus est à la fois « un recevoir » et « un donner ».

 


            Dans ce contexte de la soif profonde de Jésus, que vient nous révéler le récit du côté transpercé? Jean veut nous révéler le lieu caché où se loge la soif profonde de Jésus. Quand le soldat perce le côté de Jésus et qu’il en sort du « sang et de l’eau », on n’assiste pas à une seconde effusion de l’Esprit, mais Jean nous conduit à la connaissance de la source profonde du don de l’Esprit: c’est de ce lieu intime, le côté de Jésus, que provient l’eau ou l’Esprit qui sort de la bouche de Jésus. La soif profonde de Jésus a sa source dans le trop plein d’amour que Jésus veut nous communiquer. La scène de l’apparition de Jésus aux disciples, le soir de Pâques, nous semble aller dans le sens de cette interprétation. Comme au moment de la mort de Jésus, l’Esprit sort par la bouche de Jésus: « Il souffla sur eux » et Jésus leur dit: « Recevez l’Esprit Saint » (20, 22). L’effusion de l’Esprit est symbolisée par le souffle qui sort de la bouche de Jésus et qui communique aux disciples l’Esprit Saint. Mais, dans cet événement, Jésus discrètement rappelle la source profonde d’où provient l’Esprit: « Il leur montra ses mains et son côté» (20, 20). Il n’y a pas d’Esprit sans lien avec le « côté » de Jésus.

 

            Dans un texte johannique, on doit supposer que tous les mots ont une signification, bien qu’il ne soit pas toujours simple de préciser le sens voulu par Jean. Dans notre récit, quand Jean dit: « il sortit aussitôt du sang et de l’eau », que signifie l’adverbe « aussitôt »? Peut-on donner un sens à cet adverbe? Peut-être que le contexte pourrait nous guider. Dans son récit, Jean veut faire comprendre à l’auditeur que l’amour de Jésus a été poussé jusqu’au bout (Jn 13, 1). Quand Jean dit qu’ « il sortit aussitôt du sang et de l’eau », est-ce qu’il ne voudrait pas nous laisser entendre qu’il y avait une forte pression qui, avant le coup de lance du soldat, s’exerçait à l’intérieur de Jésus, sur son côté. Le coup de lance a permis à cette trop forte pression de trouver aussitôt une issue vers l’extérieur pour que le témoin puisse comprendre à quel point il a été aimé.

 

            L’auditeur doit, enfin, bien comprendre qu’il y a un lien intime qui relie le vinaigre bu par Jésus et le don de l’Esprit dont la source profonde se loge dans le « côté » de Jésus. Quand Jésus boit le vinaigre, « la coupe donnée par le Père » (Jn 18, 11), c’est toute l’ignominie de la Passion qu’Il intériorise amoureusement: la trahison de Judas, les reniements de Pierre, les insultes, les gestes violents contre sa personne et surtout la grande injustice et l’humiliation de la condamnation à la croix. Mais la Passion symbolisée par le vinaigre, qui rejoint Jésus jusque dans son être profond (son côté, son coeur), loin de briser les liens d’amitié avec ceux qui le font mourir, suscite en Lui la soif profonde de communiquer le plus grand de tous les dons, l’Esprit. On ne pourrait aller plus loin, tout est vraiment « achevé » (Jn 19, 30).

 

            Jésus, dans son humanité, n’a pas été ébranlé par le mal qui l’envahissait et allait le détruire. Dans son coeur, un dernier combat s’est livré et il n’a brisé aucun lien amoureux avec personne. Devant la violence dont il était l’objet, il a vaincu, dans son coeur, l’instinct de destruction qui brise les liens entre les humains et il a offert à tous la possibilité de « devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12), en communiquant la force amoureuse de l’Esprit à ceux qui croient. Dans l’intimité de son coeur, une grande victoire a été remportée. Dans la personne de Jésus, l’amour l’a emporté sur la haine. Dans l’univers, existe maintenant, grâce à l’amour victorieux de Jésus, une force de construction qui finira par l’emporter définitivement sur le mal. L’amour est vainqueur grâce au Christ qui nous a tous aimés.

 

            C’est ce mystère que les chrétiens ne cesseront de contempler et, la vue du mal, de la violence, de la destruction qui semble parfois vouloir l’emporter, n’ébranle pas l’espérance chrétienne ni la conviction de ceux et celles qui s’engagent dans le monde à la suite du Christ puisqu’ils savent que, dans le fond de leur coeur, a été répandu l’amour qui est dans le Christ Jésus et qui est plus fort que tous les mécanismes de mort. 

 

            On ne pourrait terminer cette réflexion sur le côté transpercé de Jésus sans rappeler une très vieille interprétation toujours vivante: la tradition de l’Église voit, en effet, dans « le sang et l’eau » les signes de l’Eucharistie et du Baptême. Du côté de Jésus sort la source de la vie divine communiquée au moment du baptême à ceux qui croient et qui entrent dans l’Église. Cette vie divine, présente chez les chrétiens, se développe et atteint sa stature adulte par la réception du sang du Seigneur aussi longtemps que durera le temps de l’attente du retour du Christ glorifié. Il s’agit ici d’une actualisation pour le temps de l’Église de ce que Jean a contemplé au moment de la mort de Jésus.

 

 

Conclusion

 

            Au début de son récit, Jean nous donnait le motif de la rupture des jambes des condamnés: les juifs ne voulaient pas que les corps des malfaiteurs rendent impure la terre d’Israël. Mais contrairement à ce que l’on pensait, c’est la mort du Crucifié qui rend tout homme véritablement pur, capable d’entrer en présence de Dieu. C’est l’amour de Jésus qui, par le don de l’Esprit, rend à l’homme toute sa dignité et lui donne cette grâce d’entrer en relation avec le Père et de tisser des liens d’amitié avec tous les humains. Le crucifié transpercé est le véritable Agneau Pascal qui apporte à l’humanité la vie, par son sang. C’est cela que le disciple a voulu révéler à l’Église afin qu’elle garde toujours vivant dans la foi le souvenir du lieu et du moment où elle est née.

 

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André Charbonneau, s.j.

Centre Pedro-Arrupe,

Port-au-Prince, Haïti