L'ESPRIT SAINT

 

DANS L'ÉVANGILE DE LUC ET LES ACTES

 

par

 

Joseph A. Fitzmyer, S. J.

 

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            L'Esprit Saint joue un rôle important dans l'évangile selon Luc et les Actes des apôtres et est l'un des signes de l'unité des deux écrits de lucaniens. D'autres écrivains du NT ont représenté eux aussi l'oeuvre de l'Esprit dans la communauté chrétienne primitive. Le caractère unique des écrits lucaniens, qui comprennent presque un quart du NT, se perçoit en partie dans la manière dont le pneuma (hagion), "l'Esprit (Saint)", est représenté tant dans le troisième évangile que dans la suite de l'histoire de Jésus, que seul Luc nous a léguée dans les Actes des apôtres.

 

            Mes remarques sur la manière dont Luc a représenté le rôle de l'Esprit Saint dans son évangile et les Actes se présentent sous deux rubriques: 1) l'influence des Septante sur la description de l'Esprit par Luc; et 2) la description par Luc du rôle de l'Esprit[1].

 

 

I. L'influence des Septante sur la description

de l'Esprit par Luc

 

            Encore que Luc fût natif de la Syrie et non un Sémite non Juif, il a reçu une bonne formation en langue grecque et en littérature hellénistique. Jérôme a dit de lui que "parmi tous les évangélistes il était l'écrivain le plus habile en grec".

            Le monde gréco-romain de l'époque de Luc débordait d'idées sur les esprits et "l'inspiration". Cela s'exprimait normalement, cependant, au moyen de termes qui signifiaient "souffle", comme pnoia, pnoê, ou par mania, "folie", ou enthousiasmos, "enthousiasme" (et leurs équivalents latins). Ces termes étaient parfois modifiés par l'adjectifs grec theios ou l'adjectif latin divinus, ou encore par le génitif theou, "de Dieu", lorsqu'ils signifiaient l'inspiration oraculaire, mantique ou poétique. En de rares occasions, on trouve dans des textes grecs profanes pneuma hieron, "esprit sacré", pour signifier le "souffle" de Zeus[2] engendrant la vie, ou lorsque les dieux étaient considérés comme les inspirateurs mantiques des poètes, des orateurs, ou encore des oracles de la Pythie ou de Delphes[3]. Les esprits divins (theia pneumata) étaient ceux qui dotaient d'une connaissance fondamentale de la nature et les forces cosmiques ainsi divinisées étaient désignées de cette manière dans la philosophie des Stoïciens[4]. Les êtres surnaturels hypostasiés ont aussi peuplé le monde de la magie, souvent appelés daimones ou pneumata, parfois bons, parfois mauvais[5]. Mais, comme l'a montré H. Kleinknecht,

            on n'a pas encore trouvé d'exemple du concept d'un pneuma hagion ["esprit saint"] en grec profane. Ici, le grec biblique a forgé une expression nouvelle et distinctive pour le caractère différent, suprasensuel, supraterrestre et en partie personnel, du contenu du terme pneuma dans le judaïsme et la chrétienté[6].

           

 

            Luc utilise bel et bien pneuma, ici et là, spécialement dans les relations de miracles, lorsqu'il renvoie à "un esprit démoniaque impur" (Lc 4, 33), à "un esprit impur" (Lc 4, 36; 6, 18; 8, 29; 9, 42; 11, 24, 26; Ac 5, 16; 8, 7), ou à "un esprit mauvais" (Lc 7, 21; 8, 2; Ac 19, 12, 13, 15, 16), voire, en un endroit, à "un esprit divinateur" (Ac 16, 16). On pourrait être tenté de penser que ces termes faisaient partie du monde gréco-romain dans lequel il vivait, mais il n'est pas facile de trouver les équivalents exacts de ces expressions dans les écrits profanes grecs.

 

            Si Luc a été influencé par les écrits grecs primitifs dans son traitement du rôle de l'Esprit, il est patent que c'est le monde de la Bible grecque qui a exercé sur lui la plus grande influence. Ce qui n'est pas pour nous étonner, puisque aussi bien la dépendance de Luc de l'Ancien Testament grec, particu­lièrement sous la forme que nous appelons la Bible des Septante (LXX), a été depuis longtemps démontrée.

 

            Dans les Septante, on trouve la contrepartie exacte de quelques termes de Luc: "esprit impur" (Zach 13, 2) et "esprit mauvais" (Jg 9, 23); 1 Sam 16, 14-16; 18, 10; 19, 9). C'est de ces passages que proviennent les expressions utilisées dans les écrits intertestamentaux grecs des Juifs: 1 Enoch, 99, 7; Testaments des douze patriarches (T. Simeon 4, 9; 6, 6; T. Judah 16, 1); et Josèphe, Ant. 6.11.2 §211 (cf. 6.11.3 §214; J.W. 7.6.3 §185).  Ici, on retrouve un monde et une culture de langue grecque, à la vérité, mais un monde dans lequel la croyance juive en des êtres intermédiaires comme les anges et les esprits a manifestement modifié la compréhension hellénistique des "esprits". Aussi, si les références de Luc à des "esprit impurs" ou "mauvais" se rapportent à l'hellénisme, elles le sont par le truchement des Septante.

 

            Plus importante, cependant, est l'association d'"esprit" avec la croyance monothéiste de l'antique Israël des Septante, car l'idée lucanienne du "Saint Esprit" doit beaucoup aux conceptions de l'AT de l'"Esprit" de Jahveh. On trouve six expressions chez les Septante:

 

            1. Pneuma theou, "Esprit de Dieu": cette expression se retrouve fréquem­ment (p. ex., Gn 1, 2; 8, 1; 41, 38; Nm 23, 6; 24, 2; 1 Sam 10, 10), mais Luc ne l'utilise jamais.

            2. Pneuma hagion, "Esprit Saint": apparaît avec l'article dans Ps 51, 11; 143, 10; Is 63, 10-11; Sag 9, 17, toujours avec le possessif sou, "ton", ou autou, "son", rapporté à Dieu. Luc utilise ce terme environ quarante fois, mais jamais avec le pronom possessif.

 

            3. Pneuma Kyriou, "l'Esprit du Seigneur": revient régulièrement (p. ex., Jg 3, 10; 11, 29; 1 Sam 10, 6; 11, 6; 2 Sam 23, 2; 1 R 18, 12; Sag 1, 7; Ez 11, 5) et Luc l'emploie non seulement en citant Isaïe (Lc 4, 18), mais aussi lorsqu'il compose librement (Ac 5, 9; 8, 39).

            4. Pneuma theion, "Esprit divin": se trouve seulement dans Jb 27, 3; 33, 4 et en certains manuscrits d'Ex 31, 3 ("un divin esprit de sagesse"), jamais dans les Actes de Luc.

            5. Pneuma, avec pronom possessif au génitif se rapportant à Dieu: pneuma autou, "son Esprit" (Is 48, 16; Zach 7, 12); "ton Esprit" (Ne 9, 20, 30; Jdt 16, 14); et "mon Esprit" (Gn 6, 3; Ag 2, 5; Is3 42, 1). De ces expressions, seule la dernière se retrouve dans les Actes de Luc et seulement dans une citation de l'AT (Jl cité dans Ac 2, 17-18).

            6. Pneuma seul: lorqu'on fait référence à l'influence de Dieu sur les êtres humains ou sur le monde, pneuma seul n'est pas trop fréquent; à l'occasion, dans Ézéchiel (1, 12, 20; 2, 2; 3, 12, 14, 24). Ce mode d'expression revient très souvent dans les Actes de Luc.

 

            Ces utilisations de pneuma chez les Septante ont manifestement influencé la pensée des premiers chrétiens en général, comme l'atteste l'utilisation de "Saint Esprit" ou d'"Esprit de Dieu" dans les autre écrits néotestamentaires.

 

            Lorsque l'AT parle ainsi de "l'Esprit de Dieu", c'est là, habituellement, une manière d'exprimer la présence dynamique de Dieu au monde créé ou à son peuple choisi: un souffle ou un vent violent qui révèle l'activité de la présence divine sur eux ou sur lui (Gn 1, 2; Ps 139, 7), en tant que créateur (Ps 33, 6 Jdt 16, 14); que prophétie inspirante (Nm 24, 2; Ho 9, 7; 1 Sam 11, 6); en tant que suscitant des leaders (Jg 6, 34; 11, 29; Is 11, 1-5), ou renouvelant la terre (Ps 104, 30). Toutes ces idées, associées à l'Esprit de Yahveh dans le monde du monothéisme judaïque, apportèrent ainsi d'importantes nuances sémitiques à l'intelligence du terme d'"esprit" du monde grec des derniers siècles pré-chrétiens.

 

 

 

II. La description par Luc du rôle de l'Esprit

 

 

            Dans son ouvrage en deux volumes, Luc utilise pneuma 36 fois dans son évangile et 70 fois dans les Actes. En tout, ces 106 occurrences représentent

28 % des occurrences du terme dans le NT. Dans ces 106 cas, le mot renvoie à des esprits impurs ou mauvais 20 fois (12 dans l'évangile et 8 dans les Actes)[7] et dans 15 cas "esprit" est employé avec un certain sens général[8]. D'où Luc emploie le pneuma divin 71 fois, beaucoup plus qu'aucun des autres évangé­listes[9].

           

            Parfois, le sens lucanien de "l'Esprit" divin diffère quelque peu de la manière de l'AT d'exprimer la présence dynamique de Dieu à son peuple ou au monde créé. Luc emploie (to) pneuma hagion, "Esprit Saint" (53 fois) ou pneuma Kyriou ("Esprit du Seigneur") (3 fois), pneuma mou, "mon Esprit" (i.e., de Dieu, deux fois), ou simplement pneuma seul (13 fois) et cela est toujours sa manière de faire voir l'activité de Dieu au sein du peuple d'Israël ou des premiers chrétiens. Une seule fois Luc parle de "l'Esprit de Jésus" (Ac 16, 7). Ailleurs, l'Esprit est toujours celui de Dieu, même s'il ne recourt jamais à l'expression des Septante, pneuma theou.

 

            Luc représente l'Esprit comme actif à toutes les périodes de l'histoire du salut. Hans Conzelmann a divisé cette histoire en trois périodes: la période d'Israël, la période de Jésus et la période de l'Église sous tension[10].

 

            Dans la période d'Israël, Luc représente l'Esprit Saint qui a parlé d'avance de Judas "par la bouche de David" (Ac 1, 16), ou "aux pères par la bouche du prophète Isaïe" des Juifs de Rome et de leur réticence à accepter le message de Paul (Ac 28, 25), ou alors qu'il parle des chrétiens de Jérusalem en prière (Ac 4, 25).

 

 

 

 

 

            Dans les récits de l'enfance Luc représente l'Esprit comme actif dans la vie des Juifs pieux avant la naissance de Jésus: il promet la conception du Baptiste (Lc 1, 15), inspire la bénédiction de Marie par Élisabeth (1, 41), pousse Zacharie à prophétiser à propos de Jean (1, 67) et rend possible la conception de Marie (1, 35). Une fois Jésus né, l'Esprit est encore actif chez Siméon, qui prédit l'avenir de l'enfant Jésus (2, 25, 27). Tout cela est une préparation, une annonce de l'oeuvre de l'Esprit dans les deux périodes à venir de l'histoire du salut. Pour Luc, il est important qu'il s'agisse du même Esprit.

 

            De plus, dans la période de Jésus, au début de son ministère, Luc raconte son baptême et "l'Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe" (3, 22). Ainsi, l'Esprit devient l'inaugurateur du ministère de Jésus. Jésus revient "plein de l'Esprit Saint" et "est conduit par l'Esprit au désert" (4, 1) pour être tenté. Après cela, Jésus retourne du désert en Galilée "avec la puissance de l'Esprit" (4, 14). Dans l'événement de la synagogue de Nazareth, Jésus cite Isaïe 61, 1: "L'Esprit du Seigneur Jahveh est sur moi, car Yahveh m'a donné l'onction (i. e., au baptême), pour proclamer le royaume de Dieu" et cela devient le but même pour lequel il a été envoyé (4, 43)[11].

 

            Il est assez remarquable qu'aucun des miracles de Jésus dans l'évangile de Luc n'est associé à l'Esprit, comme l'a reconnu E. Schweizer[12]. Les autres endroits où l'on mentionne l'influence de l'Esprit au cours du ministère de Jésus sont isolés et n'ont aucun rapport. Par exemple, lorsque Jésus "tressaillit dans l'Esprit Saint" et prononça sa célèbre prière d'action de grâce à son Père céleste (10, 21); ici, Luc présente Jésus priant son Père dans l'Esprit. De même, dans le trait de Jésus, chez Luc, relatif à la prière de demande, qui est unique dans la tradition évangélique en ce qu'elle se termine par une comparaison: "Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui l'en prient!" (11, 13)[13]. Malheureusement, le Jésus de Luc ne donne aucune explication addi­tionnelle de ce don du ciel; nous sommes donc réduits à spéculer sur la nature de cette récompense. En outre, Jésus nous avertit que "quiconque aura blasphémé contre le Saint Esprit ne sera pas pardonné" (12, 10), i. e. par Dieu, parce que cette personne se met elle-même dans une situation impossible de rejeter la vraie source, Dieu ou son Esprit, d'où peut venir le pardon. Enfin, le Jésus de Luc instruit ses disciples: ils ne doivent pas se préoccuper de ce qu'ils diront, lorsqu'ils seront traînés dans les synagogues et devant les chefs et les autorités, parce que "l'Esprit Saint vous enseignera à cette heure même ce qu'il faut dire" (12, 12). Dans ces traits de Jésus relatifs à l'influence de l'Esprit, on apprend comment ses disciples doivent prier le Père céleste et attendre sa récompense ou son instruction, qui viendra avec l'aide de l'Esprit divin.

 

            Ce qui est étrange dans l'évangile de Luc, c'est qu'il n'y a plus aucune mention de l'Esprit dans la dernière partie du compte rendu par Luc de la période de Jésus. Après le chapitre 13 de l'évangile, le mot pneuma figure seulement trois fois et seulement dans un sens général; et il n'a aucun rapport avec l'Esprit de Dieu. Ce qui signifie que l'Esprit de Dieu n'est pas présenté comme opérant dans le récit lucanien de la passion ou de la résurrection. La passion, la mort et la sépulture de Jésus sont racontées sans aucune implication de l'Esprit; les récits de la découverte du tombeau vide et des apparitions du Christ ressuscité sont menés de la même manière, sans aucune mention de l'Esprit. La mention suivante de l'Esprit se fera dans le récit lucanien des Actes, la suite de l'évangile. Même dans Lc 24, 49, où le Christ ressuscité enjoint aux Onze et à ceux qui se trouvent avec eux de demeurer à Jérusalem jusqu'à ce qu'il fasse descendre sur eux "ce que mon Père a promis", cette promesse n'est pas explicitée: il faut attendre jusqu'à Ac 1, 4-5.

 

            Alors que le compte rendu de la période de l'Église commence avec Ac 1, on remarque la position éminente de son inaugurateur. Non seulement le Christ ressuscité mandate maintenant les apôtres "par l'Esprit Saint" (Ac 1, 2) et les instruit sur leur futur baptême "dans l'Esprit Saint" (1, 5), mais ce verset lui-même des Actes spécifie comment "ils recevront une force, lorsque l'Esprit Saint descendra sur eux", faisant d'eux ses témoins "à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre" (1, 8). Et nous nous trouvons ainsi dans la troisième période du salut, commencée par l'Esprit en relation avec l'Ascension du Christ (1, 9-11).

 

            Le chapitre 2 des Actes nous dit comment les premiers chrétiens "étaient remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer" (2, 4). C'est là une description importante de l'oeuvre inauguratrice de l'Esprit en cette période. Plus importante que le parler en langues, cependant, est le témoignage que l'Esprit entreprend alors. Car l'Esprit rend Pierre capable de se tenir debout avec les apôtres, de faire face aux Juifs rassemblés à Jérusalem pour leur fête et de proclamer à "toute la maison d'Israël" que "Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié" (2, 36). De la sorte, l'Esprit active le témoignage même des apôtres, dont a parlé le Christ ressuscité dans Lc 24, 47-48 et Ac 1, 8. L'influence de l'Esprit est, en réalité, "la force d'en haut" (Lc 24, 49) et la "force" (Ac 1, 8) qu'ils devaient attendre à Jérusalem.

 

            Le discours de Pierre le jour de la Pentecôte, lors de la première grande fête juive après la crucifixion de Jésus, non seulement proclame la bonne nouvelle de Dieu aux Juifs rassemblés des douze tribus d'Israël, mais il rapporte sa proclamation à l'oeuvre de l'Esprit. Pierre cite Joël 3, 1-5 sur l'effusion de l'Esprit de Dieu sur toute chair et associe explicitement cette effusion à l'activité du Christ ressuscité et monté au ciel. De celui-ci Pierre annonce: "Exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l'Esprit Saint, objet de la promesse, et l'a répandu. C'est là ce que vous voyez et entendez." (2, 33). Ce verset des Actes a été appelé "la clé d'interprétation de la pneumatologie lucanienne"[14].

 

            Puis, lorsque quelques-uns des auditeurs de Pierre demandent ce qu'ils doivent faire à la lumière de tout ce qui s'est produit, il leur répond: "Repentez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés et vous recevrez alors le don du Saint Esprit" (2, 38). De la sorte, l'Esprit inaugure la première Église chrétienne juive de Jérusalem et donne un sens nouveau, ecclésiastique, à l'eschaton. Même si ekklesia, "Église", ne se retrouve pas en Ac 2, Luc rapporte qu'"environ trois mille âmes" furent baptisées ce jour-là et ce chapitre se termine sur un résumé qui dit: "Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés" (2, 47). Avec le temps, cet ensemble sera appelé "Église" (5, 11; 8, 1). Et donc la période de l'Église est officiellement inaugurée sous la direction eschatologique de l'Esprit dans l'histoire lucanienne. "Elle s'édifiait et vivait dans la crainte du Seigneur et elle était comblée de la consolation du Saint Esprit" (9, 31).

 

            Encore que divers autres effets de l'activité de l'Esprit soient racontés (4, 31; 8, 17-18; 9, 17; 10, 44; 11, 15; 15, 8; 19, 16), il est assez étonnant que nulle

mention ne soit faite de l'Esprit Saint dans les chapitres 3, 12, 14, 17, 18 , 22-27, i.e. dans une grande partie de l'histoire des efforts missionnaires de Paul[15]. Tout à la fin des Actes, Luc introduit bel et bien de nouveau l'Esprit, lorsque Paul cite Isaïe 6, 9-10 contre les Juifs de Rome, qui sont venus le voir et sont repartis sans accepter son message. Ce qui veut dire, alors, que l'Esprit est absent d'une grande partie de l'histoire lucanienne de Paul, même si le commencement de son ministère est manifestement marqué de l'influence de l'Esprit.

 

            Ananie de Damas dit à Paul: "Celui qui m'envoie, c'est le Seigneur, ce Jésus qui t'est apparu sur le chemin par où tu venais; et c'est afin que tu recouvres la vue et sois rempli de l'Esprit Saint" (9, 17). L'Esprit est également impliqué dans l'inauguration des voyages missionnaires de Paul. L'Esprit demande à l'Église qui prie et jeûne à Antioche de mettre à part Barnabé et Saul "en vue de l'oeuvre à laquelle je les ai appelés" (13, 2). Puis, Luc continue: "Eux donc, envoyés en mission par le Saint Esprit, descendirent à Séleucie, d'où ils firent voile pour Chypre" (13, 4; cf. 13, 9, 52). Tout comme l'Esprit avait inauguré le témoignage de Pierre à la Pentecôte, de même ici il donne le branle aux voyages missionnaires du témoignage paulin.

 

            Dans Ac 15, Luc raconte l'histoire du "concile" de Jérusalem. C'est un chapitre important mais compliqué, dans lequel Luc télescope ou rassemble les comptes rendus de deux décisions prises à des moments différents dans Jérusalem[16]. Dans la réunion même du "concile", Pierre rappelle que "Dieu, qui connaît les coeurs, a témoigné en leur faveur [les païens], en leur donnant l'Esprit Saint tout comme à nous" (15, 8). Alors, Pierre insiste pour que des Gentils incirconcis, comme Cornélius et sa maison, puissent recevoir l'Esprit de Dieu.

 

            Plus loin dans le même chapitre, Luc cite la lettre envoyée par Jacques et les presbytres de Jérusalem aux églises locales d'Antioche, de Syrie et de Cilicie: "L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d'autres charges que celles-ci, qui sont indispensables" (15, 28). Ainsi, l'autorité de l'Esprit est invoquée pour régler même de petits détails dans les églises mixtes du monde païen.

 

            Dans son récit sur l'Église des premiers temps, Luc présente l'Esprit surtout comme inaugurateur: tout comme il a ouvert la période de Jésus, de même ici il ouvre celle de l'Église. Ici encore, comme dans l'évangile, Luc rapporte ici et là des détails du suivi de l'activité de l'Esprit dans le ministère de Pierre et de Paul, mais le suivi ne se poursuit pas jusqu'à la fin complètement de son compte rendu.

 

            Un aspect de l'Esprit doit être développé davantage, à savoir, la manière dont Luc personnifie parfois l'Esprit. J'ai dit précédemment comment Luc comprend fondamentalement "l'Esprit", tel que le présente l'AT, comme une manière d'exprimer la présence dynamique de Dieu à son peuple ou au monde créé. Par contre, on perçoit également une différence importante dans le fait que Luc personnifie le pneuma divin. Il parle de l'Esprit qui "communique" activement avec Siméon (Lc 2, 25), "parle" à Philippe, Pierre et Agabus (Ac 8, 29; 10, 19; 11, 12; 21, 11), "prédit" par la bouche de David (Ac 1, 16), "parle" par la bouche d'Isaïe (Ac 28, 25), "témoigne" envers Paul (Ac 20, 23), "enseigne" aux disciples de Jésus (Lc 12, 12; cf. Ac 2, 4b), "dirige" Jésus (Lc 4, 1), "enlève" Philippe (Ac 8, 39), "mandate" Barnabé et Saul (Ac 13, 4), "installe" des presbytres comme surveillants du troupeau de Dieu (Ac 20, 28), ou "empêche" Paul et Silas (Ac 16, 6).

 

            En outre, Luc fait de l'Esprit l'objet de plusieurs verbes qui impliquent pareillement une personnification: "mentir à l'Esprit, le tromper" (Ac 5, 5), "mettre l'Esprit à l'épreuve, le tenter" (Ac 5, 9), "résister" à l'Esprit (Ac 7, 51) et "blasphémer" contre l'Esprit (Lc 12, 10).

 

            Dans tous ces exemples de personnification du pneuma, l'article demeure neutre[17], de sorte qu'on ne peut affirmer avec certitude que Luc se représente l'Esprit comme une personne, comme dans l'enseignement trinitaire ultérieur, très élaboré, de la période patristique[18].

 

            Un passage lucanien important pour la doctrine sur l'Esprit, qui s'est développée dans la théologie de ces derniers temps, est l'histoire d'Ananie et Saphire. Là, Pierre demande à Ananie: "Pourquoi Satan a-t-il rempli ton coeur, que tu mentes à l'Esprit Saint?" (Ac 5, 3), puis lui dit: "Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu" (5, 4b). Ici, "Saint Esprit" et "Dieu" sont juxtaposés et mis sur le même pied. En ce verset du NT on trouve un tremplin pour l'enseignement trinitaire ultérieur.

 

            Ces passages lucaniens, de l'évangile comme des Actes, ne ressortissent pas à la manière dont Luc parle de l'Esprit dans ce que nous avons appelé la manière de l'AT, l'activité non personnifiée de l'Esprit. Ces passages incluraient des expressions comme "rempli de", ou "plein de" l'Esprit Saint; ou comme l'Esprit "qui vient sur", "tombe sur", "descend", "est répandu", voire "promis" ou "reçu", dans lesquelles pneuma est parfois compris de façon symbolique dans son sens plus étymologique de "souffle, vent". Dans ces expressions, l'usage lucanien ne dépasse pas la conception de l'AT, comme c'est le cas, en fait, dans les exemples lucaniens de personnification[19].

 

            Par exemple, les gens sont dits "remplis de" ou "pleins de" l'Esprit: dans l'évangile, Jean le Baptiste (1, 15), Élisabeth (1, 14), Zacharie (1, 67), Jésus (4, 1), et dans les Actes, les chrétiens rassemblés à la Pentecôte (2, 4a), Pierre (4, 8), les Sept (6, 3), Étienne (6, 5; 7, 55). Pour l'expression, voir Sir 48, 12, où les meilleurs manuscrits grecs disent d'Élisée qu'il "était rempli de son Esprit", i.e., d'Élie (allusion à 2 R  2, 9, 13), mais où le manuscrit A présente "Saint" au lieu de "son". Parce que l'expression "rempli de l'Esprit Saint" n'apparaît pas dans les Septante, sa fréquence est alors significative dans les Actes de Luc et contribue à l'unité de ceux-ci.

 

            Luc parle également de l'Esprit qui "tombe sur", "vient sur", ou "descend" sur les gens, tant dans l'évangile que dans les Actes: sur Marie (Lc 1, 35), sur Jésus (3, 22), sur Cornélius et sa maison (Ac 10, 44); 11, 15), sur les "disciples" d'Éphèse baptisés par Paul (Ac 19, 6), ou promis aux Onze (Ac 1, 8). Comparez Is 32, 15: "Jusqu'à ce que se répande sur nous l'Esprit d'en haut"; mais "tomber sur" n'apparaît pas, par contre, avec "Esprit" chez les Septante.

 

            Il est à noter comment Luc parle du "don" de l'Esprit. Jésus annonce que "Le Père donnera l'Esprit Saint à ceux qui l'en prient" (Lc 11, 13) et Pierre, à la Pentecôte, proclame le même don aux Juifs de Jérusalem qui demandent ce qu'ils doivent faire: "Repentez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit" (Ac 2, 38). Comparer aussi Ac 5, 32; 8, 18; 11, 15; 15, 8. Les chrétiens juifs sont stupéfaits que "le don du Saint Esprit ait été répandu aussi sur les païens" (Ac 10, 45).

 

            Deux passages de l'AT ont influencé Luc en particulier: Isaïe 61, 1-2, cité dans son évangile en 4, 18-19, et Joël 3, 1-2, cité dans les Actes en 2, 17-21. Chacun de ces passages joue un rôle important dans une première partie des deux volumes de Luc, au début du ministère public de Jésus et au commencement de la formation de l'Église chrétienne.

 

            Conzelmann pensait que dans les Actes de Luc l'Esprit n'était plus considéré comme un don de Dieu à l'eschaton, comme Jl 3, 1-2 pourrait le faire croire, mais était plutôt devenu une solution au problème de la parousie différée[20]. En réalité, cependant, "ce que le Père a promis" (Lc 24, 49) était déjà devenu, dans la période de l'Église, la source d'énergie pour les efforts missionnaires chrétiens et la résistance face aux problèmes et à la persécution, mais on ne peut guère réduire à cela la notion de l'Esprit chez Luc. Il faut souligner que dans les écrits de Luc, c'est le même Esprit promis pour l'eschaton, désormais inauguré dans la période de l'Église (Ac 1, 4; 2, 4-17), qui est actif dans les récits de l'enfance, la fin de la période d'Israël, et au début du ministère public, de la période de Jésus. En se référant deux fois à l'Esprit comme "le promis de mon Père" (Ac 1, 4; cf. Lc 24, 49) et en rapportant sa descente à la Pentecôte à la prophétie de Joël 3, 1-2, Luc suppose une relation distincte de l'Esprit à l'AT, à Jahveh, précisément comme Père de Jésus, voire à Jésus lui-même. La relation de l'Esprit au Père n'est pas davantage expliquée, sauf que dans Ac 2, 33, Luc fait proclamer à Pierre que Jésus, "exalté par la droite de Dieu, a reçu du Père l'Esprit Saint, objet de la promesse, et l'a répandu"[21].

 

            Au début des Actes, le rôle de l'Esprit n'est plus limité à un effet sur le Baptiste ou sur Jésus: tout Israël doit être reconstitué grâce à l'effusion de l'Esprit de Dieu, qui sera également répandu sur les païens, les rendant aptes à devenir membres de l'Israël reconstitué.

 

            Ainsi, l'Esprit est perçu, dans les Actes (9, 31), non seulement comme la présence créatrice et consolante de Dieu, mais aussi comme celle de Jésus lui-même. L'Esprit n'est pas simplement "une solution au problème de la parousie différée", mais le substitut du Christ ressuscité lui-même, lorsqu'il n'est plus physiquement présent à ses disciples (Ac 16, 7). Une fois qu'il les aura quittés définitivement à l'Ascension, le Christ sera désormais "reconnu" comme présent parmi eux dans "la fraction du pain" (Lc 24, 35) et dans "la promesse de mon Père", répandue parmi eux (Ac 1, 4-5; 2, 32-33). Grâce à l'Esprit, le Christ ressuscité est présent et actif dans son Église et ainsi poursuit son oeuvre.

 

            Un aspect important du rôle de l'Esprit est présenté dans les Actes, où il est précisé que l'Esprit est donné seulement lorsque les Douze sont présents, ou un membre des Douze, ou l'un de leurs délégués est en scène. C'est que l'effusion du pneuma fait de l'Église une communauté chrétienne guidée par l'Esprit. La reconstitution des Douze (Ac 1, 15-26) était une préparation indispensable à l'effusion de l'Esprit ((2, 1-4): les Douze n'avaient pas seulement à faire face aux douze tribus d'Israël avec leur proclamation et leur témoignage nouveaux: ils se présentaient comme ceux sur qui l'Esprit du Seigneur avait été répandu. Ils devaient également voir à ce que celui-ci soit diffusé davantage. Ce qui explique pourquoi Philippe, l'un des Sept assignés au service des tables (Ac 6, 2-6), peut évangéliser la Samarie et y administrer le baptême (8, 5-13), mais Pierre et Jean doivent être envoyés en Samarie avant que les gens de cette région reçoivent l'Esprit (8, 17). Simon de Samarie note explicitement que l'Esprit fut conféré moyennant l'imposition des mains par les apôtres (8, 18). De même, c'est seulement lorsque Paul, délégué indirectement par les Douze (voir 11, 22, 25-26; 13, 2-4), arrive à Éphèse que "certains disciples" (i.e., des chrétiens néophytes) sont baptisés "au nom du Seigneur Jésus" et reçoivent l'Esprit par l'imposition des mains (19, 1-6). La seule exception à semblable don de l'Esprit est le cas de Paul lui-même, qui est baptisé par Ananie de Damas et reçoit  l'Esprit par son imposition des mains (9. 17-18). L'exception manifeste est faite dans le récit de Luc, cependant, dans le but de faire ressortir la grâce extraordinaire accordée à Paul[22]. Par là, il devient un "instrument choisi du ciel", ou un "vase d'élection", pour porter le nom de Jésus aux Gentils, aux rois et aux enfants d'Israël (9, 15), voire il devient le héros de Luc dans la seconde moitié des Actes.

 

            Enfin, on peut noter, dans les Actes, l'effet de l'Esprit sur chacun des chrétiens. Les Douze reconstitués parlent "d'autres langues" (2, 4-11), mais d'autres également font l'expérience de choses semblables (10, 45-46; 19, 6). Les individus sont enhardis par l'Esprit à prendre la parole avec assurance (4, 31; 6, 10). L'influence de l'Esprit est parfois rapportée à la "foi" des individus (Étienne, 6,5; Barnabé, 11, 23)[23], à leur "joie" (13, 52) et à leur "consolation" ou leur "encouragement" (9, 31). Cette influence est concédée à ceux qui sont baptisés (2, 38; 19, 2)[24]

 

            La présente description du rôle de l'Esprit dans l'Évangile et les Actes révèle ainsi comment (to) pneuma hagion est un élément majeur qui manifeste l'unité des Actes de Luc.

 

 

 

Department of Biblical Studies                                                                        Joseph A. Fitzmyer, S. J.

Catholic University of America

Washington, DC 20064

 U. S. A.



    [1] Voir aussi C. K. Barrett, The Holy Spirit and the Gospel Tradition (London, SPCK, 1947); G. R. Beasley-Murray, "Jesus and the Spirit", in A. Descamps et A. de Halleux (éd.), Mélanges bibliques en hommage au R. P. Béda Rigaux (Gembloux, Duculot, 1970) 463-78; f. Bovon, Luc le théologien: Vingt-cinq ans de recherches (1950-1975) (Neuchâtel/Paris, Delachaux et Niestlé, 1978) 211-54; J. H. E. Hull, The Holy Spirit in the Acts of the Apostles (Londres, Lutterworth; Cleveland, OH, World, 1967); M.-A. Chevallier, "Luc et l'Esprit Saint", Revue des Sciences Religieuses 56 (1982) 1-16; A. George, "L'Esprit Saint dans l'oeuvre de Luc", Revue Biblique 85 (1978) 500-42; J. Guillet, "Saint Esprit: II/I. Dans les Évangiles synoptiques; II/II. Dans les Actes des Apôtres, Dictionnaire de la Bible, Supplément 11 (1991) 172-91; G. Haya-Prats, L'Esprit, force de l'église: Sa nature et son activité d'après les Actes des Apôtres (Lectio Divina 81; Paris, Cerf, 1975:; C. S. Keener, The Spirit in the Gospels and Actes: Divine Purity and Power (Peabody, MA, Hendrickson, 1997); J. Kremer, "Pneuma, atos, to", Exegetical Dictionary of the New Testament, 3. 117-22; G. W. H. Lampe, "The Holy Spirit in the Writings of St. Luke", in D. E. Nineham (éd.), Studies in the Gospels: Essays in Memory of R. H. Lightfoot (Oxford, Blackwell, 1957) 159-200. O. Mainville, L'Esprit dans l'oeuvre de Luc (Héritage et projet 45; Montréal, Éditions Fides, 1991; "Jésus et l'Esprit dans l'oeuvre de Luc: Éclairage à partir d'Ac 2, 33, Science et Esprit 42 (1990) 193-208; E. Schweizer, "Pneuma, etc." in Theological Dictionary of the New Testament 6 (1968) 332-45, spéc. 404-15; S. S. Smalley, "Spirit, Kingdom and Prayer in Luke-Acts", NovT 15 (1973) 59-71; W. B. Tatum, "The Epoch of Israel: Luke i-ii and the Theological Plan of Luke-Acts, New Testament Studies 13 (1966-67) 184-95; E. Trocmé, L'Esprit-Saint et l'Église (Paris, Fayard, 1969 19-44.

    [2] Diodorus Siculus, Bibl. Hist. 1.12.1-2.

    [3] Strabo, Georg. 9.3.5; Platon, Ion 533d, 534c; Ps.-Platon, Axiochos 370c. Dans le monde romain, Cicéron parle de poetam... quasi divino quodam spirituo inflari (Pro Archia 8.18; cf. Horace, Carm. 4.6.29.

    [4] Ps.-Aristote, De Mundo 394b.10; cf. Philo, De Spec., 1.1 §6.

    [5] Voir H. Kleinknecht, "Pneuma, pneumatikos, etc.", TDNT, 6.334-59.

    [6] Ibid., 338.

    [7] Lc 4, 33, 36; 6, 18; 7, 21; 8, 2, 29; 9, 39, 42; 10, 20; 11, 24, 26; 13, 11; Ac  5, 16; 8, 7; 16, 16, 18; 19, 12, 13, 15, 16.

    [8] Voir Lc 1, 7, 47, 80; 8, 55; 9, 55; 23, 46; 24, 37, 39; Ac 6, 10 (?); 7, 59; 17, 16; 18, 25; 19, 21; 23, 8,  9.

    [9] Matthieu l'utilise onze fois pour l'Esprit de Dieu; Marc, six fois et Jean quatorze fois.

    [10] Voir H. Conzelmann, The Theology of St Luke (New York, Harper & Bros., 1960) 12-17; cf. J. A. Fitzmyer, The Gospel according to Luke (AB 28, 28A; Garden City, NY, Doubleday, 1981, 1985) 181-87.

    [11] Le seul qui ait été désigné comme "oint" par l'Esprit dans les Actes de Luc, c'est Jésus (Lc 4, 18, citant Is 61, 1). Ce qui est confirmé dans Ac 10, 38: "Comment Dieu l'a oint de l'Esprit Saint et de puissance", selon l'interprétation par Luc, en cet endroit, du baptême de Jésus. Cf. Ac 4, 27. Voir également W. Russell, "The Anointing of the Holy Spirit in Luke-Acts", Trinity Journal 7 (1986) 47-63.

    [12] Voir TDNT 6, 407: "Quoique les miracles soient importants pour Luc, ils ne sont jamais attribués à l'Esprit."

    [13] Comparez Mt 7, 11, où on lit "de bonnes choses", au lieu de "l'Esprit Saint".

    [14] Voir O. Mainville, L'Esprit dans l'oeuvre de Luc (n. 1), 15.

    [15] L'Esprit est mentionné dans le discours de Paul aux presbytres éphésiens de Milet (Ac 20, 28), et dans Ac 20, 22-23 Paul admet que l'Esprit l'a prévenu en plusieurs villes de ce qui l'attendait à Jérusalem. cf. Ac 21, 4, 11.

    [16] Voir mon prochain commentaire sur les Actes (Anchor Bible, série 31); entretemps, consulter mon traitement dans R. E. Brown  et al. (éd.), The Jerome Biblical Commentary (Englewood Cliffs, NJ, Prentice Hall, 1968), 2. 194-96 (art. 46, §28-34).

    [17] Par contre, voir Eph 1, 14. C'est peut-être là un cas de pronom relatif qui prend le genre du prédicat, ou d'influence d'une théologie patristique ultérieure sur les copistes.

    [18] À noter, l'absence dans les écrits de Luc de tout terme comme ceux de la théologie ultérieure: "personne" ou "suppôt", en rapport avec l'Esprit.

    [19] Voir aussi R. F. O'Toole, The Unity of Luke's Theology: An Analysis of Luke-Acts (Good News Studies 9; Wilmington, DE: Glazier, 1984) 28-30, 47-49.

    [20] The Theology of St Luke (n. 10), 126.

    [21] Voir aussi The Gospel according to Luke (n. 10), 228-9.

    [22] Paul est le seul à qui est accordée une vision du Christ après la Pentecôte (Ac 9, 4-6). Paul lui-même l'avoue dans 1 Co 15, 8).

    [23] Ici, il conviendrait d'examiner Ac 19, 2, où Paul demande aux "disciples" d'Éphèse s'ils ont reçu l'Esprit Saint, lorsqu'ils sont "devenus chrétiens". Leur réponse, à savoir qu'ils n'avaient même pas entendu dire qu'il existait "un Saint Esprit", crée une crux interpretum. C'est là une manière lucanienne de mettre en relief le rôle de l'Esprit dans la vie chrétienne et sa relation à la foi.

 

 

    [24] Voir E. Schweizer, The Holy Spirit (Philadelphie, PA, Fortress, 1980) 407-8.