LE DIALOGUE CULTUREL

 

Le dialogue culturel entre le Nord et le Sud.

Notre réponse au don de l'internationalité.

 

Woodstock Theological Center

pour "La Colombe"  (Les Filles de l'Esprit-Saint, Paris, France)

 

En quoi consiste le dialogue entre le Nord et le Sud?

 

Le dialogue Nord-Sud réfère d'ordinaire aux négociations sur les termes du com­merce entre nations riches et nations pauvres. Il peut cependant signifier bien davantage. Il peut également référer aux relations internationales entre gens ordinaires. Sous l'angle de la foi, il peut même être une réponse de la grâce au don et au défi de vivre ensemble dans une communauté internationale.

 

Et tout d'abord, qu'est-ce que le dialogue? Vatican II, dans Nostra aetate, presse les catholiques d'engager un dialogue qui va "reconnaître, préserver et promouvoir les biens spirituels et moraux que l'on trouve dans les autres religions, et les valeurs dans leur société et leur culture" de façon à nous joindre à eux pour bâtir un monde de paix, de li­berté, de justice sociale et de valeurs morales." Grâce au dialogue, nous annonçons la Bonne nouvelle de l'amour de Dieu.

 

Quand le dialogue Nord-Sud est un dialogue de vie et d'action, il devient égale­ment un dialogue culturel  Dans le dialogue de vie, nous partageons nos joies, nos peines et nos soucis. Le dialogue en action est engagé quand nous collaborons au développement intégral des gens et à leur libération. En réfléchissant au partage de notre vie et de notre action, nous découvrons le don de l'internationalité. C'est un don qui résulte de notre ex­périence commune de la façon dont Dieu agit dans le monde, et en particulier dans ses nombreuses cultures.

 

Chaque culture est par elle-même un don de l'Esprit fait à l'humanité. Notre héri­tage culturel nous habilite à nos interroger, à réfléchir entre nous sur notre expérience et à trouver une réponse aux questions que nous pose la vie. Il est le prisme à travers duquel la lumière de la sagesse de Dieu se réfracte en notre manière de vivre et de nous com­prendre entre nous de façons étonnantes.

 

Les gens naturellement abordent le dialogue Nord-Sud selon l'orientation particu­lière de leur culture. Être attentifs à notre appartenance à un groupe de gens qui vivent, pensent, réagissent, s'organisent, fêtent, et vivent en partage, nous aide à nous compren­dre nous-mêmes. Une réflexion faite en commun nous permet de découvrir comment la mosaïque de plusieurs cultures exprime en couleur le don unique de son amour que Dieu verse dans le cœur de chacun par l'action de l'Esprit qu'il nous a donné.

 

Mais ce don, nous ne le recevons pas dans un monde naïf, primitif. L'amour de Dieu est à l'œuvre dans un monde complexe où la science et la technologie font partie intégrante de notre vie. Les gens bougent sans cesse. La technologie a modernisé leur mode de vie et les technologies sont devenues mondiales. Ils partagent l'information ins­tantanément et chaque jour leur commerce franchit les frontières nationales et culturelles.

 

C'est ainsi qu'actuellement le dialogue Nord-Sud se poursuit dans une économie mondiale que la science et la technologie ont modelée. D'où les graves questionnements sur la façon dont l'amour de Dieu s'emploie à renouveler les relations internationales. Les avancées de l'économie mondiale nous conduisent-elles vers une nouvelle culture mon­diale? Cette culture deviendra-t-elle l'unique manière d'exprimer notre foi? Pour aborder ces questions, nous devons situer le dialogue Nord-Sud dans le contexte de l'approche de l'Église face aux cultures.

 

Une foi et plusieurs cultures

 

L'amour de Dieu nous renouvelle aujourd'hui, tout comme il a renouvelé le monde lorsque les disciples en ont fait l'expérience à la Pentecôte. Vatican II a été une Pentecôte, dont nous continuons à exploiter les trésors. La constitution pastorale sur l'Église dans le monde moderne (Gaudium et spes) est un point tournant dans la façon dont l'Église conçoit la foi et la culture. Le chapitre 2, "Le développement particulier de la culture", nous somme spécialement de voir dans le pluralisme culturel une opportunité et non pas un obstacle à l'unité mondiale.

 

Avant Vatican II, notre notion de la culture correspondait à celle du monde colo­nial du  XIXe siècle. L'unité de la foi semblait alors dépendre de la réalisation de l'unique perspective culturelle du Nord, selon laquelle nous avions tous appris à partager l'expé­rience de l'amour de Dieu. Ceux qui appartenaient à une autre culture, n'avaient pas d'au­tre moyen pour surmonter cet obstacle que de s'éduquer à la culture "mondiale".

 

De nos jours, contrairement à ce que nous pensions dans le passé, nous sommes d'avis que le pluralisme ethnique, culturel, voire religieux nous fournit une occasion pré­cieuse de renouveler notre manière de juger la façon dont l'amour de Dieu opère. Loin d'être un obstacle, le pluralisme crée le milieu dans lequel les peuples et les nations peu­vent maintenant partager leur expérience de la vie, dans un dialogue entre partenaires égaux. Dieu n'est aucunement partial.

 

Des partenaires égaux écoutent attentivement le récit de chacun sur son expé­rience de l'amour de Dieu, réfracté par le prisme de son identité culturelle. Ils doivent dialoguer pour comprendre vraiment en quoi la culture des autres diffère de la leur. L'Es­prit libère des forces humaines latentes qui depuis longtemps tardaient d'éclater dans les monde. Les gens de culture distincte comprennent qu'à la Pentecôte les disciples se soient étonnés de constater que "chacun d'eux entende l'Évangile dans sa langue maternelle."

 

Les relations Nord-Sud par le biais des communautés de solidarité

 

Comment l'Esprit est-il à l'œuvre dans la société et l'économie mondialisées? Des documents de la 34e Congrégation générale, tenue en 1995, nous aident à préciser cette question. D'une part, les progrès accomplis en technologie, en communication et dans les affaires donnent bien des profits. L'économie mondiale peut beaucoup faire pour le bien: elle puise dans les avancées de la science et de la technologie modernes qui sont respon­sables de l'amélioration considérable de la qualité de vie. Là où la grande pauvreté para­lysait le potentiel humain, elle fait bénéficier les sociétés et les cultures.

 

Elle peut également donner lieu à des injustices sur une échelle massive, là où les sociétés permettent aux décideurs de se baser uniquement sur les capacités du marché, sans se soucier de l'impact social qu'elles peuvent avoir surtout chez les pauvres. Ces injustices sont amenées par le manque de respect des cultures, l'homogénéisation des cultures modernisées, qui détruisent les cultures et les valeurs traditionnelles en déper­sonnalisant la société. Le nivellement progressif entre les nations et à l'intérieur des na­tions elles-mêmes, entre riches et pauvres, entre puissants et marginalisés, aggrave cette situation.

 

Comment l'Esprit opère-t-il dans tous ces phénomènes? Les encycliques récentes du pape (Sollicitudo rei socialis, 27 seq.et Centesimus annus, 49) nous aident à répondre à cette question. L'Esprit opère dans l'économie mondialisée par le biais des communau­tés de solidarité, ces communautés personnalisées qui font la force de la société. Elles empêchent la société de devenir une masse anonyme et impersonnelle de gens qui se sou­cient peu du bien commun. Elles peuvent se former à tous les niveaux de la société, là où il est possible de travailler ensemble pour assurer le développement intégral des humains. Autrement dit, le dialogue Nord-Sud dans le "village global" d'aujourd'hui ne concerne pas uniquement les valeurs économiques.

 

Si les communautés de solidarité peuvent ouvrir la voie à ceux qui veulent parta­ger leur identité culturelle dans des milieux différents de par le monde, on ne voit pas pourquoi ils ne feraient pas de même pour les communautés religieuses internationales. Ils le peuvent aussi longtemps qu'entre nous, nous entretenons des contacts culturels. L'intelligence mutuelle de notre monde nous permet de vaincre les obstacles de la mé­fiance et des jugements mensongers. C'est là la clé du renouveau.

 

Les communautés religieuses ont à faire face au même genre de défi que les communautés du monde. La bonne nouvelle, c'est  qu'en entretenant des réseaux person­nalisés de solidarité dans nos communautés de vie et de travail, nous pouvons accomplir le miracle interculturel de la Pentecôte dans le cadre de ces mêmes communautés.locales. Et notre ministère s'en trouvera à jamais changé. .

 

Gaspar Lo Biondo, S.J.

Woodstock Theological Center

Georgetown University

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télécopieur 202-687-5835

 

Traduit de l’anglais par Père Louis-Bertrand Raymond, S.J.