Le rôle de la pauvreté dans le culte de l'espérance qu'Ignace vouait à la Trinité

 

La puissance divine nous a fait don de tout ce qui est nécessaire à la vie et à la piété en nous faisant connaître celui qui nous a appelés par sa propre gloire et sa force agissante. Par elles, les biens du plus haut prix qui nous avaient été promis nous ont été accordés, pour que par ceux-ci vous entriez en communion avec la nature divine.  2P 1:3-4

 

La dynamique de la spiritualité ignatienne répond à l'invitation de Dieu de partici­per à sa vie divine aux niveaux de l'être et de l'agir. Les vertus théologales de foi, d'espé­rance et d'amour jouent un rôle crucial dans cette dynamique. Le programme de progrès spirituel qu'avait Ignace, est exposé avec une particulière limpidité dans les Exercices spirituels et les Constitutions de la Compagnie, et en accord avec la théologie des vertus théologales de Thomas d'Aquin. Le programme s'ouvre avec les expériences que chacun a de la connaissance de Dieu par voie de la raison qu'il possède, pour passer ensuite à la connaissance qu'il a uniquement par le biais de la foi. L'espérance contribue à promou­voir la réceptivité de cette connaissance. L'amour est son ultime contenu et la force qui la fait vivre.[1]  Plus on progresse dans la vie de l'amour, plus on participe à la vie même de la Trinité, plus on cherche comment participer à l'œuvre du salut que Dieu désire accomplir. La spiritualité ignatienne, comme il a été signalé maintes fois, est apostolique. La pau­vreté évangélique y joue un rôle vital, en particulier comme moyen de cultiver la vertu théologale de l'espérance. Elle crée la faim en rappelant aux gens leur dépendance, leur besoin de Dieu, comme des créatures qui reçoivent tout de lui. Cette pauvreté a comme but ultime de conformer la personne au Christ, de l'incorporer dans la communion de la Trinité. À ce titre, elle reçoit du Père son être et sa mission, de  l'Esprit-Saint, comme le Fils reçoit sa force. Cet essai examine la relation dynamique qu'il y a, dans la spiritualité d'Ignace, entre la pauvreté et l'espérance, toutes deux contribuant à promouvoir ce qu'Ignace considère comme étant la fin pour laquelle "l'homme a été créé, à savoir, louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur, et par là sauver son âme."[2]

 

 

L'attrait qu'éprouvait Ignace pour la vie de la sainte Trinité

 

Dans "La spiritualité de la Compagnie de Jésus", le père Joseph de Guibert nous donne la clef de l'essence de la spiritualité d'Ignace. Il la décrit comme étant "essentiel­lement trinitaire et eucharistique comme l'est son objet." "Elle a comme orientation géné­rale une mystique de service en aimant, plutôt qu'une union aimante," qui résulte "de l'action divine sur la vie tout entière, à la fois intellectuelle et sensuelle, plutôt qu'une mystique d'introversion, sous son aspect psychologique."[3]  Examiner cet "objet" de la spiritualité ignatienne est essentiel pour comprendre l'attrait qu'exerçait sur lui la pau­vreté.

 

Comme il appert dans "l'Autobiographie d'Ignace", sa dévotion pour la Trinité remonte à tout le moins à son séjour à Manrèse en 1522.[4]   L'expérience mystique d'Ignace à la rivière du Cardoner,[5] près de Manrèse, a été cruciale pour le rendre intime avec la Trinité[6]. Dans son "Journal spirituel", Ignace note comment il a été fortement attiré par une union d'amour avec la Trinité. Le récit suivant illustre ce qu'étaient ces ex­périences:

 

Ensuite, en me fixant sur la très Sainte Trinité, il me semblait qu'elle se laissait sentir plus clairement ou lumineusement…Tout à coup, je me cou­vris de larmes, de sanglots, d'amour si intense que j'avais l'impression d'être extraordinairement  uni à son amour si lumineux et si doux… En­suite, entrant à la chapelle, nouvelle dévotion et larmes se portant toujours sur la très Sainte Trinité et ainsi à l'autel, et après avoir revêtu les orne­ments, couvert d'une beaucoup plus grande abondance de larmes, sanglots et amour très intense. Tout vers l'amour de la très Sainte Trinité…Toutes les fois que, pendant la messe ou avant, j'avais eu de spéciales visites spi­rituelles, elles se portaient toutes à la très sainte Trinité, me soulevant et m'attirant à son amour…Puis, à plusieurs reprises, près du feu, amour inté­rieur pour la Trinité, et motions à pleurer. Ensuite, chez Burgos, et dans les rues jusqu'à trois heures de l'après-midi, à me souvenir de la très Sainte Trinité, un amour intense, et parfois motions à pleurer. Toutes ces visites se terminaient au nom et à l'essence de la très Sainte Trinité…[7]

 

Cette union d'amour est le désir suprême d'Ignace. Il y voit la définition du salut, "la fin pour laquelle il est créé." Il en fait l'expérience en diverses situations: dans la prière et dans les activités de tous les jours. On peut affirmer sans exagérer que la vie entière d'Ignace, que chaque aspect de son travail s'inspirait de sa relation à la Trinité et de son désir de participer à sa vie et à son œuvre. Ignace décrit ses impressions de la Trinité dans son Journal spirituel, "des motions intérieures", comme centrées parfois sur l'une ou l'au­tre des personnes de la Trinité; ou parfois centrées sur l'essence de l'être de Dieu. Les trois personnes y sont présentes l'une dans l'autre. Elles reçoivent leur être et leur identité de leur relation aux autres. Elles partagent entre elles leur personnalité et leur être. Cet insight dans l'immanence de la Trinité a inspiré à Ignace son désir d'une relation commu­nautaire et des qualités telles que l'ouverture et la réceptivité qui entretiennent cette rela­tion.

 

Les Exercices spirituels nous offrent d'autres insights dans la relation d'Ignace avec la Trinité. Le père Pedro Leturia, s.j., suggère que la structure entière des Exercices spirituels provient des lumières qu'Ignace a reçues au Cardoner. Cette expérience com­portait un insight dans la Sainte Trinité à l'œuvre dans la création, insight qu'il décrit de la façon suivante dans son "Autobiographie":

 

            Une fois, il lui fut donné de voir en son entendement, avec grande joie spirituelle,

            comment Dieu avait créé le monde; il lui semblait voir une chose blanche d'où

            jaillissaient quelques rayons et dont Dieu tirait de la lumière.[8]

 

Le père Leturia suggère même que l'idée centrale du Principe et fondement, -toutes les créatures venant de Dieu et devant remonter à lui pour s'intégrer dans leur fin dernière qui est Dieu- provient de cette expérience. Le reste des Exercices servirait à promouvoir ce retour vers Dieu.[9]  Le dernier des Exercices spirituels, la "Contemplation pour obtenir l'amour." a comme but de promouvoir l'union du retraitant avec la vie d'amour de Dieu.[10]  Juan Polanco, qui a été le secrétaire d'Ignace, est également d'avis que la source des Exercices se trouve dans l'expérience de la Trinité qu'Ignace a eue à Manrèse, et en parti­culier au Cardoner.[11] Santiago Arzubialde propose un plan de la structure des Exercices qui facilite au retraitant l'expérience  du dynamisme de la Trinité. Se servant de l'image de la descente et de la montée, il est d'avis que la descente est le langage "dont Dieu se sert pour communiquer son amour à l'humanité. Tout retourne à lui par une liberté que guide l'amour: c'est là la "montée". Dans les Exercices, la Trinité déploie cette dynamique de la façon suivante:

 

1.      Le Père se déverse dans le Fils par la création, comme le dit le Principe et fon­dement.

2.      Le Fils obéit au Père et se déverse dans les profondeurs de la création. Il ex­prime la réponse appropriée de la création à son Créateur, tel qu'indiqué

dans les deuxième, troisième et quatrième semaines.

3.      L'Esprit-Saint amène le plan du salut à son achèvement en faisant des hommes

des enfants de Dieu. L'Esprit transforme la disposition de la liberté humaine en la ressemblance avec le Fils, en la disponibilité filiale inspirée par l'amour, telle qu'exprimée dans la Contemplation pour obtenir l'amour.[12]

 

Ignace a eu recours à divers moyens pour alimenter sa participation à la dynamique du "retour": la pauvreté en est un des plus remarquables.

 

Le Christ médiateur de la Trinité

 

Ignace a maintenu sa relation avec la Trinité grâce à sa relation avec le Fils, en imitant sa pauvreté. La note du 23 février 1544 dans son Journal spirituel est révélatrice de cette relation. Se souvenant de son expérience à La Storta, il fait cette réflexion: "Il me paraissait en quelque façon que c'était l'œuvre de la très Sainte Trinité que Jésus se mon­trât ou se fît sentir, me souvenant du jour où le Père me mit avec le Fils."[13]

C'est ainsi qu'il décrit dans son Autobiographie son expérience de la Storta:

 

            Un jour, à quelques milles avant d'arriver à Rome, alors qu'il était dans une église

et qu'il faisait oraison, il sentit un tel changement dans son âme et vit si clairement que Dieu le Père le mettait avec le Christ son Fils qu'il n'aurait pas l'audace  de douter de cela, à savoir que Dieu le Père le mettait avec son Fils.[14]

 

Dans une note du 27 février 1544 de son Journal spirituel, il fait mention d'une autre vi­sion de la Sainte Trinité, dans laquelle Jésus le conduit:

 

            … sentiment ou, plus exactement, vision, en dehors des forces naturelles, de la

            très  Sainte Trinité et de Jésus qui me représentait, ou me plaçait, ou me servait

            d'intercesseur auprès de la Sainte Trinité pour que cette vision intellectuelle me

soit communiquée. Et dans ce sentiment et cette vision, couvert de larmes et d'amour terminant à Jésus, avec pour la très Sainte Trinité un sentiment de res­pect, plus proche de l'amour révérenciel[15] que de toute autre chose.[16]

 

Le 7 mars 1544, un peu avant la fin de la 1ère partie du Journal spirituel, Ignace exprime son désir "de se conformer à la volonté divine, pour qu'elle me guide, qu'elle me mène, etc. 'Ego sum puer' etc.[17]

 

La dynamique des Exercices, telle qu'exprimée, par exemple, dans les méditations de "L'Appel du Roi" ou des "Deux étendards", démontre le désir qu'avait Ignace de conformer sa vie à celle du Christ pauvre. Dans "L'Appel du Roi" Ignace fait remarquer que ceux qui désirent promouvoir la fin pour laquelle ils sont créés, vont s'offrir au Christ:

 

            Je veux et je désire, et c'est ma détermination réfléchie, pourvu que ce soit votre

            plus grand service et votre plus grande louange, vous imiter en endurant toutes les

            injustices et tous les mépris et toute pauvreté, aussi bien effective qu'intellectuelle,

            si votre très sainte Majesté veut me choisir et m'admettre  à cette vie et à cet état.[18]

 

Dans "Les deux Étendards", Ignace renouvelle cette demande, demandant cette fois-ci d'être accepté sous l'Étendard du Christ pauvre. Le Christ envoie dans le monde ses ser­viteurs et ses amis et il leur recommande de venir en aide à toutes les personnes, en les attirant, en premier lieu, au plus haut degré de la pauvreté en esprit , et aussi, si sa divine majesté serait servie et s'il lui plaisait de les choisir à cette fin, à rien de moins qu'un de­gré de pauvreté actuelle; en second lieu, de les attirer à désirer les reproches et le mépris, vu qu'ils amènent l'humilité.[19] (19)

 

De Guibert note que l'Eucharistie joue un rôle crucial dans la mystique d'Ignace. La grâce de sa messe quotidienne imprègne les expériences de toute sa journée. L'Eucha­ristie crée un lien sacramentel entre Ignace et la Trinité. De Guibert explique:

            Centrées donc sur le sacrifice du Christ et dominées par la très Sainte Trinité

auprès de laquelle ce sacrifice nous donne accès, telles nous apparaissent les

grâces infuses dont Ignace est comblé.[20]

 

Ignace trouve dans l'Eucharistie, d'une manière privilégiée, la sainte communion de la Trinité. Elle lui donne accès à la communion d'amour qui est l'essence même de la Tri­nité, qui exerce sur lui un formidable pouvoir de séduction. Ignace est attiré à la pauvreté que le Christ embrasse dans l'Eucharistie. Dans les Exercices spirituels, il rappelle cette pauvreté, en contemplant le Fils incarné qui "cache sa divinité" durant sa Passion.[21]  Il le fait pour révéler la plénitude de l'amour que Dieu a pour l'humanité, un amour salvifique, que rien ne peut intimider.[22]  Ignace note qu'il se sent souvent bouleversé par cet amour pendant qu'il célèbre l'Eucharistie. Il désire se perdre dans cette communion d'amour, en s'incorporant au corps du Christ. Les méditations de "L'Appel du Roi" et des "Deux Éten­dards" dans les Exercices spirituels, illustrent la relation de communion ou d'amour qu'Ignace avait avec le Fils.[23]   Il a le sentiment que le Fils va le conduire dans la vie, et partant dans l'œuvre de la Trinité.

 

L'estime qu'avait Ignace de la pauvreté évangélique

 

C'est dans le Christ qu'Ignace fait l'expérience de la dynamique du salut: la venue du Fils dans la condition humaine pour que l'humanité entre dans la vie et l'œuvre de la Trinité. La pauvreté joue un rôle crucial dans cette dynamique. Ignace exhorte tous les Jésuites.à "aimer la pauvreté comme une mère."[24]  Maurice Giuliani est d'avis qu'il la reconnaît dans la Sainte Trinité et dans chacun de ses membres:

 

            La pauvreté de Jésus qui accomplit l'œuvre de son Père, le pauvreté des Personnes

divines dont la richesse consiste en l'amour qu'elles ont l'une pour l'autre, la

            pauvreté de la créature qui de tout cœur désire servir  fidèlement avec "révérence        et respect". Ignace, ainsi instruit intérieurement, comment pouvait-il désormais

            choisir une autre voie que celle de la pauvreté matérielle, comme signe visible de

            la pauvreté humaine face à Dieu, et comme participation à la pauvreté de Dieu

lui-même?[25]

                                  

L'ascèse de la pauvreté

 

Ignace voyait dans la pauvreté une pratique de l'ascèse: il y voyait un exercice qu'une personne entreprend pour atteindre un but.[26]   La compréhension qu'il en avait provenait de l'intégration des insights de la tradition chrétienne à ceux qu'il puisait de son expé­rience.[27]  Il s'en servait comme d'une aide  à ses rapports avec la Trinité.[28]   Javier Osuna Gil suggère que l'on envisage la notion qu'avait Ignace de l'ascèse sous trois optiques:

 

1.      comme un effort pour écarter tout désordre, tout obstacle, tout ce qui nous rendrait moins libres pour recevoir l'action transformante de Dieu qui nous embrasse avec son amour;

2.      comme la tâche de nous transformer en un "instrument" agile et souple de Dieu, et de nous rendre de plus en plus disponibles;

3.      comme une façon de "porter notre croix", ce qu'il en coûte pour que se produise dans l'histoire l'impact entre le projet de Jésus et le projet de ce monde.[29]

 

Ignace se sert des pratiques d'ascèse pour rendre plus "disponibles" les pécheurs qui cher­chent à répondre à Jésus qui les invite à le suivre et à collaborer à sa mission.[30]  Les Exerci­ces spirituels sont ascétiques en ce sens qu'ils sont

 

            toute manière de préparer et de disposer l'âme, pour écarter de soi tous les

            attachements désordonnés, puis quand on les a écartés, chercher et trouver la

            volonté divine dans la disposition de sa vie, pour le bien de son âme.[31]

 

Ils proposent de faciliter la communication entre Dieu et le retraitant.[32]

 

"L'Élection sur la pauvreté" illustre comment Ignace se sert de la pauvreté évan­gélique , comme d'une pratique ascétique qui vise à promouvoir sa relation avec le Christ. Manuel Ruiz Jurado distingue trois motifs pour lesquels Ignace choisit la pauvreté abso­lue dans ce texte: ascétique-mystique, apostolique et christocentrique. Les raisons ascéti­ques-mystiques impliquent que la pauvreté promeut l'espoir mis en Dieu seul[33]  et qu'elle écarte de mettre sa confiance dans les biens profanes.[34]  Les raisons apostoliques impli­quent une plus grande édification par l'exemple, la liberté d'imiter le Christ et les pre­miers apôtres qu'il a enjoints de vivre pauvrement et de ne pas chercher consolation dans les bien profanes, mais uniquement dans l'espoir en Dieu.[35]  Les raisons christocentriques impliquent le désir d'imiter le Christ  qui a été pauvre, a fait face à de grandes adversités, et demeure présent comme un pauvre dans l'Eucharistie. L'imitation de la pauvreté du Christ promeut l'humilité qui, à son tour, promeut l'union au Christ qui s'est humilié plus que quiconque.[36]  C'est sous l'Étendard du Christ, qui a exhorté ses apôtres et ses disci­ples à la pauvreté, qu'Ignace a voulu vivre et servir.[37]  Ruiz Jurado résume ainsi le carac­tère ascétique de la pauvreté d'Ignace:

 

            …la pauvreté du charisme fondamental ignatien est une pauvreté conçue comme

            étant apostolique, propre à un ordre sacerdotal, centrée sur le Christ et motivée par

            son amour et son imitation. Elle semble encouragée par un "magis" qui ronge le

            cœur amouraché du Christ, qui désire sa plus grande gloire; et par la nécessité

d'édifier évangéliquement en suivant son exemple. Bien plus, elle est recomman­dée parce qu'elle aide à ne compter que sur Dieu par le biais de la vertu théologale de l'espérance, et prépare à prêcher avec une grande liberté d'esprit. Comme ins­trument ascétique, elle détache le cœur de l'apôtre des ambitions et des

jouissances mondaines, l'incite à prêcher le Royaume en mettant son amour dans le Christ, son unique et totale récompense.[38]

 

Santiago Arzubialde, dans son commentaire sur les "Règles pour donner les aumônes" d'Ignace, résume ainsi ce qu'il désirait en ce qui concerne la pratique de la pauvreté:

 

            [L'expérience d'Ignace] s'oriente vers un appauvrissement progressif par amour

            jusqu'à ce que tous soient égaux dans la pauvreté du Christ. Jésus, dans son

            humble et pauvre condition, est la norme selon Dieu pour chacun. Voilà pourquoi        ce qu'il en a dit demeure valide. Chaque chrétien devrait chercher à devenir de

            plus en plus pauvre pour imiter le mode de vie de Jésus, depuis l'évêque jusqu'à

            chacun des fidèles. Le Christ pauvre et humble est le miroir et la règle dans

            lesquels tous ceux qui s'approchent de lui, devraient se voir Il en va de même pour

            ce qui est matériel.[39]

 

La notion qu'avait Ignace de la pauvreté ascétique n'incluait pas le mépris de la valeur des choses créées. Pareil mépris serait allé à l'encontre de son principe sur l'indifférence. Ignace a appris cela à Manrèse lorsqu'il a mentionné que "Dieu le traite comme le fait un maître d'école pour un enfant, en lui enseignant."[40]  Ignace avait adopté des pratiques austères qui impliquaient le mépris de son corps et un jeûne qui visait à obliger Dieu de le délivrer du tourment des scrupules.[41]  Devenu de plus en plus habile à pratiquer le "discer­nement  des esprits", il admet que ses consolations ne résultent pas de son effort -il mentionne un certain dégoût pour la vie qu'il mène et des élans pour y mettre un terme[42] -- mais "des leçons que Dieu lui avait données". Ses scrupules ayant cessé, il abandonne les pratiques qui méprisent le corps,[43]  et il élabore une spiritualité qui reconnaît que Dieu est à l'œuvre pour sauver toutes les créatures.[44]

 

La manière dont Ignace s'est occupé du manque d'argent chez les Jésuites du Col­lège de Padoue démontre sa notion équilibrée de l'ascèse de la pauvreté, qui sait apprécier la valeur des choses créées. Le collège a été fondé en 1542 grâce à la générosité de An­drea Lippomano, un grand bienfaiteur de la Compagnie de Jésus. En 1547, les fonds du collège étaient si faibles que les Jésuites qui l'habitaient manquaient des biens essentiels. Ignace envoya alors à la communauté une lettre pour expliquer à ses membres en quoi la pauvreté est une grâce, une participation à la pauvreté du Christ et des premiers apôtres; que la pauvreté spirituelle promeut chez chacun sa relation avec Dieu, "lorsque l'âme se vide des choses de ce monde et se remplit de Dieu et de ses dons".[45] La pauvreté met à l'épreuve et teste le progrès des gens dans la force et la vertu.  "Elle est la mère, le trésor, la défense de la vie religieuse, elle lui donne l'existence, la nourrit, la conserve , tout comme l'abondance des biens temporels l'affaiblit, la gaspille et la ruine".[46]  Ceux qui acceptent librement la pauvreté, doivent être prêts à en accepter les conséquences concrètes. Il s'exprime dans le même sens dans une lettre de 1552 adressée à la Compa­gnie en Europe.[47] Tout en exaltant les gloires de la pauvreté, Ignace cherchait des moyens pour répondre aux besoins matériels de la communauté de Padoue. Et l'année suivante, en 1548, ses efforts ont été couronnés de succès.[48]  Il appréciait les bienfaits de la pauvreté, tout en voulant que les gens aient les moyens dont ils ont besoin pour servir Dieu.[49]

 

La pauvreté et l'humilité dans les Exercices spirituels

 

Les Exercices spirituels aident le retraitant à faire des progrès dans la pauvreté, en premier lieu "dans la suprême pauvreté spirituelle, et non moins dans la pauvreté effec­tive", insiste Ignace, "si sa divine majesté doit en être servie et veut bien me choisir et me recevoir."[50]  Ignace considère que la pauvreté effective est désirable uniquement dans la mesure où elle contribue à la fin pour laquelle nous sommes créés, à savoir, le service de Dieu en conformité avec sa divine volonté. Elle sert à cultiver la pauvreté spirituelle. La dynamique des Exercices apporte son aide dans ce processus. La Première semaine des Exercices aide le retraitant à mesurer sa pauvreté actuelle et sa confiance en son Dieu bienveillant, bienfaisant et aimant. La méditation sur  "L'Appel  du roi temporel aidant à contempler la vie du Roi éternel" invite le retraitant à contempler la puissance de Dieu révélée par la pauvreté du Christ que couronne sa pauvreté sur la Croix, et à l'imiter dans sa pauvreté selon la volonté de Dieu. Les mystères qu'Ignace choisit pour la Deuxième semaine visent à aider le retraitant à faire l'expérience de la descente du Christ dans la pauvreté de l'existence humaine pour que, par l'obéissance du Fils, toute la création re­tourne au Père. Son obéissance jusqu'à la croix nous révèle la grandeur de l'amour de Dieu. Dans "Les deux étendards", la pauvreté sert d'antidote à la tentation des richesses, tout comme l'humilité sert d'antidote à l'orgueil. "Les trois classes d'homme" visant à dé­veloppez chez le retraitant sa liberté affective vis-à-vis des choses créées, et à chercher, choisir en toutes choses la volonté de Dieu. Cette méditation prépare la voie pour les contemplations de la vie du Christ et la méditation sur "Les trois sortes d'humilité", à l'imitation du Christ. Cet exercice imprègne l'élection ou le choix d'un mode de vie per­sonnel. La pauvreté recherchée dans les Exercices sert à encourager une relation d'ou­verture et de réceptivité inconditionnelles à l'amour de Dieu , ce en quoi consiste "l'hu­milité". On contemple l'humilité du Christ devant le Père et devant tous les hommes. Cette humilité facilite tout d'abord sa capacité de recevoir l'amour du Père et ensuite celle de le communiquer à toute l'humanité. C'est cette humilité qu'Ignace désire imiter et qu'il propose à ceux qui font les Exercices. "Ignace signale dans son Journal spirituel: "Et moins je regardais là-haut pour m'humilier, et m'abaissais, plus je sentais le goût et de visite spirituelle."[51]  Il croyait que plus on devient humble devant Dieu et devant les hom­mes, plus on peut recevoir l'amour de Dieu et aimer les autres. L'acte suprême de pau­vreté et d'humilité du Christ, ce fut sa Passion. L'exercice des "Trois sortes d'humilité" aide à préparer le retraitant à contempler et à recevoir les grandes expressions de l'amour de Dieu dans la Troisième semaine des Exercices.[52]  Après avoir participé à la grande "descente" de l'amour de Dieu dans la pauvreté et l'humilité, la Quatrième semaine des Exercices  et la "Contemplation pour obtenir l'amour" aident le retraitant à participer à la grande "montée" vers la communauté d'amour qu'est la Sainte Trinité et de là, par son œuvre apostolique collaborer à l'œuvre continue du salut de la Sainte Trinité. Ignace dit dans ses Exercices que nous sommes assez intelligents pour comprendre que le Christ ressuscité est apparu tout d'abord à sa Mère, qui était pauvre et humble.

 

La pauvreté évangélique au service de l'espérance

 

Les écrits d'Ignace suggèrent qu'il apprécie la pauvreté évangélique parce qu'elle sert à intensifier la relation avec Dieu en cultivant la vertu théologale de l'espérance. Dans son pèlerinage en 1523 de Barcelone à Rome, Ignace refuse de prendre avec lui un compagnon de route, bien qu'il ne parle ni l'italien ni le latin, parce que:

 

           il voulait pratiquer les trois vertus de charité, de foi et d'espérance (caridad, fe y esperanza); et s'il avait un compagnon, lorsqu'il aurait faim, c'est de lui qu'il attendrait (esperaría) le secours; et s'il    tombait, c'est de lui qu'il espére­rait l'aide pour se relever; et à cause de cela, c'est en lui aussi qu'il mettrait sa confiance et son affection (ternía afición). Or, cette confiance, cette affection et cette espé­rance (esperanza), c'est en Dieu seul qu'il voulait les met­tre…[53]

 

Ignace nous dit "qu'il lui vint de grands scrupules quand il voulut acheter le biscuit: Est-ce là  ton espérance et ta foi que Dieu ne te manquerait pas." Le confesseur décida qu'il demanderait le nécessaire et l'emporterait avec lui.[54]  À  mesure que son voyage progres­sait, Ignace raconte "qu'il n'apporta d'autres provisions que son espérance en Dieu, comme il l'avait fait auparavant. Pendant tout ce temps, Notre-Seigneur lui apparaissait souvent et lui donnait beaucoup de consolations et de forces."[55]  Dans son Journal spiri­tuel, Ignace dit qu'il a confiance que l'espérance lui "donnera grand accès auprès du Père à le nommer"[56]  Et il note que son espérance grandit quand il demande à Jésus d'intercé­der pour lui auprès de la Sainte Trinité.[57]   Grâce à l'espérance, il conclut que les visita­tions de la Sainte Trinité et son amour pour elle ne feraient que croître:

 

            Faisant de nombreux colloques, et me voyant disposé pour jouir de plus en plus de

            ces visites très intenses, si je voulais attendre/espérer.[58]

 

Dans les Constitutions de la Compagnie de Jésus, Ignace lègue ces insights à ses compagnons jésuites. Dans l'Examen général, Ignace prescrit que "pendant un mois les novices iront en pèlerinage sans argent ou autres choses créées …pour qu'ils puissent avec une foi vraie et un amour intense placer toute leur confiance dans leur Créateur et Seigneur."[59]  Et il affirme que la Compagnie a été fondée avec des moyens divins plutôt qu'avec des moyens humains:

 

            Il faut mettre en Dieu seul l'espérance qu'il conservera et fera avancer ce qu'il a

            daigné commencer pour son service et sa louange et pour l'aide des âmes.[60]

 

Dans les Exercices spirituels, Ignace identifie "la consolation" à un accroissement dans les vertus théologales; et "la désolation" à son contraire.[61] Il embrasse la pauvreté comme étant un moyen de collaborer à l'infusion de l'espérance que Dieu verse en lui.

 

En 1980, le père Pedro Arrupe mettait en question:

 

Je me demande parfois si le manque de proportion entre les efforts généreux que la Compagnie a déployés au cours des dernières années et la lenteur avec laquelle

            le renouveau intérieur et l'adaptation apostolique aux besoins d'aujourd'hui

            s'effectuent en certains endroits- un sujet qui souvent me préoccupe[62] - n'est

            pas dû en grande partie au fait que notre zèle pour des projets courageux

            nouveaux ait éclipsé nos efforts spirituels pour découvrir et vivre la dynamique

            et le contenu de l'itinéraire intérieur de notre Fondateur, qui s'oriente directement

            vers la Trinité, pour descendre ensuite et se mettre au service de l'Église, et aider

            les âmes.[63]

 

La pauvreté joue un rôle crucial dans l'itinéraire d'Ignace, comme cultivant l'humilité et l'encourageant à croître dans la vertu théologale de l'espérance. Ignace savait qu'il ne pouvait pas légiférer sur les détails de la pratique de la pauvreté. Il exhorte cependant à prendre les mesures nécessaires pour cultiver la faim spirituelle et la réceptivité qui favo­rise l'espérance en Dieu. Dans l'esprit de 2 P 1:3-4, Ignace était convaincu que Dieu dé­sire accorder aux hommes  vie et dévotion par le biais de la foi qui leur donne accès à une connaissance intime de l'amour. Dieu appelle les humains à participer à sa gloire et son excellence qui les libèrent de la corruption et les font participer à sa nature divine. Ignace sentait que cette participation à la nature divine les rendrait désireux de collaborer à l'œu­vre de la Sainte Trinité qui leur donne la grâce de le faire. Une pauvreté qui cultive l'espé­rance conduit à cette grâce.

 

Donald C. Maldari, S.J.

Le Moyne College

1419 Salt Springs Rd

Syracuse, NY 13214-1399

Etats-Unis d’Amérique

 

Courriel dcm3@georgetown.edu

téléphone 315-445-4365

télécopeur 315-445-4722

 

 

 

Traduit de l’anglais par le Père Louis-Bertrand Raymond, S.J.

 



[1] Voir Summa Theoligica Ia IIae 62, a4.

[2] Exercices spirituels  23, « le Principe et Fondement »

 

[3] Joseph de Guibert, S.J., La spiritualité de la Compagnie de Jésus, [Bibliotheca Instituti Historici S.I. vo. IV] Rome : Institutum Historicum S.I., 1953, p 33.  Cette section du livre reprend en grande partie son article "Mystique ignatienne.   À propos du « Journal spiritual » de S. Ignace de Loyola” in Revue d’ascétique et de mystique 19 (1938) 3-22, 113-140.  Cf. Larrañaga, Obras de San Ignacio de Loyola T.1: Autobiografía y Diario Espiritual, Madrid: Biblioteca de Autores Cristianos 24, 1947, p. 508, cité en Manuel Ruiz Jurado, S.J., “En torno a la gracia de acatamiento amoroso” in Manresa 35 (1963) 145-154 (149 note 19)qui suggère que l'expérience qu'Ignace a eue à La Storta  pourrait bien avoir été un genre de 'mariage spirituel."

[4] Voir paragraphe 22.

[5] Autobiographie 30

[6] Voir Adolf Haas, S.J., “The Mysticism of St. Ignatius according to His Spiritual Diary” in Ignatius of Loyola.  His Personality and Spiritual Heritage: 1556-1956, St. Louis: The Institute of Jesuit Sources, 1977, p. 164-199 (176ff); Pedro Arrupe, “Trinitarian Inspiration of the Ignatian Charism” (1980) in Five Recent Documents from Fr. General Pedro Arrupe, S.J. on Spirituality for Today’s Jesuits, New Orleans Province of the Society of Jesus, 1980, p 67-111 (71-72, paragraphes 14-17).

[7] Paragraphes 105-110 (#32, mardi 4 mars)

[8] Autobiographie 29

[9] Pedro Leturia, S.J., “Génesis de los ejercicios de S. Ignacio y su influjo en la fundación de la Compañía de Jesús” in Archivum Historicum Societatis Iesu 10 (1941) 16-59 (32-33)

[10] Cf. J. Nadal, De la oratión, specialmente para los de la Comagnía  in Epistolae P. Hieronymi Nadal ab anno 1546 ad 1577 vol. 4 (Monumenta Historica Societatis Jesu) Madrid: Typis Gabrielis Lopez del Horno, 1905 p. 672-681 (673).

[11] [11] I. de Polanco, De vita P. Ignatii, in Fontes Narrativi de S. Ignacio de Loyola. Candidus de Dalmases, S.J., ed. vol 2, 21(Monumenta Historica Societatis Jesu 73) Rome: Monumenta Historica Societatis Iesu, 1951  p. 527)

 

[12] Santiago Arzubialde, S.J., Ejercicios Espirituales.  Historia y Análisis, Bilbao-Santander: Mensajer-Sal Terrae, 1991 p. 489-490.  Voir également Rogelio García Mateo, “Ignacio de Loyola: mística trinitaria” in Miscelánea comillas 57 (1999) 421-468.

[13] Journal spirituel 67,2

[14] Autobiographie  96

[15] Le mot castillan "acatamiento" est traduit ici par "respect de soumission". C'est une attitude que la pauvreté cultive et qui cultive la relation personnelle pour Ignace. L'édition de 1726 du dictionnaire de l'Académie royale espagnole inclut ceci dans sa définition: "Signifie également la présence du sujet à qui révérence est faite."

[16] Journal spirituel 83,2-3

[17] Ignace fait ici référence à Jérémie 1,6: le prophète, appelé par Dieu, proteste qu'il "n'est qu'un enfant"; mais Dieu le rassure en lui disant qu'il sera avec lui pour le délivrer.

[18] Exercices spirituels  98.

[19] Ibid.  146.

[20] La Spiritualité de la Compagnie de Jésus. p. 37.

[21] Exercices spirituels 196.

[22] Voir Santiago Arzubialde, S.J., Ejercicios Espirituales.  Historia y Análisis p 430-431; Peter Hans Kolvenbach, “The Passion According to Ignatius” in Centrum Ignatianum Spiritualitatis 63-64 (1990) 63-73; Joseph Mattam, S.J., “The Trinitarian Charism of Saint Ignatius and of the Society of Jesus – in the light of Fr. Arrupe’s ‘Trinitarian Inspiration of the Ignatian Charism’ (1980)” in Ignis 27 #4 (1998) 3-14 (12).

[23] Le fait qu'il insiste pour que sa communauté soit appelée "Companía de Jesús" ajoute à la preuve de ce désir. Nadal note que "La fondation de la Compagnie, c'est  Jésus-Christ avec sa croix pour le salut des âmes, comme il appert à notre bienheureux Père quand Dieu le Père l'a placé avec son Fils. Il suit de là que la Compagnie, vu que Jésus-Christ est notre fondation et notre Capitaine que nous devons imiter spirituellement, surtout en pratiquant la douceur et l'humilité, doit être appelé la petite Compagnie de Jésus."

[24] Constitutions 287

[25] Maurice Giuliani, S.J..,  “Introduction au Journal Spiritual de saint Ignace” in Journal Spiritual, (Collection Christus), Bruges : Desclée de Brouwer, 1959, p. 7-39 (26).

[26] Voir  “Ascèses, ascétisme” in Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique vol. I, 1937, col. 936-1010 pour un excellent, bien que peut-être dépassée, explication de l’ascèse  Pour une oeuvre plus récente voir  Margaret R. Miles, Fullness of Life.  Historical Foundations for a New Asceticism, Philadelphia: The Westminster Press, 1981, surtout p. 149ff.

[27]David B. Knight, S.J., “Saint Ignatius’ Ideal of Poverty” in Studies in the Spirituality of Jesuits 4 (1972) 1-37 (17).  Hugo Rahner note qu'Ignace et Polanco connaissaient bien la tradition d'ascèse des Pères de l'Église.  Voir Hugo Rahner, “Ignatius and the Ascetic Tradition of the Fathers” in Ignatius the Theologian, Michael Barry (trans), New York: Herder and Herder, 1967, p. 32-52 (35) [Original: Ignatius von Loyola als Mensch und Theologe, Freiburg: Herder, 1964].

[28] Voir Pedro Arrupe, “The Trinitarian Inspiration of the Ignatian Charism” paragraphe 80.

[29] Javier Osuna Gil, S.J., “Ascética y disciplina en la espiritualidad ignaciana” in Theologica xavariana 43 (1993) 319-410 (397-399).

[30] Ibid. 392-393.

[31] Exercices spirituels 1

[32] Ibid. 15

[33] Deliberación Sobre la Pobreza, “Cómodos y razones para no tener cosa alguna de renta” 5 “Vive más en continua esperanza divina y con mayor diligencia en su servicio.”  

[34] Manuel Ruiz Jurado, S.J., “La pobreza en el carisma fundacional ignaciano” in Manresa 52 (1980) 47-64 (53).

[35] Ibid. 54-55.

[36] Ignace écrit dans la Deliberación Sobre la Pobreza 4: “Ayuda más a humillar y a más unir con quien se humilló sobre todos”.

 

[37] Manuel Ruiz Jurado, S.J., “La pobreza en el carisma fundacional ignaciano” 55.

[38] Ibid. 59.

[39] Ejercicios Espirituales.  Historia y Análisis, p 777.

[40] Autobiographie 27.

[41] Ibid. 24.

[42] Ibid. 25.

[43] Ibid. 29.

[44] Exercices 236.

[45] “Pater Joannes de Polanoc ex comm. sociis Patavii degentibus” in Monumenta Ignatiana 1: Sancti Ignatii de Loyola Epistolae et instructiones (Monumenta Historica Societatis Jesu), Madrid: Typis Gabrielis Lopez del Horno, 1903 p. 572-577.

[46] Ibid.

[47] “Alumnis Societatis Jesu in diversis Europae locis degentibus” in Ibid. 4, 1906 p. 564-565.

[48] Voir Cándido de Dalmases, S.J., Ignatius of Loyola, Founder of the Jesuits, Jerome Aixalá, S.J., traducteur., St. Louis: The Institute of Jesuit Sources, 1985, p. 212.

[49]  Pour une étude plus détaillée de la pauvreté dans la spiritualité ignatienne voir Thomas L. Kenealy, S.J., The Spiritual Function of Poverty in the Writings of Ignatius Loyola [Studies in Sacred Theology: Second Series #235] STD dissertation à la Catholic University of America, 1972; Günter Switek, S.J., “In Armut predigen Untersuchungen zum Armutsgedanken bei Ignatius von Loyola: STD dissertation à l’Université Pontificale Gregorianne,  Würzburg: Echter Verlag, 1972 (Traduction espagnole : “Praedicare in paupertate”: Estudios sobre el concepto de pobreza según Ignacio de Loyola (Recherches 9) Rome: Centrum Ignatianum, 1972.

[50] Exercices spirituels 147.  Voir également 98.

[51] Journal spirituel 135,2.

[52] Voir Gustave Martelet, “The Third Degree of Humility as a Principle of Apostolate” in Some Theological Aspects of Ignatian Spirituality.  Centrum Ignatianum Spiritualitatis 48 (1985) 101-111 ;Jesús Corella, “Dos banderas y maneras de humildad como experiencia unitaria de pobreza de espíritu” in Ejercicios espirituales y mundo de hoy.  Congreso Internacional de Ejercicios.  Loyola, 20-26 septiembre de 1991, Bilbao: Mensajero, 155-164; Santiago Arzubialde, S.J., Ejercicios Espirituales.  Historia y Análisis, p 355ff; Brian E. Daley, S.J., “’To Be More Like Christ.’  The Background and Implications of ‘Three Kinds of Humility’” in Studies in the Spirituality of Jesuits 21/1 (January 1995); Benjamín González Buelta, S.J., “Hacerse pobre” in Manresa 71 (1999) 209-216.

 

[53] Autobiographie 35.  Remarquez qu'Ignace emploie de même mot "afección" dans l'annotation 1 des Exercices spirituels, où il envisage les exercices comme libérant le retraitant de l'amour de tout ce qui ne serait pas ordonné à Dieu.   On rencontre ce mot d’une forme ou d’une autre également dans les Exercices  16, 21, 150, 155, 169, 172, 179, 342.  Voir José Calveras, “Tecnicismos explanados.  I. “Quitar de sí todas las afecciones desordenadas” in Manresa 1 (1925) 118-128, 307-320; 2 (1926) 21-34, 119-132, 201-215, 322-332; 3 (1927) 12-29, 112-129; 5 (1929) 101-123; II “Es menester hacernos indiferentes” 6 (1930) 195-201.  The Castilian word esperar can mean “hope,” “wait,” or “expect.”  Le mot espagnol esperar signifie « espérer » « attendre » ou « s’attendre à ».

[54] Autobiographie 36

[55] Ibid. 44.

[56] Journal spiritual 27,2.

[57] Ibid. 73,5

[58] Ibid. 131,1.  De nouveau “esperar” peut signifier « attendre » ou « espérer ».

[59] Constitutions 67,2

[60] Ibid. 812

[61] Exercices spirituel 316-317.

[62] Cf. Allocutions à la Congrégation des procurateurs LXVI  1978.  AR XVII 423

[63] “The Trinitarian Inspiration of the Ignatian Charism” in Five Recent Documents from Fr. General Pedro Arrupe, S.J. on Spirituality for Today’s Jesuits paragraph 105.