La Trinité: Une Manière Privilégiée de Parler de Dieu[1]

 

            Quelle est la meilleure manière de parler de Dieu?  À travers l'histoire de l'humanité, les théologiens ont prévenu les croyants que l'on ne peut en aucune manière comprendre tout à fait le mystère de Dieu.  Quand même, il y a quelque chose en nous qui aspire à une manière de parler de Dieu qui ait du sens et oriente vers la vérité relative à notre expérience de Dieu.  Le présent essai voudrait montrer que «la Trinité» est la manière caractéris­tique des chrétiens de parler de Dieu.  Je vais examiner le développe­ment de la doctrine de la Trinité et présenter quelques réflexions sur la Trinité fondées sur des questions contemporaines.

 

                                                                         Développement de la doctrine de la Trinité

 

            Les premiers chrétiens ont hérité du judaïsme leurs idées sur Dieu.  Le point central de la foi juive relative à Dieu était l'unicité de Celui-ci.  Le premier commandement a mis en relief la place unique de Dieu: «Je suis le Seigneur ton Dieu; tu n'auras aucun autre dieu devant moi» (Ex 20, 2-3).  Les chrétiens croient que la vie, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth révèlent quelque chose de définitif sur Dieu.  Jésus a souvent parlé de son «Père», le Dieu du ciel et de la terre; il a aussi proclamé la venue de l'Esprit de Dieu.  Après sa mort et sa résurrection, les disciples de Jésus en vinrent à considérer celui-ci comme étroitement relié à la divinité.  D'une part, cela fit problème pour les Juifs chrétiens monothéistes: Jésus est-il Dieu?  Comment est-il Dieu?  Qu'est-ce que cela signifie pour Dieu le Père?  Comment sauvegarder le monothéisme, si Jésus est Dieu?  D'autre part, cela donnait aux disciples de Jésus l'occasion de réfléchir sur Dieu d'une manière nouvelle.  Leur expérience de Dieu en Jésus et par Jésus et leur expérience de l'Esprit de Dieu au milieu d'eux les menèrent à une perception nouvelle de Dieu.  Cette perception nouvelle sur Dieu s'est exprimée dans leur prière.  La prière était adressée à Dieu par Jésus dans l'Esprit et les gens étaient baptisés «au nom du Père et du Fils et de l'Esprit Saint» (voir Mt 28, 19).

            Tertullien, au IIIe siècle, fut le premier à utiliser le mot latin Trinitas pour décrire Dieu expérimenté comme Père, Fils et Esprit Saint.  Pour Tertullien, ces personnes sont distinctes, mais non divisées.  La précision sur ce que cela signifiait, quand on disait que le Dieu unique était «Père, Fils et Esprit Saint», s'est développée à mesure que professeurs et prédicateurs se mirent à essayer d'expliquer cette notion de Dieu face à des questions spécifiques.  Une de ces questions fut soulevée par Arius.  Celui-ci, prêtre d'Antioche, était intéressé à préserver l'unicité de Dieu héritée du judaïsme.  Son raisonnement était que, comme il n'existe qu'un seul Dieu, Jésus doit être quelque chose de moins que Dieu.  Il dit aussi que Jésus a été créé -- qu'il n'a pas existé de toute éternité.  De plus, les Écritures ont attesté le fait que Jésus a souffert: on pensait communément que Dieu ne pouvait souffrir, et donc, Jésus n'était évidemment pas identique à Dieu.  En opposition à Arius, Athanase, évêque d'Alexandrie, posa le raisonnement suivant: si Jésus nous a réellement rachetés de notre péché, alors il n'est rien de moins que Dieu.  Le débat fut à ce point violent sur cette question que l'empereur convoqua un concile oecuménique (le concile de Nicée, en 325), afin que les Pères de l'Église en viennent à un consensus sur la question.  À la fin, la position considérée comme orthodoxe, c'est-à-dire, la croyance correcte, fut celle d'Athanase.  Autrement dit, Jésus est vraiment Dieu.  Cette croyance fut inscrite au credo de Nicée, dont une forme adaptée s'est utilisé dans nos messes actuelles.

            Une autre question fut soulevée par Sabellius.  Lui aussi était intéressé à sauvegarder un strict monothéisme.  Il raisonna comme suit: Dieu est vraiment un et complètement inconnaissable.  L'expérience de Jésus dont les premiers chrétiens furent témoins était une simple manifestation du Dieu unique.  Dieu pouvait aussi se révéler dans l'activité de l'Esprit, autre mode dont Dieu pouvait être perçu.  Enfin, quand Jésus parlait de son Père, il exprimait une troisième manière dont Dieu pouvait être perçu.  À la vérité, il n'existe qu'un Dieu, mais le Dieu unique pouvait s'exprimer de diverses manières: Père, Fils et Esprit.  Cependant, ces manifestations de Dieu ne nous disent vraiment rien de Dieu, qui est complètement ineffable.  En d'autres termes, nous ne connaissons rien de Dieu.

 

                                                                                             La portée actuelle

 

            Qu'est‑ce donc que les premiers chrétiens essayaient de conserver?  Pourquoi ces questions étaient-elles si importantes?  Jusqu'à un certain point, les Pères de l'Église répondaient à l'aspiration de l'être humain, en affirmant que notre langage sur Dieu possède quelque signification et oriente vers la vérité de notre expérience de Dieu.  De plus, ils tentaient de sauvegarder et l'unicité de Dieu et tout à la fois les trois personnes divines activement impliquées dans l'oeuvre de notre salut: la Père qui crée, le Fils qui rachète et l'Esprit qui donne vie.  Le développe­ment de la doctrine de la Trinité est la façon spécifiquement chrétienne de parler de Dieu qui décrit l'unicité de Dieu à la lumière des trois Personnes et décrit la tri-unité de Dieu à la lumière de l'unicité de Dieu.  La doctrine de la Trinité, c'est-à-dire, la croyance en trois Personnes en un seul Dieu, est la manière spécifiquement chrétienne de parler de Dieu.  L'affirmation d'un Dieu unique sauvegarde le monothéisme hérité des ancêtres juifs dans la foi.  L'affirmation des trois Personnes sauvegarde la nature de Dieu en tant que relation d'amour.  Il est impossible de parler de Dieu, si ce n'est dans la perspective d'une relation.  Autrement dit, la vraie nature de Dieu est une relation d'amour.  Et celle-ci est caractérisée par l'unité, l'égalité et la mutuali­té.

            Si la nature de Dieu exprimée dans l'intelligence chrétienne de la Trinité est unité, mutualité et relation d'amour, quelle perception cela nous donne-t-il à nous en tant que disciples contemporains du Christ?  En vertu de notre baptême «au nom du Père et du Fils et de l'Esprit Saint», nous sommes invités à participer à la vraie vie de Dieu.  Nous sommes invités à vivre dans l'unité, l'égalité, la mutualité et la relation d'amour qui caractérise la vie du Dieu unique.  Les gens remarquent souvent que le mystère de la Sainte Trinité ne produit aucun impact sur la vie des croyants.  Mais imaginez ce qui pourrait se produire, si nous modelions nos vies sur la vraie vie de Dieu.  Cela a des implications formidables pour la manière dont nous nous comportons les uns par rapport aux autres; pour la manière dont nous agissons envers ceux avec qui nous vivons et travaillons, et pour la manière dont nous structu­rons les institutions orientées vers le service de l'Évangile.  L'affirmation du mystère tri-unitaire de Dieu nous fournit une vue sur la manière dont la vie pourrait se présenter, pas seulement dans la plénitude du Règne de Dieu, mais également ici et mainte­nant.

 

Mary McCormick, O.S.U.*

Department of Theology

Fordham University

441 East Fordham Road

Bronx, NY 10458

U.S.A.

téléphone 718-817-3240

 

*La Soeur McCormick est candidate au degré de doctorat en théolo­gie à la Fordham University, Bronx, New York, U.S.A.



    [1] Traduit de l'anglais par le Père Ernest Richer, S.J.