Regard critique

sur la Vie Religieuse Frère


 en Haïti

 

par Godefroy Midy s.j.

Haïti

 

 

Exposé présenté au premier congrès des Religieux-Frères d’Haïti, tenu à Lillavois, dans la banlieue de Port-au-Prince, du 16 au 20 novembre 2002. Le texte est reproduit du bulletin des Frères de l’Instruction Chrétienne D+S Frères d’Haïti (décembre  2002), avec l’aimable autorisation du frère Joseph Bellanger FIC.

 

À vous, religieux frères

de la vie consacrée en Haïti,

 

Très chers confrères dans le Seigneur,

 

            En répondant affirmativement à votre appel, m’invitant à porter un « regard critique sur la vie religieuse frère en Haïti », je veux vous exprimer ma plus profonde considération, admiration et gratitude pour ce que vous êtes et faites pour Haïti, pour l’Église et pour la vie religieuse. Que le souffle de Dieu insuffle en vous son Esprit pour que ce congrès soit une nouvelle Pentecôte pour tout le pays! Je compte sur votre compréhension et sur votre pardon, car je trouve que le sujet dépasse ma compétence.

 

            Aussi ma façon de l’aborder est une simple hypothèse de travail, un essai que je vous livre pour qu’avec l’Esprit-Saint vous disiez au peuple haïtien que vous aimez et auquel vous donnez votre vie, pour qu’avec l’Esprit, vous répondiez à la question :

 


QUI ÊTES-VOUS VRAIMENT,

VOUS RELIGIEUX FRÈRES? 

QUELLE EST VOTRE IDENTITÉ

à l’intérieur de l’Église catholique et de la vie religieuse d’Haïti?

 

            Dans la mentalité haïtienne on ne sait vraiment pas qui vous êtes. Dans la théologie et l’ecclésiologie populaires, non plus. Pour plus d’un la réponse n’a pas encore été trouvée à la question : Qui est-il, un Religieux catholique Frère ?

 

            Je vais essayer de dire un mot sur le Religieux Frère dans la mentalité haïtienne (I) et dans la théologie populaire (II) ; enfin, à mes risques et périls, je prendrai la chance de poser des jalons à la recherche d’une identité historique du Religieux Frère, en Haïti, aujourd’hui (III).

 

I

 

REGARD CRITIQUE SUR LA MENTALITÉ HAÏTIENNE

VIS-À-VIS DU RELIGIEUX FRÈRE.

 

            1.A - Dans la mentalité populaire, pour parler du religieux - frère ou prêtre -, la référence, c’est le prêtre, le « père ». Ces catégories « père », « religieuse », « laïc » sont assez bien identifiées. Mais la catégorie « frère religieux », « prêtre religieux » est plutôt floue pour les gens. Je connais un jeune qui s’était présenté dans une communauté religieuse de Frères. «J’aimerais devenir religieux », dit-il au responsable. Ce dernier comprit que le jeune en question voulait devenir un frère dans la communauté, qui est une communauté religieuse. Le jeune reçut une formation religieuse mais, environ 10 ans plus tard, il clarifia : « Quand je disais ‘religieux’, je voulais dire ‘prêtre’. Ma vocation est d’être un ‘religieux prêtre’ et non un ‘religieux frère’, ajouta-t-il.

 

Il y a quelques années, durant la dictature militaire, des Religieuses et Religieux prêtres et frères organisèrent une grande procession à travers les rues pour protester contre des abus de toutes sortes. Au nom de leur foi chrétienne, ils marchèrent pacifiquement, accompagnés par des chants et des prières. Les prêtres religieux étaient de blanc vêtus, habillés en aube. C’était très émouvant. Sur tout le parcours la foule les observait. Il y eut un moment où quelqu’un de la rue, qui était clairement en train d’admirer le cortège, déclara à haute voix : « C’est une manifestation des Religieux et Religieuses contre les militaires. » « Mais, demanda un autre, qu’est-ce qu’un Religieux? » - « C’est un père qui est comme les soeurs », répondit avec assurance et fierté une femme qui, elle aussi, contemplait la marche. Pour elle et pour beaucoup, c’est difficile de définir un Religieux. Si c’est un Religieux-prêtre, le ‘religieux’ se perd dans le ‘père’. Pour parler de lui, la référence est le prêtre. Ou bien, si l’on cherche à le saisir dans son être de Religieux, la référence est la Religieuse. Dans la réponse de la femme, il y avait dans la procession des religieuses et des religieux prêtres. Elle identifia dans la marche les femmes religieuses et les hommes prêtres. Les religieux prêtres sont à moitié identifiés grâce à la présence des soeurs religieuses. Quant aux «frères religieux », ils ne furent pas mentionnés. Ils étaient là et pas là. Il y eut donc ce jour-là les laïcs qui regardaient, puis les religieuses et les prêtres religieux de la procession. Donc, laïcs, religieuses, prêtres sont les trois catégories facilement identifiables par la mentalité populaire.

 

Cela ne doit pas trop nous étonner : quand on parle de prêtre religieux, c’est le mot ‘prêtre’ que les gens retiennent en général. Si on insiste pour dire : « ce prêtre est un religieux », le point d’appui pour déchiffrer « prêtre religieux », c’est, pour beaucoup, la religieuse. C’est plus compliqué si l’on parle de « religieux frère ». Alors là, on essaiera de comprendre ce dernier à partir du prêtre religieux, car on ne peut pas l'appréhender en lui-même. Le frère serait quelqu’un qui aide le prêtre.

 

Aujourd’hui, la nomenclature se complique davantage, car, dans beaucoup de groupes et d’associations protestantes et catholiques, les personnes s’appellent « frères », « soeurs » entre elles. « Bonjour, frère un tel ! », « Bonjour, soeur une telle ! » : ainsi se saluent des membres de la Sainte Famille, de la Légion de Marie, des mouvements charismatiques, des sectes protestantes. Dans des rencontres de laïcs et de frères religieux, il faudra préciser que « frère un tel » est un « religieux frère», s’il en était besoin.

 

Demandez à un jeune qui vient frapper à la porte d’une communauté religieuse d’hommes pour commencer un processus de cheminement quelle différence il voit entre un prêtre diocésain et un prêtre religieux, il est très mal à l’aise en général pour y répondre. Si c’est un candidat pour devenir un religieux frère, la seule grande clarté pour lui par rapport à un religieux prêtre est que le dernier peut dire la messe. Mais pourquoi, lui, veut-il être frère et non pas prêtre ? En général, il répondra plus ou moins ceci : « Je préfère être frère. » Et bien souvent, ce n’est que longtemps plus tard, durant le processus de la formation qu’il se rendra compte que la vie religieuse est une seule grande famille, un grand corps dans l’Église qui comprend les Religieuses, les Religieux frères et les Religieux prêtres. Et bien plus tard encore, il découvrira que la vie consacrée est plus vaste que la vie religieuse, comprenant des Instituts séculiers et quantité d’autres formes de vie suscitées par l’Esprit pour faire mémoire de Jésus de Nazareth et se mettre au service du Règne de Dieu. Parmi ces nouvelles formes de vie, existent aujourd’hui des Sociétés de Vie Apostolique.

 

Quand une congrégation religieuse est une congrégation de prêtres et de frères, la question est souvent : « Pourquoi le frère ne devient-il pas prêtre ? » On ne se demande jamais pourquoi le prêtre n’avait pas pensé à se faire frère quand il rêvait d’entrer en religion. C’est que dans l’imaginaire culturel, la vocation, - l’appel - est interprétée en termes de « promotion » comme pour tout genre de vie dans la société. Selon l’interprétation commune, le prêtre va du moins ( - ) au plus ( + ). C’est-à-dire, après l’ordination sacerdotale, il sera assistant du curé (vicaire, comme on dit), ensuite curé ; comme curé, il va de paroisses « moins importantes » à des paroisses « plus importantes ». Il y en a qui seront évêques. Il y a donc montée, ascension, promotion, l’évêque étant plus élevé en grade, et donc « plus important » que le « simple prêtre». On comprend que c’est avec le coeur serré, en contexte haïtien, que les parents apprennent que leur garçon veut devenir « frère ». Il leur semble qu’un frère est condamné à ne jamais ‘avancer’. Une fois qu’il a prononcé les voeux de religion, il devient frère et demeurera frère toute sa vie. Dans le cas du clergé, il existe un très riche vocabulaire qui correspond à une réalité qui va de bas en haut : séminariste, prêtre, vicaire, curé, évêque, Monseigneur ; un petit nombre arrivera jusqu’au cardinalat. Le dernier degré est la possibilité, pour un « père », de devenir le « saint-père ». Je dis ceci sans moquerie et sans cynisme en tant que prêtre catholique qui croit au sens profond d’une hiérarchie de présidence et de charité au sein de notre Église.

 

C’est le prêtre qui est valorisé ; on croit connaître qui est un père tandis que l’identité du frère n’est pas saisie. On reconnaît son utilité, il fait de bonnes choses, il rend de grands services mais, la grande question demeure : « Qui est-il ? Pourquoi n’est-il pas un père ? » Quand j’étais grand séminariste au séminaire diocésain, les gens nous appelaient : « monsieur l’abbé ». Une fois que j’étais dans ma famille, en campagne, une femme du peuple qui me connaissait bien s’émerveillait devant ma soutane noire. Elle m’appelait « mon père ». Je lui disais que je n’étais pas encore prêtre, que mon nom était abbé. Alors, conclut-elle, je t’appelle « père l’abbé ». L’abbé ne signifiait rien pour elle. Un jeune séminariste diocésain révéla à une Religieuse d’un certain âge qu’il comptait se faire prêtre religieux. « Non, lui déconseilla la religieuse, car tes chances de devenir évêque vont être diminuées. »

 

Il faut ajouter que le mot « sacré » aide les gens à identifier le prêtre. C’est un terme bien accueilli par une mentalité religieuse, et parfois aussi superstitieuse. Parlant de l’ordination du prêtre et de l’évêque, on dit qu’ils vont être sacrés. Une cérémonie qui leur donne quelque chose de spécial et certains privilèges. Dans le passé, la « tonsure » était la première étape à franchir pour devenir un père. Par derrière la tête, on enlevait à l’aspirant une petite mèche de cheveux ; il était ainsi donné au Seigneur et coupé du monde. Quand plus tard il sera prêtre, il aura une façon de gravir les marches de l’autel, le pied droit avant le pied gauche. Pour célébrer la messe, le pouce et l’index des deux mains devaient être tenus selon des règles liturgiques et un rituel bien déterminé. Aucun laïc n’avait accès à l’autel, surtout si c’était une femme. L’hostie consacrée devait atterrir directement sur la langue du communiant car seul le prêtre était habilité à la toucher. Il y a quelques années, le célébrant de l’eucharistie avait une foule immense à laquelle donner la sainte communion. Le pauvre prêtre était visiblement fatigué Deux religieuses allèrent lui proposer de l’aider. « Non, répondit-il gentiment, c’est moi que l’évêque a consacré pour cela.»

 

L’environnement de l’autel, l’encens, la messe, les bougies allumées, la tenue liturgique du prêtre, le latin utilisé autrefois, tout cela très beau, très élevé, peut à la fois inviter à la piété et meubler notre mentalité. Tout cela peut nous rapprocher aussi du sacerdoce de l’Ancien Testament que l’auteur de la lettre aux Hébreux déclare aboli par le sacerdoce du Christ. Tous les beaux symboles des grandes cérémonies d’autrefois, telles que la fête des rameaux, nous faisaient vivre des moments de très grandes émotions. Lors de la procession des palmes, la grande porte d’entrée de la cathédrale restait fermée et attendait d’être frappée de trois coups pour se laisser ouvrir et accueillir la grande foule. Les francs-maçons y trouvaient leur joie, car, selon eux, ce sont les grandes cérémonies liturgiques catholiques où les « secrets » du prêtre sont en action. Mais, pour beaucoup de catholiques, le « secret » du prêtre est plus fort que celui du franc-maçon. Le prêtre catholique est plus fort.

 

Avant la présidence de François Duvalier, la mentalité haïtienne pensait que le prêtre avait le pouvoir de célébrer des « messes noires » pour punir un tel ou une telle ; messes «magiques », pouvait-on dire, qui « jetteraient un mauvais sort sur l’ennemi ». Mais arriva Duvalier : des évêques, des prêtres avaient été arrêtés par lui, avaient connu l’exil, avaient été tués, et pourtant Duvalier ne faisait que prospérer. Je me demande s’il y a aujourd’hui beaucoup de Haïtiens et de Haïtiennes qui auraient peur de faire du mal à un prêtre parce que ce dernier pourrait les faire mourir. Il reste toujours vrai cependant que beaucoup de gens voient dans le prêtre un « être sacré » qui jouit d’un certain pouvoir, un peu comme les hougans, prêtres du vodou. Il n’y a pas trop longtemps, un catholique venait me demander des psaumes spéciaux, des prières « montées » contre la persécution. J’avais beau lui dire que des « prières montées », ça n’existait pas, il ne me croyait pas. Et quand des fidèles laïcs vous demandent à vous, prêtres, de prier pour eux, demandez-leur de prier aussi pour le prêtre, la réponse sera très souvent : « Notre prière à nous n’a pas la force de votre prière, mon père ».

 

Dans l’imaginaire des gens, le prêtre apporte plus de prestige, plus de fierté à sa famille que le religieux frère. Il appartient à un ordre plus sacré que le frère, qui serait plus proche du monde profane. Or, pour beaucoup, la sphère du profane n’est pas un lieu divin. Par conséquent, le prêtre est socialement et culturellement plus important que le frère, selon la classification mondaine, idéologique, mais non évangélique de la société haïtienne. Théologiquement et ecclésiologiquement aussi, i.e. devant Dieu et devant l’Église, le prêtre est censé être plus important.

            I.B - Il faut lire ces préjugés mesquins dans le contexte global des grands préjugés de la mentalité haïtienne. J’en cite quelques-uns :

 

a. L’homme est plus important que la femme. Or, le prêtre est un homme, donc il est plus important que la religieuse qui est une femme et qui n’a pas accès à l’ordination sacerdotale. Il est de même supérieur au frère parce que celui-ci n’est pas prêtre, toujours selon la même mentalité. Par contre, je ne croirais pas me tromper si j’affirmais que pour cette même mentalité la religieuse est plus importante que le religieux frère. Et pourquoi ? Parce que les gens ne savent pas comment cataloguer, classifier, identifier le frère. Si l’on dit aux gens que le religieux frère est laïc puisqu’il n’est pas prêtre, mais est également religieux comme tous les prêtres religieux et comme toutes les religieuses, alors ils sont perdus.

 

Avouons qu’il y a là une problématique, un défi pour nous aussi dans notre quête d’identification du religieux frère. Quelle est sa vocation particulière ? quelle est cette originalité qui fait du frère un cadeau, un don unique, une bénédiction de Dieu pour tous : pour les laïcs, les prêtres, la vie religieuse, la société et l’Église ? C’est une question brûlante qui est au cœur de ce congrès. Il faut l’aborder avec courage. La vie religieuse a trop de signification pour la laisser dans le vague.

 

b. Citons cet autre préjugé haïtien : les citadins, les gens de la ville, sont catalogués comme étant plus importants que les paysan(ne)s, les gens de la campagne. Ce préjugé devra mourir si Haïti veut vivre. À lui seul il résume tous nos préjugés et est à la base de nos divisions.

 

c. Dans la mentalité haïtienne, le blanc est plus important que le noir. Donc, les communautés religieuses venues de l’étranger sont supérieures aux communautés autochtones. Les gens ont de la difficulté à croire qu’un haïtien, une haïtienne puissent fonder une communauté religieuse. Les Congrégations religieuses haïtiennes, fondées par des prêtres haïtiens, par des religieuses et religieux haïtiens, ont des difficultés à être acceptées. Ridicule comme cela peut paraître, les religieuses d’une communauté autochtone qui travaillent en ville sont considérées supérieures aux religieux(ses) autochtones qui ont leur mission en campagne et dans les mornes. Les religieux autochtones dans la paysannerie sont classés moins importants que les mêmes religieux autochtones qui ont leur mission en ville. C’est aberrant. C’est absurde. Une telle mentalité peut conduire le pays à sa ruine.

 

d. Il est aussi aberrant de catégoriser les religieux et religieuses qui sont dans l’enseignement comme étant plus importants que ceux et celles qui essaient de s’identifier avec les paysans et paysannes pauvres. Il n’y a pas trop longtemps, des militaires d’une ville donnaient l’étiquette de « communiste » à une communauté établie parmi les paysans, car, selon ces militaires et selon beaucoup d’autres avec eux, si on est bon religieux(se), c’est en ville ou au moins dans un bourg qu’il faut habiter. Si une religieuse autochtone va au marché et porte des colis sur la tête comme le font des paysannes pauvres de chez nous, elle est méprisée et incomprise, pas seulement par des laïcs ou par des gens qui ne comprennent rien à la vie religieuse, mais aussi par des membres du clergé ainsi que par d’autres religieux(ses).

 

Incroyable mais vrai. Comme quoi nous ne sommes pas chrétiens, chrétiennes aussi longtemps que notre mentalité n’est pas encore évangélisée. Beaucoup d’entre nous, prêtres, religieux et religieuses, certains membres de la hiérarchie, sont mal à l’aise avec des religieuses autochtones qui ont un charisme particulier et un appel spécial pour vivre auprès des paysans. C’est comme si l’insertion de personnes consacrées dans la paysannerie leur enlevait leur identité religieuse. Mais est-ce que la mission auprès des gens qui ne sont pas encore à l’intérieur de l’Église, ou qui ne sont pas encore des ‘pratiquants’, est-ce que par hasard cette mission ne serait pas une mission d’Église ? Les publicains, les prostituées et les pécheurs du temps de Jésus n’avaient-ils pas leur place privilégiée dans la prédication de la Bonne Nouvelle, même s’ils ne pouvaient pas aller prier au Temple ? Eh bien oui, une mentalité qui traite les paysans de moun andeyò, i.e. de personnes du dehors du pays, colle la même étiquette aux missionnaires autochtones des petits paysans pauvres. « Ces soeurs, disent certains et certaines d’entre nous, ce sont des moun mòn. Elles ne sont pas des soeurs authentiques ».

 

‘De Nazareth, que peut-il sortir de bon’, se demanda Nathanaël ? ‘D’Haïti, que peut-il sortir de bon?’, nous demandons-nous. De communautés religieuses et de vie consacrée autochtone, que peut-il sortir de bon ? De Nazareth est sorti Jésus. « Et vous verrez des choses plus grandes encore », dit Jésus à Nathanaël. Des mornes d’Haïti, du milieu paysan et de ses pauvres sont nés des frères religieux, des soeurs religieuses, des prêtres, des communautés autochtones. « Et vous verrez des choses plus grandes encore », nous dit Jésus. N’est-ce pas qu’aujourd’hui Haïti connaît une communauté contemplative autochtone, fondée avec des paysannes ? Quelque part, chez nous, dans notre pays, sur une montagne de 600 mètres d’altitude, dans un monastère qui n’a rien à envier aux premiers monastères de l’Église primitive, 36 paysannes haïtiennes contemplatives adorent, travaillent, prient, mènent une vie de don de soi et de sacrifice dans la joie et la louange. D’après la mentalité haïtienne, ce n’est pas possible, ce ne peut-être qu’une vie contemplative au rabais. Et pourtant, la réalité est là, les faits sont là : il existe bel et bien en Haïti une communauté contemplative faite d’Haïtiennes, Haïtiennes paysannes.

 

 

II          

 

REGARD CRITIQUE SUR LA            THÉOLOGIE POPULAIRE DE LA MENTALITÉ HAÏTIENNE.

 

Nous venons de regarder de façon critique la façon dont nos religieux frères sont jugés par rapport aux prêtres. Nous allons maintenant jeter un coup d’oeil sur la manière dont les Haïtiens voient le frère par rapport à Dieu et par rapport à l’Église. Dans la pratique, voici comment nous allons procéder : poser une série de questions aux prêtres sur la façon dont eux-mêmes comprennent leur sacerdoce dans l’Église du Christ. Leur façon de se comprendre et de s’identifier nous dira quelque chose sur leur façon de dire Dieu (théologie) et de dire l’Église (ecclésiologie). Je choisis la méthode suivante : LES RELIGIEUX FRÈRES INTERPELLENT LEURS FRÈRES PRÊTRES ET LES INVITENT À UN EXAMEN DE CONSCIENCE À PARTIR DE QUESTIONS.

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VOUS LES PRÊTRES :

1. Est-ce que dans votre mentalité vous vous pensez supérieurs aux frères, aux religieux, aux laïcs ?

2. Est-ce que le diaconat que vous avez reçu des mains de votre évêque avant le «presbytérat » est demeuré une dimension permanente de votre sacerdoce ministériel ? Autrement dit, êtes-vous des ‘prêtres diacres’, i.e. des prêtres serviteurs ?

3. Vous souvenez-vous que par le sacrement de baptême nous partageons tous, laïcs, prêtres, religieux frères, religieuses, évêques, pape, le même sacerdoce baptismal au service duquel se trouve le sacerdoce ministériel reçu par le sacrement de l’ordre ? Vous souvenez-vous que tous les baptisé(e)s forment un seul peuple de prêtres, de prophètes et de rois ? Qu’il n’y a qu’une seule Église, peuple de Dieu-Père, corps du Christ, temple de l’Esprit Saint ?

4. Prenez-vous conscience qu’une dévalorisation du religieux frère, de la femme religieuse, du laïc, des religieux et religieuses autochtones qui ont une mission particulière au service des pauvres et des paysans, prenez-vous conscience qu’une dévalorisation de tous ces lieux d’Église sont du même coup une dévalorisation du sacerdoce chrétien, une injure à Dieu et à l’Église ?

5. Est-ce qu’une « sacralisation » à outrance du prêtre et une « sécularisation » à outrance du frère ne vous apparaissent pas comme deux conséquences d’une même mentalité à combattre?

6. Est-ce que dans la prédication, l’évangélisation et la catéchèse vous présentez l’Église du Christ comme un mystère de communion qui vient de la Trinité, vit de la Trinité et va vers la Trinité?

7. Est-ce que vous aidez le peuple de Dieu à découvrir la beauté de l’Église qui est un seul corps, mais avec des membres différents, des charismes particuliers et complémentaires ?

8. Est-ce que vous appréciez votre beau titre de « père » comme un sacrement qui renvoie à l’unique Père qui est Dieu ? Appréciez-vous votre beau titre d’« enseignant » comme sacrement qui renvoie à l’unique Maître qui est Jésus, le Seigneur ?

9. Insistez-vous beaucoup sur le fait que dans l’Église de Jésus Christ nous sommes tous égaux, ayant la même mission, mais avec des fonctions différentes ? Le même ministère, mais avec des charismes différents ?

10. Vous souvenez-vous, ou mieux n’avez-vous pas fait l’heureuse expérience que le meilleur enseignant est celui qui demeure élève, le meilleur maître est celui qui demeure disciple ?

11. Est-ce que vous luttez de toute votre force pour ne pas tomber dans le piège d’une mentalité qui veut vous faire passer comme quelqu’un de supérieur au frère et au laïc ? Est-ce que vous résistez pour ne pas accepter le sacerdoce comme une promotion sociale, comme une montée dans l’échelle sociale telle que voudrait vous le présenter la mentalité haïtienne ?

12. En toute honnêteté, croyez-vous et joyeusement, que le religieux frère, le directeur de chapelle, le sacristain, la religieuse sont chacun(e) votre égal(e) ?

 

Donc, chers confrères prêtres, prêtres diocésains et prêtres religieux, quand dans sa mentalité et sa théologie le peuple haïtien veut définir et identifier le frère religieux à partir de vous-mêmes et de votre sacerdoce ministériel, n’entrez pas dans son jeu culturel et social. En effet, vous non plus, ce n’est pas à partir des critères sociaux que vous connaîtrez votre identité et votre mystère. Votre identité est cachée en Dieu comme celle du frère.

 

Faites comme Jean-Baptiste, il s’était effacé pour qu’il ne fût pas confondu avec « Celui qui devait venir ».

Faites comme Jésus qui sut s’effacer pour n’être pas confondu avec le Père qui l’a envoyé.

Faites comme la Vierge Marie, la femme du silence, qui s’est effacée pour laisser toute la place à son fils.

 

C’est seulement par cet effacement que le mystère, l’identité, le charisme particulier de tous et de toutes brillera au grand jour et fera rayonner le mystère de Dieu, qui est le Dieu caché et humble qui, avant nous et mieux que nous, est l’effacement même. Nous le voyons en Jésus venir nous laver les pieds. Et jamais Il n’apparaît aussi beau, aussi grand, aussi identifié que quand il s’est fait serviteur pour occuper la dernière place. Nous, prêtres, que nous travaillions de tout notre être pour ressembler à Jésus et à son Dieu. Nous serons alors identifiés. Nous identifierons alors le frère à partir de ce qu’il est. Et il est ce qu’il est, il a son identité, non pas par la grâce du peuple, ni par la grâce du prêtre, mais par la grâce de Dieu. C’est à la lumière du mystère du Dieu Père, Fils, Esprit, et à la lumière du mystère de l’Église, mystère de communion, que nous devons contempler le mystère du Religieux Frère, en Haïti.

 

 

III      

 

JALONS D’UNE RECHERCHE            D’IDENTITÉ HISTORIQUE

DU RELIGIEUX FRÈRE,        

EN HAÏTI, AUJOURD’HUI.        

 

 

A-  IDENTITÉ DU RELIGIEUX FRÈRE.

 

1. Charisme particulier du religieux frère.

A mon humble avis, pour chercher l’identité du religieux frère nous avons une référence claire qui est cette parole de Jésus à ses disciples quand il leur dit : «Pour vous, ne vous faites pas  appeler ‘rabbi’, car vous n’avez qu’un maître, et tous vous êtes des frères. » (Mt 23, 8) Cela ne veut pas dire que c’est Jésus de Nazareth qui a fondé la vie religieuse dont font partie les religieux frères. Dans l’Église, nous confessons que c’est l’Esprit qui est le fondateur originel et permanent de la vie consacrée. Il est celui qui définit et qui rend possible l’identité de la vie religieuse, de la vie consacrée. Mais l’esprit élit, habilite, consacre le religieux(se) pour qu’il vive, aujourd’hui, selon le style de Jésus, pour être avec Jésus, envoyé pour continuer son Projet, le Projet du Royaume du Père. Consacré par le charisme de l’Esprit, le frère religieux, comme toute personne de la vie religieuse, est appelé à rendre visibles les traits plus significatifs de Jésus de Nazareth, les rendre présents et attirants pour tous en vue du Royaume. À quelques-uns des disciples de Jésus dans les différents états de vie, l’Esprit accorde le charisme évangélique de célibat, de pauvreté et d’obéissance.

 

Il y a une pluralité de charismes dans différentes formes de vie consacrée. Par ces charismes, l’Esprit veut nous rappeler certains gestes existentiels du Jésus de l’Histoire, quelques-uns de ses mystères, certains de ses enseignements et de ses paroles. Chaque Institut de vie consacrée annonce et actualise charismatiquement, dans ses paroles et dans sa vie, un aspect du mystère de Jésus. L’Esprit envoie chaque consacré(e), chaque religieux(se), chaque Institut, selon les multiples formes de vie pour faire mémoire de Jésus. Selon moi, le religieux frère, le frère oint par l’Esprit du Seigneur a pour identité de s’identifier avec Jésus quand il nous rappelle que nous sommes tous des frères. L’identité du religieux frère, c’est cela : le frère est celui qui fait mémoire aujourd’hui et qui actualise dans sa personne et sa mission cette parole de Jésus qui est Bonne Nouvelle pour tous et pour toujours : « VOUS ÊTES TOUS DES FRÈRES». Le religieux frère est le porte-parole du « VOUS ÊTES TOUS FRÈRES».

 

Nous n’avons pas besoin de nous casser la tête pour chercher qui est le religieux frère. Ne faisons pas une injure à l’Esprit en lui disant que nous ne savons pas qui est un frère. Ce serait aussi une injure faite au frère que de le définir ou de l’identifier par rapport au prêtre ou à la religieuse. Il faut l’identifier à Jésus à partir de l’appel de l’Esprit et du charisme particulier dont l’Esprit le revêt. Le religieux frère est investi et consacré par l’Esprit de Dieu pour faire mémoire de Jésus le Frère Aîné, qui nous dit que nous sommes tous frères parce que nous avons un seul et même Père, qui est le Père de Jésus. Donc, qu’est-ce qu’un frère religieux ? Il est celui qui est consacré et envoyé par l’Esprit Saint pour actualiser la parole de Jésus : « Vous êtes tous frères ». C’est cela son IDENTITÉ. C’est là sa MISSION. C’est cela son style de vie, fraternel et communautaire. C’est pourquoi identité, communauté-communion et mission sont trois aspects d’une seule et même réalité. Quelle est donc la contribution spécifique du frère religieux? C’est lui-même, sa personne, le don que l’Esprit fait de lui à l’Église et au monde. Ce qui est unique en lui, à savoir ce que l’Esprit lui donne comme charisme particulier dans la symphonie des charismes dans l’Église hier et aujourd’hui, c’est cela son vrai et original apport. Et sa contribution originale est ceci : le religieux frère est appelé à suivre Jésus, en Église, appelé par l’Esprit du Père et du Fils à faire entendre et vivre aujourd’hui cette parole de Jésus : « Vous êtes tous frères ». Et son style de vie, à lui frère, est d’être un homme fraternel comme le fut Jésus. Car c’est seulement une vie fraternelle qui peut convoquer à la fraternité. Ainsi, d’après une inspiration particulière de l’Esprit, le religieux frère, en communion avec tous les consacré(e)s, de toutes les formes de vie, montrera que la raison d’être de la vie consacrée dans l’Église est de suivre Jésus et de faire avancer son oeuvre. En Jésus de Nazareth et en son message évangélique, en sa personne historique, c’est là que nous devons chercher la référence inévitable du religieux. En Jésus il a sa référence. « Nous sommes tous frères », c‘est une grande et belle parole de Jésus : c’est pour être le prophète, le chantre, la sentinelle, le défenseur et l’annonciateur de cette parole que l’Esprit consacre le frère. Bien sûr, ce sont tous les baptisés - confirmés qui doivent actualiser la Parole de Dieu, la Parole de Jésus. Mais l’Esprit consacre spécialement le frère pour faire de lui le lieu spécial, le symbole spécial d’où retentit cette parole : « Vous êtes tous frères ». Le frère consacré est chargé par l’Esprit Saint d’être la mémoire de toute l’Église, de toute la vie religieuse et de ses différentes formes, de tout homme et de toute femme, la mémoire de Jésus pour rappeler que nous sommes tous et toutes enfants d’un seul Dieu Père et Mère, tous et toutes, frères et soeurs de Jésus. Le frère consacré est un SIGNE pour la vie fraternelle et la sainteté de tous les membres de l’Église. L’Esprit lui donne un rôle pédagogique pour tout le peuple de Dieu et toute la vie consacrée.

 

2. Noyaux centraux de la vie consacrée.

 

Il est bon de reprendre ici les noyaux centraux de la vie consacrée. Ainsi, après avoir «mis à part » pour un moment le religieux frère, nous voulons et devons maintenant le replacer dans sa famille de vie religieuse et dans son milieu ecclésial. Dans cette section, je vous renvoie aux pages 264 à 298 du livre : Charismes dans l’Église pour le monde. La vie consacrée aujourd’hui1. C’est le résumé du Congrès International de l’Union des Supérieurs Généraux à Rome, du 22 au 27 novembre 1993. Je vous renvoie aussi à Repartir du Christ, Instruction de la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique2.

 

Les noyaux centraux de la vie consacrée nous sont rappelés par les Supérieurs Généraux réunis à Rome, en novembre 1993. Ce sont : la mission, la communion, l’identité.

 

a) La mission : L’Église est missionnaire par  nature et donc la mission fait partie essentielle de toutes les formes de vie consacrée. Elle se différencie selon les charismes et est enracinée dans la vie chrétienne. La vie consacrée réalise la mission à partir d’une expérience de Dieu dans la prière, le témoignage de la vie fraternelle, l’annonce courageuse de l’évangile, l’engagement pour la promotion humaine. Le témoignage, le prophétisme, l’option préférentielle pour les pauvres, l’inculturation, le dialogue et la solidarité invitent les consacré(e)s à s’engager dans l’Église, dans la perspective du Règne de Dieu, vu sous ses multiples aspects (pp 264-265).

 

b) La communion : la communion est essentielle dans l’Église et dans la vie consacrée. Elle est un don et une manifestation de la vie trinitaire. En nous rappelant que la Famille Trinitaire est la première communauté, les Supérieurs Généraux nous appellent à une nouvelle valorisation de la communauté comme communion et des relations interpersonnelles. « Le type de communauté traditionnelle, fondée surtout sur l’observance régulière et la structure, est en train de laisser la place à une vie de fraternité plus profonde. ... On réévalue l’aspect humain et chrétien de la vie en commun. » - « La vie fraternelle, même si elle s’exprime en des modèles de communautés différents selon les charismes, est composante essentielle de la vie consacrée. »

 

Vu l’importance de la communion dans la vie consacrée, les Supérieurs Généraux veulent souligner les points suivants :

1. - Il faut insister sur la spiritualité communautaire, qui s’enracine dans la primauté de la Parole et la célébration du mystère pascal.

2. - Nécessité d’accueillir l’exigence du nouveau type de vie communautaire dans la formation initiale et permanente, selon les divers charismes.

3. - Nous engager à favoriser des communautés qui soient un signe évangélique dans les divers milieux.

4. - Promouvoir l’égalité et la coresponsabilité de tous les membres de nos communautés dans le respect de la nature de chaque charisme. Cette remarque vaut spécialement pour les Instituts composés de pères et de frères. Les responsabilités du gouvernement à l’intérieur de ces Instituts doivent être accessibles même à ceux qui ne sont pas des clercs, des prêtres.

5. - Favoriser la communion et la collaboration entre les divers Instituts, avec les prêtres diocésains, diacres, laïcs, groupements ecclésiaux, en tenant compte de la nature spécifique de chaque catégorie.

6. - Faciliter dans l’Église des relations de communion conduisant à l’estime et au respect réciproque, à la consultation et au dialogue, à la subsidiarité et à la juste autonomie. Approfondir les relations entre consacré(e)s et laïcs, consacré(e)s et prêtres diocésains. Favoriser la communion ecclésiale dans le soutien de l’identité de chacun.

 

c) L’identité : à travers l’histoire, de profonds changements socioculturels et ecclésiaux transforment radicalement la vison du monde, la culture, les modèles de l’Église. Cela provoque un processus de discernement qui exige une nouvelle formulation de la vie consacrée. Parmi les efforts qui ont aidé, après  Vatican II, au renouvellement et à l’expression de l’identité, il y a «le retour au charisme originel, la célébration des chapitres généraux, le renouvellement des Constitutions, l’ouverture à de nouvelles expériences, la sensibilité missionnaire accrue et le dialogue entre les divers Instituts.»

 

Les Supérieurs généraux s’expriment ainsi : « La tradition de la théologie de la vie consacrée a souligné divers noyaux qui aident à interpréter ce charisme et son identité ecclésiale. Rappelons entre autres : la suite du Christ vécue radicalement, la profession publique et la pratique des conseils évangéliques, la vie d’oraison et la recherche de Dieu, la présence active de l’Esprit qui transforme la personne dans le Christ, la consécration comme appartenance absolue à Dieu, la perspective eschatologique, l’engagement à tendre à la sainteté évangélique, le propos de recréer la communauté apostolique des origines chrétiennes, le renoncement ascétique inspiré de l’Évangile, les diverses formes de services » (p 270).

 

Une catégorie théologique significative est celle du charisme qui semble de nos jours unifier la variété des perspectives. Le charisme de chaque Institut, impulsé par l’Esprit, implique un mode spécifique d’être, une mission et une spiritualité spécifique, un style de vie fraternelle et une structure de l’Institut, au service de la mission ecclésiale. Ce don de l’Esprit est confié à l’Institut « pour être vécu, interprété, rendu fécond et témoigné en communion avec l’Église dans les différents contextes culturels. »

 

Il faut donc respecter la spécificité des charismes, pendant que l’expérience, les situations historiques nouvelles, les impulsions de l’Esprit, peuvent conduire à des expériences nouvelles et inédites du charisme, jusqu’à pouvoir parler, en certains cas, d’une forme de « re-fondation » (pp 270-271).

 

B.- IDENTITÉ PLURIDIMENSIONNELLE

ET RELATIONNELLE

DU RELIGIEUX FRÈRE

 

Les trois noyaux centraux que nous venons de mentionner : identité, communion fraternelle et mission sont les trois aspects de la vie consacrée. Le religieux frère appartient à la grande famille de la vie consacrée, donc ces trois dimensions sont aussi des dimensions de son style de vie. Mais être « frère », et non prêtre, est sa manière d’être religieux.

 

À cause de son nom et de son être de frère, à cause de ce nom qui nous rappelle le nom que Jésus nous donne à tous, - « Vous êtes tous frères », - nous prenons l’audace de suggérer dans la foi et dans l’Esprit que la vocation particulière du frère, son identité charismatique, sa mission prophétique, soit celle d’être le gardien de cette parole de Jésus, « Vous êtes tous frères. » - gardien privilégié dans l’Église et dans la vie consacrée, investi par l’Esprit.

 

Une question embarrassante peut m’être posée : Comment une suggestion qui vient de quelqu’un peut-elle devenir un appel, une intuition de l’Esprit ?

 


La réponse n’est pas claire pour moi, mais j’essaie de l’aborder ainsi : l’identité théologique de la vie consacrée, à l’intérieur de la vocation chrétienne, pour citer les Supérieurs Généraux lors de leur congrès à Rome, « n’est pas une réalité acquise une fois pour toute. C’est un processus, un cheminement, qui jouit d’un dynamisme intérieur dont l’agent principal est l’Esprit Saint » (p 217). Et puis, ce cheminement de la vie consacrée se fait dans le peuple de Dieu, et avec lui, vers le Royaume de Dieu. En situations nouvelles, l’Esprit fait surgir des charismes nouveaux. Il nous apparaît qu’aujourd’hui, dans un monde divisé et déchiré, l’Église et la vie consacrée doivent être prêtes à écouter, à re-écouter le « Vous êtes tous frères », comme un appel de l’Esprit qui veut consacrer quelqu’un comme un symbole, un écho de cette parole si importante de Jésus : « Vous êtes tous frères ». Les frères sont déjà consacrés par l’Esprit, par le charisme de la vie consacrée dont les trois noyaux corrélatifs sont l’identité, la communion et la mission. Il ne s’agirait donc pas de lui donner une nouvelle identité, sinon de relire son identité charismatique dans le monde d’aujourd’hui, - actualiser son identité et sa mission charismatique et prophétique.

 

 

LA SPIRITUALITÉ DE COMMUNION SERA LA RÈGLE DE VIE DU RELIGIEUX FRÈRE, UNE SPIRITUALITÉ DE DIALOGUE DANS UN MONDE DÉCHIRÉ PAR LA DIVISION ET LA HAINE. IL FAIT MÉMOIRE DU DIEU DE LA COMMUNION.

 

1- Ceci dit, nous pouvons parler de « l’identité pluridimensionnelle » du religieux frère.

a) Son identité commune avec tous les chrétiens et chrétiennes, i.e. tous les fidèles du Christ : c’est son identité chrétienne. Il est membre de l’Église peuple de Dieu, corps du Christ, temple de l’Esprit Saint. Comme baptisé-confirmé, il fait partie du peuple de Dieu, peuple de prophètes, peuple de rois, peuple de prêtres. Tous les baptisés- confirmés, hommes et femmes, reçoivent de l’Esprit du Christ le privilège et la responsabilité d’être, avec Jésus et en Jésus, prêtres, prophètes et rois.

b) Son identité religieuse charismatique, identité qu’il partage avec religieuses et religieux de la Vie Consacrée : c’est une identité particulière par rapport à la vie chrétienne laïque.

c) Son identité congrégationnelle en tant que le vie consacrée est multiple et que chaque Institut est doté par l’Esprit d’un charisme spécial pour une mission spéciale. Et comme il y a plusieurs Instituts de frères, chacune ayant son charisme propre, le religieux frère vit du charisme particulier de son propre Institut.

d) Son identité spécifique comme frère, en tant que religieux frère, qui n’est pas diacre ou prêtre, i.e. qui n’est pas un ministre ordonné. Nous avons suggéré que son identité spécifique de frère, son charisme et sa mission particulière en tant que religieux frère, à l’intérieur de la vie consacrée, et dans l’Église du Christ, c’est d’être gardien de cette parole de Jésus : « Vous êtes tous frères ».

Cette mission et cette identité singulières n’enlèvent pas le fait que le religieux frère, à l’égal de tous les hommes et les femmes de la vie consacrée, soit d’abord un fidèle chrétien qui essaie de le devenir chaque jour un peu plus. L’identité originelle et finale des laïcs, des consacré(e)s et des ministres ordonnés, c’est de suivre Jésus, en formant ensemble une Église ministérielle. Bien que tous et toutes nous ayons reçu des charismes et avec ceux-ci le ministère, précisent les Supérieurs Généraux, « nous reconnaissons que le ministère ordonné a été institué par le Seigneur et entretenu dans l’Église par l’Esprit. C’est un ministère indispensable qui a succédé au ministère des Douze pour maintenir l’Église dans l’unité d’une même foi apostolique. Il est principe de communion entre toutes les communautés et les personnes, et il rend le Seigneur sacramentellement présent au milieu des siens. Être ministre ordonné est un authentique état de vie » (p 205).

 

2- L’identité du religieux frère est aussi relationnelle, une identité de communion, destinée à faire la communion entre tous les états de vie. Religieux frère et non prêtre, il est laïc avec les laïcs. Par l’onction de l’Esprit, il devient religieux, un laïc consacré. Religieux, laïc consacré, il l’est avec les religieuses, qui sont des femmes laïques consacrées par l’Esprit Saint. Baptisé-confirmé, il jouit, en même temps que les laïcs et les religieuses, du privilège du sacerdoce baptismal. Son sacerdoce baptismal le relie aux religieux prêtres et aux ministres ordonnés, non religieux.

Le charisme du frère comme « mémoire du ‘Vous êtes tous frères’ » est un charisme qui l’appelle à être une personne de relation, quelqu’un qui fait les liens entre tous les états de vie. L’Esprit Saint fait de lui dans l’Église et la vie consacrée un agent de communion fraternelle. À tous et à toutes il rappellera que l’Église ministérielle n’est pas une « société inégale » et qu’il ne faut pas oublier l’unité fondamentale à l’intérieur de laquelle nous devons vivre la diversité. L’Église n’est pas formée de supérieurs et de subordonnés. Le Concile Vatican II a combattu cette mentalité. Ce qu’elle exige, c’est une relation mutuelle qui ait comme toile de fond la fraternité chrétienne (LG, 32). Le Concile a parlé des laïcs comme sujets de charismes et de ministères dans l’Église. Ils sont ministres selon les dons divers qu’ils ont reçus, et non pas en compétition avec le ministère ordonné de la hiérarchie. Même dignité entre laïcs, frères, prêtres, évêques, mais différence charismatique dans leur relation qui construit l’Église. Les ministres ordonnés ne sont pas « au-dessus des laïcs », mais « pour les laïcs ».

Il revient au religieux frère d’être l’avant-garde de l’Église et de la vie consacrée quant à la mission de faire mémoire de la parole de Jésus :   « Vous êtes tous frères ».

Il est celui qui est appelé à montrer symboliquement comment les enfants de Dieu sont tous frères et soeurs. En lui, la totalité du peuple de Dieu, - laïcat, vie consacrée et ministère ordonné, - trouvera son inspiration fondamentale pour vivre comme des frères. « Il est injuste et même offensant, soulignent les Supérieurs Généraux, d’expliquer l’identité des différentes formes de vie ecclésiale à partir de comparaisons, dans lesquelles la vie consacrée est toujours placée au-dessus des autres. » (p 211) Et comme l’histoire l’a démontré, à l’intérieur de la vie consacrée elle-même, le frère était (l’est-il encore ?) considéré comme inférieur au prêtre. Nous affirmons que c’est seulement dans la relation mutuelle et fraternelle que chaque forme de vie aura une idée du mystère de sa propre identité. En effet, chaque forme de vie, en se définissant et en se redéfinissant, aide l’autre forme de vie à se définir et se redéfinir.

C’est cela, à mon humble avis, le ministère charismatique du religieux frère : rappeler chaque forme de vie à exister en corrélation fraternelle avec les autres formes de vie. Un charisme ne peut vivre qu’en relation. « Vous êtes tous frères », donc vous n’êtes pas seuls, vous êtes avec et pour les autres, redira sans cesse le frère. Il est, si je peux ainsi parler, délégué, mandaté, envoyé, habilité, consacré par l’Esprit pour être celui qui fait les liens, qui soutient les relations fraternelles qui rendent possible la vie consacrée. Car la vie consacrée est un ensemble de charismes interdépendants. La définition de son identité est corrélative à l’identité de la vie chrétienne. Il appartient donc au religieux frère d’affirmer symboliquement, en paroles et en actes, dans sa personne et son style de vie que l’Église du Christ n’est pas une société inégale, avec des promotions sociales. Les différents charismes dans l’Église sont au service du monde. Ils rappellent que nous sommes tous frères et que le plus grand de tous est le plus grand serviteur.

Pour combattre toute mentalité de promotion sociale dans l’Église et la vie consacrée, le religieux frère, qui est le gardien de la fraternité, invitera chaque forme de vie à garder en permanence dans son charisme particulier son identité commune de fidèle du Christ. Cette identité commune à nous tous nous rappelle que nous sommes une seule Église, mais avec différents ministères complémentaires, et une seule mission.

+ Les religieux frères et les religieuses garderont la dimension laïque de leur vie consacrée. Donc pas question de se considérer supérieurs aux laïcs, ni inférieurs à aucune autre forme de vie.

+ Les prêtres garderont le diaconat comme dimension permanente de leur sacerdoce. Le diaconat sera leur manière d’être prêtres. Ils seront toujours des prêtres diacres, i.e. des prêtres serviteurs. Ils n’oublieront pas non plus que leur sacerdoce ministériel est un charisme particulier au service du charisme général de tous les états de vie qu’est le sacerdoce baptismal, commun à tous les fidèles.

 

 

C.- IDENTITÉ DU RELIGIEUX FRÈRE,

 EN HAÏTI, AUJOURD’HUI.

 

Sans m’en rendre compte, j’ai développé ce qui pourrait apparaître comme l’identité du religieux frère en général, quel qu’il soit. Je ne regrette pas cet égarement, car au fur et à mesure que j’avançais dans ma recherche de l’identité du frère comme frère, mon intuition se clarifiait, je voyais un peu mieux. C’est que la question sur l’identité spécifique du frère m’habitait depuis des années et je trouve passionnant d’en parler. À la fin de ma recherche, j’ajoute une nouvelle dimension à l’identité du religieux frère pour que je puisse parler du religieux frère en Haïti, aujourd’hui.

Je vois le religieux frère non seulement comme celui qui est investi par l’Esprit pour faire mémoire de la parole de Jésus : « VOUS ÊTES TOUS FRÈRES » (Mt 23, 8), mais également, par voie de conséquence, il est celui qui est consacré par le même Esprit pour faire mémoire de la prière de Jésus pour l’unité. Jésus prie son Père « afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous afin que le monde croie que tu m’as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » (Jn 17, 20-23)

 

A.- Le religieux frère, mémoire de Jésus pour l’unité dans le monde. Il joue le rôle de Pédagogue.

 

Faire mémoire de Jésus en annonçant que nous sommes tous frères, c’est faire mémoire de Jésus qui prie pour que nous soyons tous un. Le religieux frère porte dans son identité et sa mission une parole extraordinaire de Jésus : « Nous sommes tous frères » et une très belle prière de Jésus à son Père : « Que tous soient un comme toi et moi ». Mémoire et porteur d’une parole et d’une prière de Jésus, telle est l’identité, telle est la mission du religieux frère. Telle est ma façon à moi religieux-prêtre, d’engager le dialogue et la solidarité avec vous, religieux frères de la Vie Consacrée, dans votre désir d’approfondir et d’actualiser votre charisme particulier dans le grand concert des charismes dans l’Église pour le monde d’aujourd’hui.

Mais pourquoi retenir parmi les paroles de Jésus le « Vous êtes tous frères » plutôt qu’une autre ? Mais pourquoi retenir parmi les prières de Jésus le « Qu’ils soient un ! » plutôt qu’une autre ?

À cause de leur actualité et de leur urgente nécessité pour le monde d’aujourd’hui. Notre monde est encore déchiré et divisé comme il l’était déjà au temps de Jésus. Nous ne sommes pas encore unis. La fraternité conduit à l’unité et l’unité est le résultat de la fraternité. La parole de Jésus : « Nous sommes tous frères » est mise en échec par notre terre de division. La prière de Jésus à son Père : « Que nous soyons tous un » demeure encore inexaucée par nous, par notre monde divisé.

Pour arriver à la fraternité, la référence c’est le Père ; c’est Dieu, parce que Dieu est Amour (1 Jn, 4, 16). La Trinité est une communauté d’amour parfait. Nous souvenir que nous sommes tous frères, c’est nous rappeler que nous sommes tous fils d’un même Dieu qui est Père, Fils, Esprit. Parce que nous ne sommes pas encore frères et soeurs entre nous, nous avons oublié notre origine et notre destination. Nous sommes orphelins : qu’avons-nous fait du Père ? Nous sommes solitaires : qu’avons-nous fait de nos frères ? Avons-nous tué le Père pour pouvoir tuer le frère ? Avons-nous tué le frère pour pouvoir tuer le Père ? Monde divisé, monde parricide, monde fratricide. Ce monde est le nôtre. Dieu l’a tellement aimé et continue de l’aimer jusqu’à lui donner son propre Fils.

Devant la douleur de Jésus face à un monde non fraternel parce que divisé et divisé parce que non fraternel, Dieu donne aujourd’hui de son Esprit au religieux frère pour que le nom charismatique de « frère » devienne le sacrement du désir divin « Que tous soient un comme Dieu est un » et qu’apparaisse au grand jour que c’est vrai que « nous sommes tous frères ». Le religieux frère devient ainsi, aujourd’hui, dans un monde divisé et non fraternel, la mémoire et le missionnaire de Dieu pour que, dans le monde, dans l’Église et la Vie Consacrée, nous exaucions la prière de Jésus pour l’unité et la fraternité.

 

B.- Le religieux frère, en Haïti,

mémoire de la parole de Jésus :

« Nous sommes tous frères »

et de la prière de Jésus :

« Qu’ils soient tous un »

DANS UN PAYS DIVISÉ.

À partir d’Haïti, le religieux frère entend l’appel de Jésus et reçoit l’onction de l’Esprit pour être celui qui est élu, habilité à dire, aujourd’hui, au peuple haïtien, la parole de Jésus : « Nous sommes tous frères » et la prière de Jésus « Que tous soient un comme Dieu lui-même est un. » Parole et prière prononcées, annoncées, vécues dans un pays divisé et non fraternel, comme nous l’avons vu dans la première partie de notre recherche. Notre mentalité haïtienne est une mentalité de division qui empêche la fraternité entre nous. Mais derrière cette mentalité, et plus profond que notre esprit de division, il y a une faim et une soif profondes d’unité et de fraternité.

En nous, une force de mort qui menace l’existence même de la nation ; cette force de mort haïtienne, c’est notre mentalité de division.

En nous, plus profonde que la force de mort, une force de vie, un vouloir-vivre, qui est l’espérance et la beauté de notre peuple ; cette extraordinaire force de vie haïtienne, c’est notre faim et notre soif d’unité et de fraternité.

Un véritable combat dans toute notre histoire entre ces deux forces. Chaque fois que la force de vie a été plus forte, l’Haïtien(ne) est apparu dans toute sa grandeur. Quand, au contraire, la force de mort a remporté la victoire, toutes les griffes du mal nous ont fait trembler et nous ont défiguré comme peuple.

C’est dans cet aujourd’hui de notre histoire que l’Esprit veut identifier le religieux frère. Au nom de Dieu, prophétiquement et charismatiquement, il sera celui chargé, en priorité, de par sa vocation de frère, de nous faire écouter et réaliser pour Haïti, en Haïti, à partir d’Haïti, la parole de Jésus : «Vous êtes tous frères». Une question de vie ou de mort pour notre pays : nous devons choisir la fraternité et vivre, ou choisir la non-fraternité et mourir. «Ainsi parle Yahvé», fera retentir le religieux frère. Un autre nom de la fraternité, c’est l’unité. La fraternité récolte l’unité. La division produit la haine. Le religieux frère réveillera la conscience nationale à la prière de Jésus à son Père, une prière qu’il adresse, aujourd’hui pour notre peuple, qui est son peuple : «Père, que tous les Haïtiens et Haïtiennes soient un comme toi et moi ». Une question de vie ou de mort pour Haïti : ou bien nous choisissons de faire l’unité et nous vivrons ; ou bien nous choisissons de continuer la division et nous périrons. « Ainsi parle Yahvé », fera résonner le religieux frère.

 

C’est le religieux frère qui est, en communion avec tous les autres états de vie, sous la direction de la hiérarchie de l’Église, et guidé par l’Esprit, c’est lui le frère qui est appelé à faire carillonner la cloche de la Nouvelle Évangélisation.

En Haïti, la Nouvelle Évangélisation, c’est l’Évangélisation de notre mentalité de division.

L’appel à la conversion doit passer chez nous par la conversion de notre mentalité. Nous ne serons chrétiens, chrétiennes qu’à ce prix. Une conversion qui nous met en relation avec Jésus, qui nous dit qu’être son disciple, c’est être des frères entre nous, pour devenir des fils du Père. Être son disciple, c’est faire l’unité entre nous pour témoigner chez nous l’unité entre le Père, le Fils et l’Esprit.

Le religieux frère est envoyé par toute la Trinité comme pédagogue et prophète pour annoncer la fraternité et l’unité

Telle est la mission du religieux frère, en Haïti, aujourd’hui, mission qui lui donne son identité.

Telle est en Haïti, aujourd’hui, l’identité du religieux frère, identité qui lui donne sa mission, celle d’être mémoire de Jésus dans une parole et une prière faite pour une Haïti divisée : peuple haïtien, soyez des frères et des soeurs entre vous, soyez unis.

Dans la Formation initiale et permanente, et dès le départ, à tous les jeunes qui entendent l’appel à la Vie Consacrée, on leur révélera ce qu’est l’identité du religieux frère : c’est quelqu’un qui est consacré par l’Esprit du Seigneur pour évangéliser la mentalité haïtienne à partir d’une parole de Jésus : « Vous êtes tous frères », et à partir d’une de ses prières : « Père, qu’ils deviennent un ». C’est une mission qui nous convoque tous et toutes à rejoindre Dieu dans les forces de vie de notre culture et à éliminer les germes de division de notre culture afin qu’en frères et soeurs nous construisions avec Dieu un nouveau modèle d’Haïti, plus fraternel et plus uni.

Ce nouvel envoi en mission par l’Esprit du Seigneur pour une Nouvelle Évangélisation, celle de la mentalité haïtienne, demande du religieux frère :

  une plus grande ardeur, i.e. un nouveau modèle de spiritualité, de théologie, de christologie et d’ecclésiologie ;

  une nouvelle méthode, la méthode du religieux comme frère ;

— un nouveau langage, le langage d’un frère chargé d’annoncer à son peuple l’unité dans la différence, l’unité et la fraternité.

 

Père Godefroy Midy, s.j.

Centre Pedro-Arrupe,

Port-au-Prince, Haïti

 



1 Pour le Canada : MÉDIASPAUL, 3965 boulevard Henri-Bourassa. Montréal Qc  H1H-1L1, 1994.

2 Documentation Catholique , 7 juillet 2002, no 13, pp 610-635.