La Sagesse inaccessible de Job 28

 

par Kénel SÉNATUS s.j.

Centre Sèvres, Paris

 

 

1. Introduction

 

            Le texte qui fait l’objet de notre étude est un très beau poème sur la sagesse. Il fait suite aux Dialogues successifs de Job avec ses trois amis : Eliphaz, Bilad et Çophar (Jb 4 – 27). Ce poème est suivi par le long monologue du juste (ch. 29 – 31). Alors, que peut-on dire du chapitre 28 ?  Il est sans doute pertinent de rappeler que pour certains exégètes, il s’agit d’un complément qui a été tardivement apporté au texte primitif, mais pour d’autres, le texte est absolument authentique et représente une réflexion propre à l’auteur lui-même. De toute évidence, l’auteur donne l’impression d’avoir écrit ce texte – à un moment où des hommes (des rois et leurs acolytes), emportés par l’orgueil, se croyaient être les grands de ce monde  – pour affirmer que seul Dieu est grand, qu’en lui seul se trouve toute la Sagesse et l’Intelligence. Cette Sagesse, entendue dans un contexte de l’agencement du monde, est par voie de conséquence, introuvable ou inaccessible à l’homme, encore moins à l’homme orgueilleux. Il me semble qu’au milieu du désarroi de tous les peuples qui font face à des gouvernants qui n’entendent pas diriger sous la bannière de la Sagesse divine, et qui ne canalisent pas leurs énergies au service des hommes, Job 28 accuse encore de nos jours une actualité à tout jamais porteuse d’espérance.

 

 

2. Délimitation du texte :

 

            En général, tout texte travaillé ou élaboré par un auteur vise quelque chose. La manière de commencer de l’auteur et de conclure peut nous dire beaucoup sur le style de celui qui l’a écrit ou sur le message qu’il voulait faire passer ou encore sur le contexte dans lequel le texte a été produit.

 

            Le chapitre suivant (ch.29,1) donne l’impression de débuter avec un thème tout à fait différent de celui du poème que nous essayons de cerner ici : "Et Job continua à prononcer son mashal et il dit". Donc, ceci nous permet de voir qu’au chapitre 29 nous avons affaire à une intervention différente de celle du chapitre 28. Le problème reste qu’on ne précise pas qui parle au chapitre 28. Si on le remarque bien, on verra que le chapitre 27 commence de la même manière que le chapitre 29 : "Et Job continua à prononcer son mashal et il dit". Il est plausible de penser qu’au chapitre 27 le relais est repris  à partir du verset 14 par l’un des amis de Job, et probablement Çophar. Ce qui nous porte à considérer que le chapitre 28 est une unité tout à fait nouvelle.

 

 

3. Identification interne du texte :

 

A. Structure littéraire :           En premier lieu, sans trop d’efforts on peut remarquer la présence d’une question qui apparaît comme un refrain aux versets 12 et 20 :

 

"Et la Sagesse où se trouve-t-elle ? (v.12) 

Et où est le lieu de l’intelligence ?"

 

Une légère variante est à noter au verset 20:

"Et la Sagesse, d’où vient-elle ?

Et où est-ce le lieu de l’intelligence ?"

 

            A cause de la présence de ce refrain, on peut affirmer que le texte se divise en trois parties : v. 1-11 ; v. 12-19 ; v. 20-27 ; sauf le verset 28 qui n’apparaît pas du même jet que le reste. Tout de même, il est à remarquer que ce découpage n’est pas l’unique possible, cependant, il offre certains avantages qui sont convaincants pour les raisons suivantes :

 

            1°. C’est presque le même thème qui est traité de bout en bout, à savoir : les prouesses de l’homme sous terre. Elles sont surtout soulignées par l’opposition et la polarisation entre "ténèbres" (hôsek) et "lumière" ; v.3a : on met un terme à la ténèbre et en v.11b : on l’a fait sortir à la lumière.

 

            2°.  Avec le mot môsah (: source) (sortie), et le verbe yôsy (on fait sortir), l’hébreu nous fournit une excellente inclusion au v.1a et au v.11b.

 

            3°. L’idée de bouleverser ou transformer (verbe hapak) apparaît en 5b : "La terre est transformée au dessous comme un feu" ; puis elle réapparaît en 9b : "on a transformé les montagnes".

 

            4°. En 9b, le même verbe réintroduit le thème minéral qui avait été abandonné après le v.6. On a l’impression que le thème animal, par sa présence aux vv. 7 et 8 (le rapace, le vautour, le fauve, le léopard) interrompt un instant le thème minéral qui, sans cela, se retrouverait sans interruption en 5, 6, 9, 10. Cela ne signifie pas que les v. 7 et 8 soient un ajout postérieur. Le poète a fort bien pu vouloir ce contraste : minéral – animal – minéral. D’autant plus que cela lui permettait d’introduire une autre opposition entre "l’œil du vautour" (v. 7b : l’œil du vautour n’a pas vu), et "l’œil de l’homme" qui voit (v. 10b).

 

            5°. Si l’on acceptait le découpage en quatre strophes de Fohrer, il serait très difficile de montrer l’homogénéité de l’ensemble 7-11.

D’autres versets comme 3-4 ou 9-11 ou 19 ou 23, font aussi l’objet de nombreux litiges, à savoir qu’ils seraient des ajouts éventuels. Mais dans ce travail, nous n’entrerons pas dans ces discussions, car elles ne nous mèneraient pas loin dans le texte. Cependant, concernant le v. 28 que certains exégètes prennent pour adventice, nous pensons qu’il joue un rôle très spécial, car il montre ce que l’homme peut atteindre. A présent, examinons les thèmes qui y sont traités.

 

B) Thématiques 

 

            L’enjeu du chapitre 28 du livre de Job tourne autour d’une série de concepts clés que l’on peut estimer à quatre : lieu, chemin, prix, ténèbres. Placés dans leur contexte, ces thématiques constituent une incontestable clé de lecture et de compréhension du texte.

 

            a. Lieu. La première section (vv.1-11) insiste d’une manière remarquable sur le maqôm, c’est-à-dire, le lieu de l’or et du saphir. Il s’agit du lieu où se cachent les matières les plus rares et les plus précieuses pour l’homme (v.10b). Ce maqôm n’est accessible à l’homme qu’au prix de prouesses techniques qui tournent à sa propre gloire.

Dans la seconde partie (vv. 12-19), le même thème est repris, mais cette fois, négativement. D’abord dans la question du v.20 : "où est le maqôm de l’intelligence ?" Littéralement : où la sagesse peut-elle être trouvée ? Reprise du thème également au v.13b : on ne la trouve pas sur la terre des vivants. Cette affirmation est complétée au v.14 par 2 confidences, 2 réponses, celle de l’abîme, qui dit : elle n’est pas en moi ; celle de la mer, qui dit : elle n’est pas chez moi. Puis dans les 4 versets suivants, "elle n’est pas"…

Dans la troisième section (vv.20-28), le refrain du v.20 reprend le thème, mais avec cette fois-ci une autre variante : Et la sagesse, d’où vient-elle ? Où est le lieu de l’intelligence ?

            En 12a, il est dit : «Où est-elle trouvable ?» C’est donc l’action de l’homme, la recherche par l’homme qui est mise en échec. En 20b, «D’où vient-elle ?», c’est elle qui viendra ! Remarquez bien qu’ici il ne s’agit plus d’une recherche par l’homme. Simplement de quel lieu vient-elle ? Le sujet, c’est elle : la sagesse. Et au v.23a : «Elohim a connu son lieu».

 

            b. Chemin. Un autre thème très associé au précédent (lieu) est celui du chemin. Il apparaît aux versets suivants :

v.7 : l’aigle n’a pas connu le sentier et l’œil du vautour ne l’a pas aperçu

v.13a, l’homme ne connaît pas le chemin

v.23a, Elohim a connu son chemin.

            Ici, ces versets soulignent que le chemin qui mène à la sagesse est l’intellection, l’acte de discerner. Personne ne peut emprunter ce chemin sans avoir discerné. Le chemin de la Sagesse est une métaphore dans la symbolique des sages. Ici, il s’agit non pas de la route qu’offre la sagesse, mais du chemin qui mène jusqu’à elle. C’est donc une sagesse qu’il faut rejoindre. Lorsqu’il est question d’une sagesse en tant qu’art de vivre, comme c’est le cas dans les Proverbes en général, on sait bien que la Sagesse est une quête difficile. Mais dans notre contexte ici, il s’agit d’Elohim, de Dieu, ou d’une autre Sagesse.

 

            c. Prix. Avec le maqôm, un second thème se trouve en interférence, c’est celui du prix, de la valeur (’erek).

            Au v.1, déjà on commence à parler d’argent et d’or. Au v.13a, l’homme ne connaît pas le prix de la sagesse. Le ’erek vient de la racine ’arak qui signifie "mettre en ordre" ; des sens dérivés peuvent en découler : estimer la valeur des choses, ce prix des choses cachées dans la terre, le prix de la sagesse échappe à l’homme, il ne peut pas se représenter la valeur de la chose. L’homme n’en connaît pas le ’erek, il ne sait pas le ’erek de la sagesse (il est à remarquer qu’ici on est proche de l’idée du chemin).

Les vv.15-19 : aucune richesse humaine, aucune richesse tirée du monde ne peut valoir la sagesse, l’égaler, entrer en ligne de compte avec elle, se placer sur le rang avec elle. Au v.15a, l’homme ne peut en fournir l’équivalent : on ne peut donner l’or massif en échange, ni peser l’argent pour son prix. Donc, pas d’équivalent, ni en argent, ni en or. La sagesse dans ce cas n’est pas monnayable. L’homme ne peut l’échanger contre un vase d’or (v.17b), on ne peut la payer avec l’or d’Ophir ni avec l’onyx précieux (v.16a). Point ne l’égalent ni l’or ni le verre (v.17a) ; point ne l’égale la topaze de Kush (v.19).

            On ne retrouve pas ce thème dans la troisième partie.

            C’est clair, le message que l’auteur du poème veut que nous captions, c’est que la sagesse est totalement inaccessible par des moyens humains : on ne peut la trouver, ni l’acquérir. Elle est d’un tout autre ordre. Elle est inaccessible au point que rien de terrestre ne permet de l’étalonner.

 

            d. Ténèbres. Autre thème intéressant, mais un peu délicat, qui est abordé dans le poème est celui des ténèbres et de la mort. Nous pouvons en retrouver la trace en deux versets qui en parlent.

            Le v.3 : Un terme, on a posé à la ténèbre (v.3a), on a fouillé pierre obscure et ombre de mort (v.3b). Fouiller et scruter sont désignés par le même verbe en hébreu.  Et, l’homme "scrute" (c’est le même verbe qui est employé en 27b où c’est Elohim qui scrute la sagesse).

            Au v.22 : L’abaddôn (lieu de perdition) et la mort ont dit : «Dans nos oreilles, nous avons écouté son écoute». L’abaddôn et la mort, qui connaissent le dessous des choses, connaissent la sagesse par ouï-dire : il y a donc trace de la sagesse qui se donne à entendre dans une écoute "infinie..."

 

 

C. Classement des unités

 

a)      Unités majeures

b)      Peuvent être considérées comme des unités majeures les parties suivantes :

— Le questionnement qui traverse tout le texte avec les deux refrains du v.12 et v.20.

— Le génie de l’homme, explorant le monde souterrain (v.1-11) : il se fraie un chemin jusqu’aux limites extrêmes, sur des sentiers inconnus, en quittant les repères habituels ; puis il voit les richesses de ce monde, et ramène à la lumière ce qui était caché.

— La sagesse inaccessible à l’homme, elle est ni trouvable, ni monnayable, ni visible (v.13-21).

— L’activité d’Elohim : Cette sagesse inaccessible à l’homme, Lui, Il en a compris le chemin ; Il en a connu le lieu, Il l’a vue, décrite, établie, scrutée, comme le secret d’intelligence et d’amour immanent à son œuvre (v.23-27).

— Le v.28, constitue une unité majeure à lui tout seul. Elle semble constituer pour l’auteur le sommet de son poème. On passe brusquement de la Sagesse divine à la sagesse de l’homme, une sagesse plus humble qui est à notre portée : "la crainte d’Adonaï", c’est-à-dire une attitude révérencielle qui implique obéissance et amour (le mot "Adonaî" ne se retrouve pas ailleurs dans le livre de Job). Cette ouverture vers une saggesse inaccessible a fait l’objet d’une révélation de Dieu : Et  il a dit à l’adam, v.28a (le "vayomer" renvoie à celui de la genèse : "et Dieu dit").  C’est  Dieu qui dit le chemin, à l’homme de l’entendre et d’y répondre par une obéissance heureuse. Ce sera tout le cheminement de Job dans les derniers chapitres du livre.

 

b) Unités mineures

 

            On ne peut s’empêcher de souligner,  dans les versets 23 à 27 qui décrivent l’activité de Dieu, que, les quatre (4) verbes du v.27 qui ont Elohim pour sujet, sont tous "accomplis" en hébreu, de même que les verbes du verset 23. Entre les deux, les vv.24-26 impliquent une certaine durée nécessaire pour la mise en œuvre de la création, le verbe voir, ici est inaccompli et, le premier mot du verset est ki, que l’on traduit par "quand", plutôt que par "car", pour cette raison. C’est au moment où le regard d’Elohim atteignait les confins de la terre, au moment où il voyait sous tous les cieux, partout à la fois, qu’Il discerne le chemin de la sagesse, en connaît le lieu, la voit, l’établit. On peut déduire que la sagesse est liée à cette ubiquité du regard et de la puissance de Dieu, comme une manière d’exprimer que cette sagesse est discernable dans les œuvres de Dieu "ad extra", à partir d’elles et de leur totalité.

Les versets 21-23 condensent tout le thème de ce poème, il en est un résumé : La sagesse est cachée aux yeux de tous, mais elle s’entend par ouï-dire au-delà de la mort, et Elohim en connaît le secret.

 

 

            4.  Interprétation du texte

 

            Les démarches précédentes nous ont permis d’avoir une description appropriée du texte de Job, chapitre 28 ; ce qui nous donne l’occasion de traduire le mouvement que l’on perçoit dans le texte, et qui, en même temps, nous autorise à risquer une interprétation.

 

            Tout d’abord, il est à remarquer que l’ensemble du chapitre 28 tente de mettre en opposition une Sagesse introuvable – depuis le v.1 jusqu’au v.27 – et une Sagesse accessible : v.28. Les 27 premiers versets développent l’inaccessibilité de la Sagesse quelque soit l’endroit où l’on se trouve sur la terre des vivants ou dans l’univers tout entier. Cette Sagesse introuvable, c’est celle de Dieu lui-même : la Sagesse du Créateur. "Ne serait-ce que cette Sagesse se confond avec la nature même de Dieu, avec sa perfection, dont le livre de Job dit ailleurs qu’elle déborde aussi toutes les immensités de la création", nous dit Bonnard (1966, p.48). Cette Sagesse n’est pas inexistante ; elle existe, sauf que l’homme ne peut ni la rejoindre ni se l’approprier, car elle est le propre de Dieu. C’est bien ce mouvement que Bonnard (1966, p.45) tente d’expliquer en soulignant que, "livrés à ses propres forces, l’homme ne saurait atteindre la Sagesse, bien qu’il puisse se glorifier d’avoir inventorié le monde et multiplié les découvertes."  Les progrès humains au niveau de la technique et la technologie sont considérables ; l’homme est celui qui sait creuser des galeries qui effraient par leur profondeur, à la recherche du métal précieux. Il est celui qui sait percer les secrets même les plus redoutables. Cependant, quoiqu’il en fasse, le secret de la Sagesse échappe à ses investigations.

 

            En considérant la portée exégétique des versets 21 et 22, nous nous demandons : si le monde des vivants ne peut voir la Sagesse divine, peut-être le monde des morts l’a-t-il perçue ? La Perdition, qui n’est autre que le Shéol (Pr15,11 / Job26,6), prend la parole pour dire seulement qu’elle a entendu parler de la Sagesse. Ainsi même l’outre-tombe – où le Christ n’a pas encore pénétré – ne connaît la Sagesse que par ouï-dire. C’est surtout en ce sens qu’il faut comprendre l’intervention de Steinmann (1995, p.231) qui avance : "Mais tandis que l’Océan personnifié avouait ne pas détenir la Sagesse et que la terre des vivants ne la connaissait pas, le Shéol en a entendu parler. Il pourrait y avoir là une brève allusion à la nécromancie, à la croyance que les morts en savent plus long que les vivants. Mais Dieu seul connaît vraiment la Sagesse." Ainsi, pour dire avec Dubarle (1946, p.83), la Sagesse serait un attribut divin.

 

            La Sagesse est finalement regardée comme le plan de la nature, la loi du monde dont Dieu scrute et épuise l’essence par sa création. Lui seul la pénètre et la possède à fond. Si Dieu seul connaît la Sagesse, c’est que Lui seul peut mesurer du regard l’octave immense de la création, sur laquelle la Sagesse fait ses gammes. Il voit tout en sa Sagesse, il fait tout selon sa Sagesse. C’est pourquoi celle-ci transcende l’homme dont l’horizon est borné et l’action étroitement limitée. L’homme doit-il pour autant désespérer, se demande Bonnard (1966, p.49). La réponse est qu’il ne faut pas désespérer ; l’homme doit tout simplement épouser la volonté de Dieu, qu’il suivra sans pleinement la comprendre, qu’il aimera sans prétendre la dominer, mais par qui il se verra guidé sans défaillance loin des sentiers du mal et dans la voie du bien.

 

            L’auteur du poème crée un lien indissociable entre la Sagesse et le jeu des éléments de l’univers. Par cette relation, il entend que si l’homme veut posséder la Sagesse, il va falloir qu’il pénètre tous les secrets de l’univers ; ce qui lui est impossible. Dieu est venu au secours de la faiblesse humaine sans dissiper pleinement toutes les obscurités qui enveloppent la création. Cependant, il a énoncé une règle de conduite qui peut suppléer pratiquement à la connaissance inaccessible : la crainte de Dieu, la fuite du mal, voilà la Sagesse ! Le v.28, loin d’être adventice ou secondaire, est une porte d’ouverture pour l’homme ; celui-ci peut espérer et lutter dans la conversion et l’obéissance à Dieu. Ce verset se distingue par sa dimension éthique ; avec lui, un principe de comportement moral est donné à l’homme comme une sorte de sagesse pratique accessible à sa mesure : la crainte de Dieu et la fuite du mal.

 

            Si la Sagesse est de l’ordre du caché pour l’animal et le minéral, elle ne sera accessible que grâce à une opération de révélation par Dieu Lui-même. Jusqu’ici, elle ne se dévoile que dans deux situations limites : la création et la mort (le shéol) ; ou encore, au commencement, qui est la création, et à la fin, qui est la mort. Ce qui fait penser à la mort du Christ sur la croix, un vrai lieu de révélation de la sagesse. Nous pensons aussi aux grands philosophes grecs et païens qui étaient en quête de sagesse, mais quand la croix leur fut présentée, ils étaient scandalisés.

 

            Nous appuyant sur tous les points sus-mentionnés, nous croyons que, quelle que soit la datation du chapitre 28, il est central dans le livre de Job. A ne pas oublier que l’augmentation des biens et des richesses qui, dans les pays privilégiés, rendent l’installation terrestre plus confortable, ne s’accompagne pas forcément d’un progrès au niveau de la Sagesse. A quoi sert la technique si elle engendre la démesure et le désordre ? D’ailleurs, plus on est arrogant dans nos investigations techniques et technologiques, comme c’est le cas actuellement, plus s’affiche notre impuissance à trouver la Sagesse. Cette dernière est, à l’instar de l’Esprit-Saint, un don de Dieu absolument gratuit. L’homme ne peut que l’accueillir avec une âme de pauvre, à la mesure de ses capacités : c’est dire qu’il ne sera jamais le maître de la Sagesse ; il en demeure l’humble disciple. Ainsi, le poème sur la Sagesse a formulé impersonnellement ce que Dubarle (1946, p.84) appelle la leçon qui ressort de tout le drame, la nécessité d’une humble soumission à la volonté souveraine et impénétrable du Tout-Puissant. Enfin, il convient de retenir l’heureuse formule de Beauchamp (1976, p.133), à savoir que pour l’auteur du livre de Job, "la plus belle trajectoire de la Sagesse est un "pas-encore", une promesse que le juste mourant tient entre ses dents ".

 

 

 Kénel Sénatus s.j.

Centre sèves, Paris

BIBLIOGRAPHIE

 

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– BONNARD, P. E., La Sagesse en personne, Lectio Divina n°44, Les éditions du CERF, Paris, 1966 (pp.45-51)

– TRUBLET, J., La Sagesse Biblique, de l’Ancien au Nouveau Testament, Lectio Divina n°160, Les éditions du CERF, 1995 (pp.99-128).

– STEINMANN, J., Le livre de Job, Lectio Divina n°16, Les éditions du CERF, Paris, 1955 (pp.225-231)

– DUBARLE, A.M., Les sages d’Israël, Lectio Divina n°1, Les éditions du CERF, Paris, 1946 (pp.225-231).

– LEVEQUE, Jean, Job et son Dieu, Essai d’exégèse et de théologie biblique, Tome I-II, Paris, Librairie Lecoffre, 1970.

– BEAUCHAMP, Paul, L’un et l’autre Testament, Essai de lecture, Edition du Seuil, Paris, 1976.

– LEVEQUE, Jean, « L’argument de la création dans le livre de Job », La Création dans l’Orient Ancien, Lectio Divina n°127, Les éditions du CERF, Paris, 1987 (pp.261-299)

– Bible de Jérusalem ; TOB