La croix du Christ,

principe de révélation du dessein

de Dieu pour l’humanité

 

par Kénel SÉNATUS s.j.

Centre Sèvres, Paris

 

 

INTRODUCTION

 


            S’adressant aux chrétiens de Corinthe qui se disputaient entre eux pour avoir des fonctions de  responsabilités prestigieuses dans la communauté chrétienne, Paul leur dit: "le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’évangile de la croix, scandale pour les Juifs et folie pour les païens" (1Co 1,23). L’intention de Paul était de faire prendre conscience aux chrétiens de Corinthe que leur foi en Christ crucifié est incompatible à la lutte pour le pouvoir. Il est à remarquer que l’apôtre n’a pas commencé à parler de la gloire de la résurrection du Christ. Mais au contraire, il a choisi de mettre l’accent sur le mépris, le déshonneur, la répulsion, l’abomination, autant de connotations tout à fait péjoratives que suggérait la croix dans les cultures juive et gréco-romaine à l’époque. Par là, la croix prend une valeur toute particulière tant dans la prédication paulinienne que dans toute la tradition de la doctrine chrétienne. En elle se trouve la clef du salut de l’humanité. Mais, en effet, ne s’agit-il pas là d’un caractère paradoxal que revêt le fait même de la croix? Logiquement, tout ce qui est déshonneur et infamie est à éviter. Comment se fait-il que la croix se présente comme quelque chose qu’il faut embrasser? Quel est le sens du phénomène de la croix?

 

            Ce petit travail se propose d’aborder le paradoxe de la croix en le développant en deux temps. Au premier abord, il est question de faire le point sur le langage de la croix dans la culture juive et païenne. On y aura soin d’essayer d’expliquer pourquoi le Christ ne pouvait pas être reconnu en tant que Messie par les Juifs et les païens. Le deuxième temps sera consacré à développer la notion de croix comme une révélation. Un Dieu qui se donne à connaître d’une toute autre façon que les puissants du monde: dans l’obéissance, dans l’abaissement ou l’humiliation.

 

 

I.  SIGNIFICATION PAÏENNE ET JUIVE DE LA CROIX

 

1.1 –  La croix du Christ :

folie pour les païens

 

            Dans le monde païen au temps de Jésus, la crucifixion, loin d’être une manière quelconque de mourir parmi d’autres, constitue une pratique bien connue qui remonte à une époque antique lointaine et qui a toujours eu une connotation fortement péjorative. Si l’on en croit les recherches de Hengel (1981, pp.36-113), on peut affirmer qu’elle est d’origine perse. De plus, de nombreux textes d’Hérodote (cités par Hengel, p.36) en disent autant à propos de sa genèse. Il en est de même pour les témoignages ultérieurs de Ctésias. Cependant, la période antique attribue l’usage de cette forme d’exécution aux peuples barbares en général, mais spécialement aux Indiens, aux Assyriens, aux Scythes et aux Tauriens.

 

            La crucifixion, quant à sa forme, variait considérablement, mais demeurait un châtiment au cours duquel la victime était à la disposition des bourreaux capricieux qui se défoulaient sur leur proie de manière effrénée sous la dictée de leurs caprices et sadisme. On ne peut pas faire l’économie du report de Platon qui atteste que la crucifixion d’un condamné était précédée de différentes sortes de tortures. Il avait certainement en tête la figure de Socrate quand il parlait du "juste souffrant" dans La République (361e-362 a). Les formes de tortures précédant la crucifixion étaient courantes chez les Carthaginois ainsi que chez les Romains où le condamné était l’objet au moins de la flagellation avant d’être crucifié. On rapporte aussi que, à partir de Constantin, la pendaison à la potence, considérée comme une peine beaucoup plus humaine, se substitua progressivement à la crucifixion.

 

            Pour les Romains, la mort sur la croix était entendue comme le supplice suprême. Cette signification se vérifie dans le discours de Cicéron contre Verrès à travers lequel il la décrivait comme le "dernier des supplices". Selon les Sententiae, une compilation réalisée vers 300 après J.-C., à partir des œuvres du juriste Julius Paulus (cité par Hengel, 1981, p.50), la croix est classée en tête de lice parmi les trois supplices suprêmes, suivie de la crematio (bûcher) et la decollatio (décapitation). Cette même compilation présente les cas qui devaient être punis par la crucifixion : la désertion face à l’ennemi, la trahison d’un secret d’Etat, l’incitation à la révolte, le meurtre, les prédictions sur la prospérité des gouvernants, l’impiété nocturne, la magie, la falsification grave d’un testament, etc.. Cependant, à cause de sa cruauté, cette exécution était appliquée presque uniquement aux gens de basses classes, à la plèbe. C’est dans ce contexte qu’il faut situer le fameux plaidoyer de Cicéron lors duquel il s’en prenait à Verrès pour avoir fait crucifier un citoyen romain soupçonné de conspiration en faveur des esclaves lors de la fameuse révolte de Spartacus (71 av. J.-C.). D’autres textes en témoignent autant ou même davantage.

 

            Ainsi, cette pratique était très connue dans tout l’Empire romain comme une peine infâme, une humiliante opprobre qu’on infligeait aux esclaves, aux gens de rang social très bas, bref à la plèbe. Qu’en était-il exactement pour la Palestine ? Et quelle a été la perception des Juifs sur la crucifixion ?

 

 

1.2  --  La croix du Crucifié :

scandale pour les Juifs

 

            En général, la crucifixion n’était pas inconnue chez les Juifs. L’histoire rappelle que Flavius Joseph, auteur juif, avait relevé de nombreux cas de crucifixion  ayant lieu entre le IIè siècle av. J.-C., sous le règne d’Antiochus Epiphane (175-164) jusqu’en l’an 70 après la destruction de Jérusalem. Il est à noter que ces cas de crucifixion ont été ordonnés soit par des chefs étrangers représentant le pouvoir romain, soit par des chefs juifs. C’est grâce aux recherches de Flavius  que nous parvenons à savoir que l’un des cas les plus meurtriers de crucifixion avait été ordonné par Alexandre Jannée, un chef juif hasmonéen qui, vers l’an 88 (av. J-C) avait fait crucifier environ 800 Juifs après avoir fait égorger leurs femmes et leurs enfants sous leurs  yeux, parce qu’ils s’étaient opposés à sa politique. Les exemples de cas semblables ou même plus atroces pourraient être multipliés; pour s’en convaincre, il suffit de consulter les références citées par Gourgues (1989, pp.79-80).

 

            En général, l’idée qui circulait au sein de la communauté juive concernant la crucifixion était aussi tout à fait négative. En effet, ce sont les rebelles qui peuvent en être victimes, les bandits comme on les dénommait dédaigneusement, des terroristes, agitateurs, fauteurs de troubles, des gens qui semaient la panique, le désordre, voire l’insurrection visant à mettre en péril la paix publique. Ces gens-là recevaient la peine de crucifixion ou pendaison. Face à ces peines, le jugement des Juifs sur la crucifixion ne pouvait être que très péjoratif. Ainsi, tout comme pour les païens, la crucifixion leur était répugnante, infâme, atroce, cruelle, un supplice d’esclave, etc. Qui plus est, en se penchant sur l’Ecriture, ils la considéraient comme un châtiment divin. En effet, "un pendu est une malédiction de Dieu" (Dt 21,23). Même si ce n’est pas le sens exact de ce passage de l’Ancien Testament, cependant c’est de cette manière qu’il était interprété et transmis oralement à l’époque. Donc, un pendu ou un crucifié devient automatiquement pour les Juifs quelqu’un qui est maudit par Dieu.

 

 

1.3  --  Le Pourquoi

du scandale et de la folie

 

            Eu égard à ces connotations péjoratives de la crucifixion quelle que soit la culture dans laquelle on se trouvait à l’époque, l’on peut comprendre pourquoi la croix du Christ représentait un scandale pour les Juifs et une folie pour les païens.

 

            Folie, parce que le Fils de Dieu n’aurait jamais dû connaître une infamie publique. Un miracle suffirait pour qu’il renversât cette scandaleuse situation dont il était l’objet. Il ne faut pas oublier que les païens qui adoraient les dieux de la mythologie gréco-romaine et qui idolâtraient, le faisaient par crainte de vengeance des dieux qui pouvaient, à leur avis, faire déchaîner la nature pour leur malheur. Donc, si le crucifié était le Fils de Dieu, ce dernier aurait déjà pris sa revanche, comme l’auraient fait les dieux païens. En ce sens, dire que le Crucifié est le Fils de Dieu, ce n’est que de la folie, selon les païens. Seuls ceux qui sont frappés de folie pouvaient penser de la sorte. Ainsi, l’idée en soi était perçue comme une absurdité à leurs yeux. Voilà pourquoi, les premiers chrétiens qui prêchaient le Christ crucifié étaient considérés comme une secte constituée par des déments et des gens qui ne raisonnaient pas; et qui, comme tels, n’étaient pas à prendre au sérieux.

 

            De même, pour les Juifs qui attendaient le Messie, c’est un scandale de dire que le Crucifié est le Fils de Dieu. D’une manière générale, le Roi de gloire, c’est quelqu’un qui viendrait de manière plénipotentiaire en vue de renverser la situation d’Israël et mettre fin au règne impérial d’occupation. En quelque sorte, le royaume de Celui qui vient au nom du Seigneur serait tout à fait politique, ce qui occasionnerait inéluctablement un échange de forces entre deux troupes rivales dont la plus forte écraserait la plus faible. Dans leur imaginaire, il ne pouvait être autrement qu’un rapport de forces. Ainsi, ce Jésus crucifié ne représentait à leurs yeux qu’un bandit parmi d’autres, un fauteur de troubles, quelqu’un qui se faisait passer pour ce qu’il n’est pas en réalité. Au lieu d’être le Fils de Dieu, le Crucifié est pour eux quelqu’un que Dieu a maudit, selon l’Ecriture (Dt 21,23). Or, «ce qui est maudit et définitivement rejeté loin de Dieu, commente Balthasar (1972, p.48), tombe là où il doit tomber ». La croix, par conséquent, est le châtiment que Jésus méritait d’après les Juifs. D’ailleurs ce sont eux qui l’accusaient de blasphémer en se présentant Messie. Donc, leur culture ne leur permettait pas de comprendre la logique de la croix annoncée par saint Paul.

 

 

II.  LA CROIX : UNE RELATION

 

2.1  – Symbole d’obéissance et d’abaissement

 

            Le texte de Paul explique bien la logique de la croix en termes d’obéissance et de kénose: "il s’abaissa, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix" (Ph 2,8). Ce qui est interpellant ici, c’est que cet abaissement est total et radical; le Christ s’est abaissé jusqu’à l’extrême. Gourgues (1989, p.96) a essayé de décrire trois étapes successives de cet abaissement. La première consiste dans le fait que le Christ s’est vidé lui-même en passant de la forme de Dieu à la similitude des hommes. Ensuite, la seconde phase met en relief son attitude d’obéissance extrême jusqu’à la mort. Puis, une troisième étape où l’abaissement est à son degré suprême, c’est la croix. L’attitude de Jésus ne pouvait être plus radicale; d’ailleurs, l’expression "passer de la forme de Dieu à la forme d’esclave" en est un témoignage authentique. Elle peut être transposée de la manière suivante : "passer de l’égalité à Dieu à l’égalité au dernier des hommes". Un esclave, en général, suppose un être humain qui n’a pas d’existence propre; son existence est caractérisée par son obéissance envers son maître. En ce sens, la croix du Christ est le couronnement d’une double relation : celle d’obéissance et de fidélité à Dieu, mais encore elle implique la relation de solidarité aux humains. Dans cette perspective, la crucifixion en elle-même n’a pas plus de sens pour Dieu que pour les hommes. Elle n’a de sens que quand elle s’inscrit dans la logique de l’amour et du don pour l’humanité.

 

            Le terme d’abaissement revêt aussi un sens de faiblesse. Paul en parle dans 1Co12,9 … Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses afin que repose sur moi la puissance du Christ. Etre faible, c’est donc le contraire de s’affirmer avec puissance, de foncer avec assurance, d’intervenir avec la vigueur nécessaire pour s’imposer aux autres. C’est une attitude d’humilité, de pauvreté, d’absence de prétention. Donc, le Christ a été fait faible et pauvre, il s’est fait humble au point de subir l’humiliation de la croix pour le salut du genre humain.

 

2.2    Dévoilement sur Dieu

 

            La croix apparaît, selon certains théologiens contemporains, notamment chez Balthasar et Moltmann, comme un lieu de révélation (M. Gourgues, 1989, p.93). Elle dévoile quelque chose au sujet du mystère de la conduite de Dieu. En effet, Dieu se révèle à travers l’obéissance, la faiblesse, la kénose, l’humilité. Cette attitude de Dieu ne coïncide pas avec les critères de la sagesse humaine. Qu’en est-il alors de la puissance de Dieu ? De la logique de la croix même, une réponse semble découler; par sa puissance Dieu expose son Fils aux mains des hommes pour qu’il nous prenne et nous amène vers le Père. Le Christ nous enlève le mal qui pesait sur nous. Tout le châtiment et l’humiliation qui était réservé à l’homme, il les a pris sur sa croix et nous libère. Voilà pourquoi, le Christ Crucifié fut objet de scandale et de folie; prétention impensable et dépourvue de tout bon sens. Les Grecs, qu’on considère comme les pionniers de la philosophie, étaient en quête de sagesse, et quand la croix leur a été offerte comme sagesse, ils la trouvèrent dépourvue de bon sens. De même, les Juifs qui demandaient des signes, quand la croix leur a été donnée, ils se scandalisaient et n’y croyaient pas. Cela entre, cependant, dans le cadre même de la pédagogie de Dieu ; lui qui est puissant mais loin, de  fanfaronner et claironner sa puissance, préfère se solidariser avec nous en embrassant la fragilité de notre condition humaine pour nous rendre forts et nous ouvrir la voie du salut.

 

2.3    Révélation du dessein de Dieu

 

            La croix est donc révélation de la "folie de Dieu" et de sa faiblesse. Cependant, comme le souligne Balthasar (1972, p.52),  dans la faiblesse de Dieu se manifeste sa force, dans sa folie se montre sa supériorité sur la sagesse humaine. C’est par la croix que le salut arrive dans le monde. Réalité que M. Fédou explique à peu près de la même façon : en se livrant jusqu’à la mort, le Christ offrait aux pécheurs du monde entier le chemin de leur salut (1984, p.41). C’est cette croix que Paul a prêchée. Sa prédication kérygmatique annonce la mort de Jésus comme salut universel (H. Danet, 1987, p.88).

 

            Le Christ "qui de riche s’est fait pauvre pour vous afin de vous enrichir par sa pauvreté" (2Co 8,9). Cette double affirmation aux termes opposés est un thème central dans la prédication paulinienne (Cf. Gal 4, 5/ 3,13/ 2Co5,21 / Rm7, 4 etc.) : il s’agit toujours  d’expliquer la portée de la croix et son efficacité pour nous et pour le monde. A travers cette efficacité, le fait historique, unique, se manifeste comme un principe qui affecte l’existence concrète de tout ce qui est créé. « Si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts » (2Co 5,14). Cette mort avec le Christ, explique Balthasar (1972, p.52), ne signifie pas notre entrée dans l’abîme avec le Christ, mais c’est une descente opérée par un seul pour favoriser l’ascension de tous hors de l’abîme. Bref, la croix du Christ est une source de grâce et de salut et une exigence de vie pour tout chrétien (M. Carrez et Co., 1983, p.126).

 

2.4  --  La croix du Christ : liberté de Dieu et libération du genre humain

 

            Une attitude assez remarquable de Jésus en assumant sa croix est celle de sa liberté. C’est elle qui fait jouer sa vie dans le risque le plus mortel. Jésus ne savait pas par anticipation tout ce qui l’attendait; il avait certes quelque pressentiment à Gethsémani. Mais en général sa vie fut un chemin d’ombres dû, en partie, à la contingence de toute histoire humaine. Il était pleinement homme. Sa liberté, loin de se réduire à un simple dépassement des déterminismes humains, apparaît au contraire dans la façon dangereuse de jouer avec tous les conditionnements  liés à une naissance d’homme. Ce qui motive cette liberté, c’est l’obéissance consciente au Père, c’est aussi le projet d’amour et de salut des hommes. A un certain moment, Jésus était même tenté de dire non; et il pouvait le faire. Mais il a accepté volontairement sa mort. Donc, il n’est pas prisonnier d’un destin fatal, il est libre. Accepter la croix serait pour Jésus une manière libre de vivre la solidarité avec les hommes. A travers le Crucifié on comprend mieux l’homme, sa liberté, une liberté étroitement liée à l’amour. C’est ce qui fait dire à J. Perron que « la mort du Christ n’est pas un échec, mais elle accomplit paradoxalement un mystérieux vouloir divin » (1976, p.26).

 

            Nous avions dit plus haut que la relation de liberté et d’amour de Jésus comporte l’acceptation de la mort, afin que jaillisse la plénitude de la vie. Avec la croix du Christ, c’est le chemin du salut qui est ouvert à l’humanité (Justin, Dialogue 17,1). La croix du Christ est l’accomplissement du principe sotériologique de l’incarnation. C’est Moltmann qui a eu le mérite de souligner précisément que "le fondement de la venue du Christ est son envoi par Dieu ; le but de l’envoi du Fils de l’homme est la libération de la servitude de Loi pour la liberté des enfants de Dieu" (1974, p.218). Ce qui nous fait remonter à Paul qui affirmait incessamment que « le Christ est mort pour nous » (Rm5,8), c’est-à-dire pour nos péchés. L’expression "mort pour nos péchés" signifie que la cause des souffrances du Christ est nos péchés, que le but de ces souffrances est notre rédemption, et leur fondement l’amour de Dieu pour nous. La croix est donc victoire de la lumière sur les ténèbres, victoire de la vie sur la mort, victoire et libération de l’humanité tout entière.

 

 

CONCLUSION

 

            Ce petit tour d’horizon sur le thème de la croix nous amène à comprendre que la culture des Juifs et des païens constituait pour eux un handicap réel à la pénétration du vrai sens de la croix. Loin d’être définitivement un déshonneur, le phénomène de la croix renferme un cachet de puissance extraordinaire au point de mettre en crise les sagesses humaines même les plus impressionnantes. Si Dieu s’est fait faible, c’est pour que nous soyons forts. S’il a connu le déshonneur, c’est en vue du rayonnement de l’humanité. Autrement dit, le Christ prend sur sa croix tout ce qu’il y a de plus faible, de plus déshonoré et de plus infâme chez l’homme, pour le transformer en honneur, puissance et gloire. La croix est l’accomplissement même du principe de l’incarnation. Principe qui renferme le dessein de Dieu pour l’humanité et qui est commandé par l’amour. La croix du Christ est donc un don gratuit de Dieu fait au genre humain. Par elle, le monde n’est plus dans les ténèbres, puisque celles-ci sont illuminées par elle. La résurrection du Christ ne réduit pas à néant sa croix (1Co1,17), mais lui confère une signification salvifique "pour nous". Cela veut dire que sa mort en croix représente la signification de sa résurrection pour nous, et non pas inversement, c’est-à-dire que sa résurrection représenterait la signification de sa croix. Cette expression " pour nous" englobe tout le monde en général, m


ême ceux pour qui la croix fut scandale et folie. Le mystère de la croix, en définitive, est la clef qui rend accessible le salut au genre humain.

 

Kénel SÉNATUS s.j.

Centre Sèvres, Paris

 

 

Bibliographie consultée

 

– Carrez M., Dornier P., Trimaille M., Lettres de Paul, de Jacques, Pierre et Jude, Desclée, Belgique, 1983.

– Balthasar H. U. V., Grillmeier et Alii,  Le mystère pascal, Edition du Cerf, Paris, 1972.

– H. Danet, Gloire et croix de Jésus-Christ, Desclée, Paris, 1987.

– Fédou M., La Vision de la croix dans l’œuvre de saint Justin "philosophe et martyr", Extrait des Recherches Augustiniennes, Vol. XIX, Paris, 1984.

– Hengel M, Crucifixion dans l’Antiquité et la folie du message de la croix , Edition du Cerf, Paris 1981.

Justin, Dialogue avec Tryphon

– Moltmann J., Le Dieu Crucifié, (traduit de l’allemand par B. Fraigneau-Julien), Cerf-Mame, Paris, 1974.

– J. Perron, Jésus devant sa mort, dans « La mort chemin de vie » Les éditions du Cerf, Paris, 1976