Le
Christ et l’Esprit
ne
font-ils pas un?
par Kénel SÉNATUS s.j.
L’une des convictions les plus profondes de
l’ecclésiologie catholique, exprimée au Concile de Trente, repose sur le fait
que l’Eglise, fondée par le Christ, possède,
comme une société hiérarchisée, tous les moyens nécessaires à sa mission
communicatrice du salut. Ce modèle ecclésiologique a prédominé dans l’Eglise
jusqu’au renouveau apporté par le Concile Vatican II, même si l’on doit
reconnaître que d’importants éléments de valeurs spirituelles lui ont été
donnés le 29 juin 1943 avec la publication de l’encyclique Mystici Corporis.
Cela pourrait paraître sans grande conséquence, mais au
fond ce modèle pose dans l’institution, et dans ses représentants (le clergé),
ce que le P. Congar appelle une réserve disponible de moyens de grâce,
qu’il fallait seulement mettre en œuvre. C’est comme si l’on disait :
« Dieu a fondé la hiérarchie et il a ainsi pourvu à tout ce qu’il fallait
jusqu’à la fin des temps ». Cependant, l’histoire de l’Eglise connaît des
mouvements spirituels qui se sont développés en marge du modèle hiérarchisant,
de la sacramentalisation et de la domination cléricale de l’Eglise, surtout
depuis le début du XIe siècle. Il est vrai que tous ces mouvements étaient
plutôt différents les uns des autres, mais ce qui est certain, c’est qu’ils
avaient comme point commun la volonté de sortir d’une installation de puissance
et de puiser une vie évangélique directement aux sources, sans médiation
cléricale, sans une obéissance directe à l’Eglise institution. Le mouvement des
moines du temps de l’Esprit du XIIe et XIIIe siècles, sous l’inspiration
de Joachim de Flore[1], est un des
exemples typiques. Son système herméneutique de l’intelligence spirituelle
procède de l’harmonie des deux Testaments et des trois âges. Mais puisque ce
point ne fait pas l’objet de ce texte, nous tenons seulement à souligner, en
citant ses propres mots, la distance de Joachim par rapport à la hiérarchie
ecclésiastique : « Comme l’ordre des docteurs, par l’essence même des
mystères, relève du Christ, l’ordre des contemplatifs relève de
l’Esprit-Saint ». Ces tendances ont connu une réelle prolifération au
temps de la Réforme.
Poser dans l’Eglise le problème de l’obéissance spéciale
et unique à l’Esprit sans tenir compte des structures ecclésiales implantées
par le Christ n’est-ce pas vouloir dissocier l’œuvre du Christ et celle de
l’Esprit, qui pourtant travaillent toujours dans une parfaite communion ?
Le Christ et l’Esprit ne font-ils pas un ? Que fait-on de la médiation du
Christ reconnu comme unique médiateur ? C’est cette problématique que ce
texte se propose d’aborder ici. Avant de donner le coup d’envoi, il sera
peut-être utile d’effleurer rapidement la question des mouvements spirituels
qui ont pris naissance avec la Réforme, cela offrira l’avantage de pouvoir
discuter du thème de la médiation et de l’immédiateté, du thème de la
révélation et de sa possibilité de clôture ainsi que du thème de l’Eglise en
tant qu’institution et charisme.
1. La Réforme et les
mouvements spirituels
Avec la Réforme au XVIe siècle, on peut parler de la
radicalisation des mouvements spirituels. Dans ces mouvements, on insiste sur
l’action actuelle de Dieu dans la justification et dans le processus du salut.
Dans le rapport de Dieu à l’homme, point n’est besoin d’une médiation humaine,
soutiennent certains mouvements réformistes. Dieu lui-même construit son Eglise, d’abord par sa Parole
et par la foi active qu’il suscite dans les âmes. Ainsi, plus question de
réserve de grâce qu’il suffirait de mettre en œuvre. Le rapport de l’homme à
Dieu est immédiat. Telle est la thèse soutenue et mise de l’avant par les
tenants de ces mouvements.
Dans ce statut d’immédiateté et de rapport personnel à
Dieu entretenu par la Réforme, un
foisonnement d’initiatives et de surgissements
d’ « églises » nouvelles ont vu le jour depuis le XVIe siècle.
On peut citer, entre autres, sans entrer dans les détails :
1. Le mouvement piétiste, une réaction contre
l’orthodoxie luthérienne trop sûre de ses formules et de son autorité. Il met
l’accent sur la nouvelle naissance, la foi personnelle, l’expérience
spirituelle.
2. La grande aventure du méthodisme, ayant à la
source de sa vocation une expérience immédiate de Dieu, de « chaleur ».
3. Les Réveils : ils ont particulièrement
marqué le monde anglo-saxon et américain. On rapporte que tout commence dans
une âme saisie par Dieu et qui se consacre totalement au service absolu de sa
souveraineté. Dans ce renouveau de l’Esprit, retenons ces propos de Jonathan
Edwards : « L’Esprit de Dieu commença à œuvrer de façon
extraordinaire ».
4. Le mouvement pentecostal (pentecôtiste), qui a
pénétré les protestants (1956) et les catholiques (1967).
La grande question que l’on se pose est de savoir où est
l’unité de l’Eglise du Christ dans ce foisonnement d’inspirations et de
vocations ? Qu’on le veuille ou non, cette réalité de fragmentation de
l’Eglise a l’avantage de lui permettre de déceler deux lignes ecclésiologiques
dans l’œuvre de Dieu qu’on pourrait caractériser de deux manières : la
médiation et l’immédiateté. Mais, soyons clair, dans les deux cas,
c’est toujours Dieu qui fait son Eglise, mais non pas seulement par les moyens
institués par l’œuvre du Verbe incarné, mais encore par son intervention
immédiate dans la vie chrétienne.
Déjà dans les Evangiles et les Actes des apôtres, ces
deux traits de l’Eglise de Dieu sont visibles. Pour ce qui est de la médiation,
quelques exemples s’offrent : « Qui vous accueille m’accueille, et qui
m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé » (Mt 10, 40). Autres
exemples : « On te dira ce que tu dois faire » (Ac 9, 6).
« Dieu lui a donné de manifester sa présence, non pas au peuple en
général, mais bien à des témoins nommés d’avance par Dieu…Il nous a prescrit de
proclamer au peuple et de porter ce témoignage… » (Ac 10, 41-42). « Dans
chaque église, [Paul et Barnabé] désignèrent des anciens » (Ac 14,
23). Il ne manque pas non plus dans la Bible d’exemples d’immédiateté ou
d’intervention directe de Dieu ou de son Esprit en l’homme. Si Ananie doit
baptiser Paul, le Christ était d’abord apparu à celui-ci. L’intervention du
Saint-Esprit a précédé le baptême administré sur l’ordre de Pierre dans la
maison de Corneille (Ac 10, 44-48). Nous savons que l’âge apostolique connaît
des révélations du mystère du salut qui viennent directement du ciel (Ga 1,
11.16 ; Ep 3, 3.5).
Si tout se passe ainsi, on ne peut vraiment pas mettre en
opposition médiation et immédiateté. Parfois, l’une s’insère dans
l’autre et se complètent. Dieu peut intervenir directement dans une
structure existante et un ministère visible. (Exemples : Ac 1,
15-26 ; 1Tm 4, 14 ; 2Tm 1, 6 ; 1P4, 10-11). On ne pourrait pas
dire que les initiatives directes sont complètement étrangères aux moyens de
grâce institués. Autrement dit, une intervention de l’Esprit ne signifie
pourtant pas l’absence complète du Christ comme si l’Esprit agissait seul. Nous
sommes plutôt dans une relation Christ-Esprit. C’est par le Christ que
nous est parvenu le projet salvifique divin ; mais c’est par l’Esprit reçu
que nous avons embrassé la vie dans le Christ.
Cela nous amène à la formulation de la question suivante : la
Révélation (par le Christ incarné) est-elle close ? En quel sens peut-
elle l’être et en quel sens ne l’est-elle pas ? Peut-on, en toute
honnêteté intellectuelle, penser la pneumatologie en marge de toute perspective
christologique ?
2. La Révélation en
terme de clôture ?
Dans les traités catholiques sur la Révélation, un
paragraphe du décret Lamentabili du 3 juillet 1907 situe la clôture de
la Révélation à la mort du dernier Apôtre. La conception de la Révélation qui
donnait à l’Eglise le droit de la penser en terme de clôture, s’opposait à la
conception de Loisy [2],
qui mettait la Révélation dans les institutions
religieuses de l’humanité, dans la perception, qui s’étend et se
perfectionne, du rapport entre l’homme et Dieu inconnu. A part Loisy[3],
on peut aussi penser à la vue mystique de Tyrrell pour qui la Révélation
appelait un fait intérieur, un appel ou un message prophétique qui continue à
se poser dans les consciences religieuses. La seule chose, c’est qu’à la
différence de Loisy, Tyrrell a nuancé son point de vue. Il admettait, en effet,
que « la révélation donnée par le Christ et les Apôtres, indépendamment de
toute réflexion théologique ultérieure, contenait déjà tout ce qui était
nécessaire pour la plénitude de la vie de foi, d’espérance et de charité. Avec
la mort du dernier Apôtre, la période régulatrice et classique de l’inspiration
chrétienne est close : non en ce sens que la révélation – qui est dans un
certain degré, un privilège de chaque homme – aurait cessé de façon abrupte,
mais dans le sens où toute révélation ultérieure demande à être contrôlée et
vérifiée pour se mettre d’accord en esprit avec la révélation
apostolique ».
Après l’époque apostolique, bien des thèses de
révélation continue ont fait irruption dans l’histoire. L’Italien Joachim
de Flore avait présenté celle de l’Evangile éternel comme une sorte
d’intelligence spirituelle de l’Ancien et du Nouveau Testament. Dans ce cas, il
s’agissait moins d’une nouvelle révélation que d’une nouvelle manière de
comprendre l’unique Révélation, et d’une nouvelle façon de la vivre. La
Révélation ne saurait être close, si l’on met dans ce mot la connaissance par
l’Eglise de tout le contenu de la Parole de Dieu. C’est ainsi qu’il faut
comprendre le sens de la révélation lorsque Pie XII met sous le compte du dogme
révélé l’Assomption corporelle de Marie : c’est-à-dire une révélation
s’accomplissant dans la Tradition et dans la vie de l’Eglise.
D’ailleurs, certains théologiens contemporains comme de
Lubac, Rahner, Schillebeeckx n’ont-ils pas compris que l’idée de la clôture de
la Révélation à la mort du dernier Apôtre consiste dans le fait que le témoignage
direct porté au Christ est un acquis, c’est-à-dire qu’il est terminé ?
C’est dans le Christ et par le Christ que s’est consommée la révélation du
dessein de Dieu et de son mystère. C’est bien là le sens exprimé par la
Constitution Dei Verbum[4] :
aucune révélation publique ne doit être attendue avant la manifestation
glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ. Tout de même, demeure quand même
ouverte la possibilité de ce qu’on pourrait appeler « révélations
privées ». Elles concernent non pas des articles constitutifs de la Foi
apostolique, mais la vie historique de l’Eglise [5].
D’après le P. Congar, en plus des « révélations privées » au sens
fort, on peut parler d’un charisme qui
peut équivaloir à celui que Saint Paul appelle « prophétie ».
On connaît l’exemple d’une dévote au Saint-Esprit, la religieuse Hélène Guerra,
qui intervint plusieurs fois auprès de Léon XIII ; finalement elle obtint
que ce Pape rédigeât et promulgât ses lettres sur le Saint-Esprit. Ce fut la
fin réelle, reconnue par le Concile, de l’idée de Révélation close. L’Eglise du
Christ n’est-elle pas appelée à être toujours institution et charisme ?
3. Institution et
Charisme s’articulent
Ce qu’il faut éclairer ce sont les rapports existant
entre ministère institué et libres dons de l’Esprit. Selon Rudolf Sohm [6],
l’Eglise de Dieu n’existe et ne vit que par les interventions actuelles et
ponctuelles de l’Esprit. A la différence de Sohm, Harnack insiste sur une
dualité de ministères aux origines : un ministère local, institué et stable ;
un ministère itinérant et charismatique, celui des prophètes. A son avis, le
charismatique n’est pas un empêchement à une organisation juridique des
communautés, mais il s’y ajoutait.
Lorsque Saint Paul développe les critères du bon usage
des charismes dans la 1ère épître aux Corinthiens (1Co 14, 27-31),
ce n’était que pour l’édification de la communauté, la charité, la paix et le
bon ordre. C’est cela qui fait des pneumatika de vrais charismata,
des dons de grâce. Il faut bien remarquer que l’Apôtre ne pouvait s’empêcher de
mettre le gouvernement (ou encore l’organisation des communautés chrétiennes)
au rang des dons. C’est ainsi que se construit une communauté, une Eglise, qui
est le corps du Christ où les dons de grâce font des fidèles des membres participant
activement à la vie du corps. C’est par l’Esprit que s’est réalisé tout cela,
cependant c’est le corps du Christ que cela constitue, et non de l’Esprit. Au
lieu d’opposer l’Esprit au Christ, la perspective ici est de les tenir
ensemble, car ils opèrent ensemble. D’ailleurs Saint Paul parle même de
l’Esprit du Seigneur, ou encore affirme que le Seigneur est l’Esprit (2Co 3,
17) en ce sens que Jésus glorifié agit par mode d’esprit vivifiant (1Co 15,
45). Les effets sont attribués à l’un ou à l’autre, indistinctement.
Cela nous amène à comprendre qu’il n’existe pas une sorte
de « secteur libre » qui serait réservé au Saint-Esprit, à côté de la
mise en œuvre des structures et des moyens de grâce institués. Cette liberté
existe, elle est on ne plus réelle ; toute l’histoire de la Tradition en
témoigne, mais il s’agit de la liberté du Seigneur Jésus, glorifié et vivant,
conjointement avec son Esprit. "Ce sont les deux mains de Dieu",
telle est la belle et heureuse formule imagée de saint Irénée. Dans sa manière
d’articuler et de reconnaître le travail en commun qu’opèrent le Christ et
l’Esprit, Saint Thomas est convaincu que Dieu seul, c’est-à-dire le Christ en
sa divinité ou le Saint-Esprit, est l’auteur de la grâce. Le Christ en est
l’instrument de communication, instrument non inerte et mécanique, mais
conjoint comme un organe, intelligent et libre, de sorte qu’il agit par
l’Esprit ou que celui-ci agit par Lui.
4. L’Esprit : celui
qui intériorise
la vie dans le Christ
Les expressions de Saint Paul, telles que « le
Christ en nous », « associé à la souffrance du Christ, à sa mort et à
sa résurrection » rappellent que pour le chrétien, le Christ est le
principe de vie. C’est le Saint-Esprit qui réalise, personnalise et intériorise
dans le chrétien la vie « dans le Christ ». Bref, l’Esprit de Jésus
nous est donné comme principe d’identité chrétienne, jusqu’à la consommation
eschatologique. Les Apologètes des premiers siècles parlaient en terme
de « semence de Dieu », et cette semence de Dieu ou plutôt la parole reçue par la foi, ne fait
que montrer une fois de plus l’articulation du Christ et de l’Esprit.
Pour Cyrille d’Alexandrie, docteur de l’Eglise,
« Jésus appelle l’Esprit un autre Paraclet : il veut
ainsi montrer que l’Esprit a une si grande ressemblance avec lui-même et qu’il
opère si bien, sans aucune différence, ce que lui-même opérait, qu’il paraît
être le Fils et rien d’autre. Il est en effet son Esprit. Aussi, Jésus
l’appelle-t-il Esprit de vérité, se désignant lui-même comme la vérité[7]… »
Dans ses épîtres, Saint Paul parle du Christ glorifié en
l’associant ou en l’identifiant à l’Esprit. Cependant, il est clair qu’il y a
des choses qu’il dit du Christ et qu’il ne dirait pas de l’Esprit. Il ne dirait
pas, par exemple, que nous sommes les membres de l’Esprit, ni que nous sommes
le temple du Christ, bien que le Christ habite en nous par la foi (Ep 3, 17).
Notre identification n’est que dans le Christ et non dans l’Esprit-Saint.
Puisque le Saint-Esprit est substance hypostatique immatérielle ou
incorporelle, par conséquent, nous ne pouvons pas être ses membres. Nous
identifier de manière mystique au Christ est un crédit absolu que nous lui
faisons pour qu’il prenne place dans notre vie. Cette identification se réalise
par la foi comme disposition, mais c’est l’Esprit qui l’opère en nous.
Autrement dit, Dieu le Père, par son Esprit, fait habiter le Christ en nous, en
nos cœurs, pour orienter notre vie (Ep 3, 14-17) vers le chemin du salut.
Aussi, est-il difficile sinon impossible de penser de manière rigoureuse la
pneumatologie en dehors de toute christologie, sans courir le risque de ne pas
rendre suffisamment compte du travail conjoint qu’effectuent les deux : le
Christ et l’Esprit !
****************************
Au lieu de me lancer
dans une conclusion trop hâtive, il me paraît plus opportun de faire une
nouvelle ouverture. Elle consiste à laisser de côté la discussion classique de
l’opposition des deux dimensions de l’Eglise (institution et charisme ;
médiation et immédiateté) pour entrer dans une nouvelle façon de voir l’Eglise.
Dans le monde contemporain, et notamment avec Paul
Ricœur, surgit une nouvelle conscience ou tendance à la revalorisation de la
logique de l’intégration sociale qui se pose de la manière suivante : tout
corps social doit vivre selon une logique intégratrice, car il y va de son
intérêt et de sa permanence. Cette fonction intégratrice fait qu’on entre dans
le jeu de la cohérence. Mais comment jouer la cohérence dans un ensemble social
tel que l’Eglise ? La dimension pastorale me semble, entre autres, celle
qui permet le mieux d’articuler la cohérence entre pouvoir et charisme, pouvoir
donné par le Christ à ses Apôtres et dons et charismes qui sont de l’ordre de
l’Esprit, que le Christ avait promis à ceux qu’il avait choisis pour être à la
tête de son Eglise. Cette fonction pastorale demeure le rôle de
l’évêque-pasteur qui veille à ce que tout se passe pour le bien de l’Eglise et
de la foi des fidèles dont il a la charge.
Il y a aussi la fonction utopique encore désignée par
Ricœur comme une fonction inventive qui permet de faire entrer l’Eglise dans un
renouveau continuel sous le strict discernement de la dynamique de l’Esprit.
N’est-ce pas ce que fait ou doit faire le pasteur qui connaît son boulot ?
N’est-ce pas lui qui est investi du pouvoir inventif, source de renouvellement
pour les communautés ecclésiales ? C’est la logique charismatique même du
baptême qui l’exige. Vivre uniquement la dimension utopique-inventive, c’est
choisir de vivre une seule dimension de l’Eglise, au risque de
"dichotomiser" ce qui est pourtant appelé à n’être qu’ensemble. Ce
paquet fait partie du dossier pneumatologie-christologie à articuler. De
même que médiation et immédiateté doivent se tenir ensemble, de même la
fonction intégratrice et la fonction utopique de l’Eglise vivent toujours dans
une tension, tension vers leur communion ou leur communication dans la
dynamique même du discernement. En réalité, peut-il en être autrement ?
------------------
Kénel SÉNATUS s.j.
Centre Sèvres, Paris
[1] Cf. La Concorde ; le Traité des quatre Evangiles, 6,29 –
7,18 (de Joachim de Flore); voir aussi le tome 2 de l’Exégèse médiévale du
P. de Lubac (1961) s’y référant.
[2] Cf. A. Loisy, Autour d’un petit livre, p.196 s., 207 ;
article de la Rev. de métaphysique et morale,1931, p.531-533 ; Simples
réflexions sur le décret du Saint Office ‘Lamentabili’… 1908, p.58 et 139.
[3] Cf. Y. Congar qui [à la page 97 de La Parole et le souffle,
« une autonomie de l’Esprit ? » Desclée, 1984] se réfère à la réponse de Loisy au P.
Lebreton in Rev. Apologétique IV (1907/2) 508 s., 519.
[4] Cf. Vatican II: Dei Verbum, n°4
[5] Y. Congar, « La crédibilité des révélations privées »,
article de 1937 repr. In
Sainte Eglise (Unam Sanctam, 41). Paris, 1963, p.375-392.
[6] Kirchenrecht. I, 1982, ; Cf. Congar, “Rudolf Sohm nous
interroge encore”, in Rev. Sc. Ph. Th. 57 (1973), p.263-294.
[7] A. Solignac (trad.), Nouv. Rev. théol., 1995, p.482